jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2317587 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 31 août 2023 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de 15 jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés concernant l'illégalité externe du refus de séjour ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle et ce notamment au regard de son état de santé ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-4 10° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- il sollicite le bénéfice de l'ensemble des éléments précédemment soulevés concernant l'illégalité externe du refus de séjour ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet n'a pas examiné l'absence de risques en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Rombout substituant Me Bourgeois, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né en juillet 1976, est entré en France le 20 décembre 2012, sous couvert d'un visa de court séjour. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 26 juin 2013 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Son recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 octobre 2013. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour en qualité d'étranger malade, demande qui a été rejetée par une décision du 28 avril 2014, portant en outre obligation de quitter le territoire français. Son recours contre les décisions du 28 avril 2014 a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 18 septembre 2014 et par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes du 9 juillet 2015. Une nouvelle demande de titre de séjour en raison de son état de santé a été rejetée par une décision du 11 décembre 2015, assortie d'une mesure d'éloignement. M. A a, de nouveau, sollicité son admission au séjour pour des raisons de santé, demande qui a été rejetée par une décision du 23 janvier 2018, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Son recours contre les décisions du 23 janvier 2018 a été rejeté successivement par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 15 mai 2018, puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Nantes du 19 juillet 2018. Enfin, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique son admission exceptionnelle au séjour qui a également fait l'objet, le 31 juillet 2020, d'un rejet assorti d'une mesure d'éloignement. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du 9 mars 2022 du tribunal administratif de Nantes. Son appel contre ce jugement a été rejeté par une ordonnance du 30 janvier 2023 de la cour administrative d'appel de Nantes. Ultérieurement, M. A a sollicité du préfet un titre de séjour sur le fondement des articles 6-1° et 6-5° de l'accord franco algérien et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 31 août 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 31 août 2023.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes des stipulations de l'article 6-1° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1° Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté, que pour estimer que M. A ne remplissait pas les conditions énoncées par les stipulations précitées de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence, le préfet a considéré qu'il ne justifiait pas de sa présence continue en France, notamment au cours de la période entre 2012 et 2021. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que la présence en France de M. A au cours de l'année 2013 est établie par ses demandes devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis la Cour nationale du droit d'asile en février et en septembre 2013, une ordonnance médicale en juin 2013 puis l'attestation de tarification solidaire de transports en octobre 2013, attestant qu'il s'est présenté au comptoir de la société gestionnaire des transports nantais. Au cours de l'année 2014, la présence de M. A est attestée par les soins médicaux qui lui ont été apportés en février, avril et mai 2014 à la suite d'une agression par arme à feu dont il a victime et par une attestation, en novembre 2014, d'éducateurs spécialisés du quartier Malakoff de Nantes. La présence de M. A sur le territoire français au cours de l'année 2015 est attestée par un dépôt de plainte au mois de janvier 2015, et des soins médicaux apportés en janvier, mars, septembre et décembre 2015. Au cours de l'année 2016, la présence de l'intéressé en France est attestée par des examens médicaux et certificats médicaux d'avril, septembre et décembre 2016, ainsi que par la remise de chèques apparaissant sur son compte bancaire en octobre 2016 et le courrier de la société gestionnaire des transports nantais de septembre 2016. Au titre de l'année 2017, le requérant produit des documents médicaux, certificats médicaux et facture de pharmacie de janvier, mai et novembre 2017, ainsi que des courriers de la société gestionnaire des transports d'août et septembre 2017. La présence sur le territoire français de M. A au cours de l'année 2018 est attestée, quant à elle, par des ordonnances de février, septembre et novembre 2018, ainsi que par l'attestation de tarification solidaire de la société de transports nantaise en septembre 2018. Sa présence au cours de l'année 2019 est attestée par des ordonnances de janvier et de novembre 2019, ainsi que par l'attestation de tarification solidaire des transports en septembre 2019. La présence en 2020 du requérant est démontrée par la production d'une ordonnance de novembre 2020 et de l'attestation de tarification solidaire de transports de septembre 2020, faisant suite à la réception d'un courrier en août 2020. Au cours de l'année 2021, la présence de M. A sur le territoire français est attestée par des ordonnances médicales de juin, juillet, septembre et octobre 2021, ainsi que par une élection de domicile dans un centre d'hébergement en juin 2021 et une demande de bénéfice de la tarification solidaire des transports en septembre 2021. Enfin, au cours de l'année 2022, la présence du requérant est attestée par des documents médicaux en février, mars, mai, juin, août et septembre 2022, par une attestation d'hébergement en mars 2022 et par un contrat d'hébergement d'urgence en août 2022. Si les documents ainsi produits sont au nombre de trois ou quatre au titre de quelques années, M. A produit également plusieurs photographies de 2014, 2015, 2016 et 2020, ainsi que de nombreuses attestations circonstanciées relatives à son investissement dans la vie associative du quartier Malakoff entre 2013 et 2021, ainsi que des courriers de soutien d'élus nantais en octobre 2019 et novembre 2020. Par ailleurs, ainsi qu'il a été rappelé au point 1, la présence de M. A résulte également des demandes successives de titres de séjour ayant abouti aux refus d'avril 2014, décembre 2015, janvier 2018 et juillet 2020. Il résulte de ce qui précède que M. A établit sa résidence habituelle en France depuis le début de l'année 2013 et est dès lors fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 6 1° de l'accord franco-algérien.
4. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander, pour méconnaissance des stipulations de l'article 6 1° de l'accord franco-algérien, l'annulation du refus de séjour qui lui a été opposé le 31 août 2023. L'annulation de cette décision entraine, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement qu'il enjoint au préfet de la Loire-Atlantique, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois, de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bourgeois, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette dernière de la somme de 1 000 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 31 août 2023 portant à l'égard de M. A refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays d'éloignement sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un certificat de résidence algérien dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La présidente-rapporteure,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
L'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
R. HANNOYER
Le greffier,
P. VOSSELER
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
ads
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026