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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317649

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317649

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317649
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation12eme chambre
Avocat requérantGOUEDO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 24 mai 2023 sous le n° 2307243, M. C E B, représenté par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 22 mai 2023 par lesquels la préfète de la Mayenne, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que cette décision a été signée par une autorité compétente ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

s'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;

s'agissant des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire :

- ces décisions méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour est entachée d'une erreur de fait ;

s'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- cette décision est illégale en raison de d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est disproportionnée dans ses modalités.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2023, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 novembre 2023.

II. Par une requête, n° 2317649, enregistrée le 24 novembre 2023, M. C E B, représenté par Me Gouedo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel la préfète de la Mayenne a renouvelé pour une durée de six mois son assignation à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est illégal du fait de l'illégalité des arrêtés du 22 mai 2023 par lesquels la préfète de la Mayenne, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

- il méconnaît l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- à titre subsidiaire, l'obligation qui lui est faite de se présenter deux fois par semaine muni de ses effets personnels doit être annulée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2024, la préfète de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E B, ressortissant guinéen né le 17 mars 1982, déclare être entré en France le 4 octobre 2008. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 19 mars 2009 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 12 mai 2010 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Sa demande de réexamen a été rejetée par l'OFPRA le 27 juillet 2011, décision confirmée par la CNDA le 2 mars 2012. Il s'est vu délivrer par le préfet de la Haute-Vienne un titre de séjour en raison de son état de santé qui a expiré le 31 juillet 2016. Sa demande de renouvellement de titre a été rejetée par un arrêté du préfet de la Haute-Vienne du 30 janvier 2017 portant en outre obligation de quitter le territoire français. La requête formée contre cet arrêté a été rejetée par un jugement du 8 juin 2017 du tribunal administratif de Limoges puis par une ordonnance de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 11 septembre 2017. Il a de nouveau sollicité son admission au séjour en raison de son état de santé et s'est vu délivrer par le préfet de la Haute-Vienne un titre de séjour en cette qualité valable jusqu'au 22 mai 2018. Il en a sollicité le renouvellement. Après consultation de la commission du titre de séjour, le préfet de la Haute-Vienne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français par un arrêté du 30 septembre 2021. M. B a été interpellé le 22 mai 2023 par les fonctionnaires de police de la Mayenne et placé en garde à vue pour la constatation d'une infraction. Par un arrêté du 22 mai 2023, la préfète de la Mayenne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un arrêté du même jour, la préfète de la Mayenne l'a assigné à résidence pour une durée de six mois sur le département de la Mayenne. Par un arrêté du 17 novembre 2023, la préfète de la Mayenne a renouvelé l'assignation à résidence pour une durée de six mois. Par des requêtes n° 2307243 et 2317649, M. B demande au tribunal d'annuler ces trois décisions.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2307243 et 2317649 concernent le même requérant et, dirigées respectivement contre une décision et son renouvellement, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Par un arrêté du 2 mai 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de la Mayenne a accordé à Mme D A, directrice de la citoyenneté de la préfecture de la Mayenne, signataire de la décision litigieuse, une délégation de signature à l'effet de signer, notamment, au titre du bureau de l'éloignement et du contentieux " - les obligations de quitter le territoire français, / - les décisions fixant les obligations de l'étranger pendant le délai de son départ, / - les de modification ou de suppression d'un délai de départ volontaire () / - les décisions fixant le pays de destination / - les interdictions de retour sur le territoire français / - les décisions d'assignation à résidence () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o; /(). ".

5. Pour obliger M. B à quitter le territoire, la préfète s'est notamment fondée sur le motif que, sur l'ensemble de la durée de son séjour en France, il ne peut justifier d'aucune période de présence régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé à deux reprises avant de faire l'objet de la présente décision. Il en résulte que ce premier motif manque en fait.

6. L'arrêté est toutefois également fondé sur le fait que l'intéressé s'est vu définitivement refuser la reconnaissance de la qualité de réfugié et que sa situation relève ainsi du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de l'instruction que ce motif pouvait, à lui seul, fonder l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

8. M. B se prévaut de sa présence en France depuis quatorze ans. Toutefois, cette durée de présence, qui n'ouvre pas en elle-même droit au séjour en France, s'explique en partie par le maintien irrégulier de M. B sur le territoire en dépit de l'obligation de quitter le territoire qui lui a été faite le 30 septembre 2021 par le préfet de la Haute-Vienne. De surcroît, la commission du titre de séjour a rendu le 7 juillet 2021 un avis défavorable quant à la régularisation de sa situation. Si M. B indique par ailleurs avoir travaillé comme intérimaire et verse au dossier des bulletins de salaire pour les mois de mars et avril 2016, août 2018, de février à décembre 2019 et de janvier à juin 2021, il ne justifie pas avoir créé en France des liens d'une particulière intensité, stabilité et ancienneté. De surcroît, il n'établit pas être dépourvu d'attaches culturelles et familiales en Guinée, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-six ans et où résident son épouse ainsi que ses deux enfants avec lesquels il n'établit pas ne plus être en contact. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de M. B en France, la préfète de la Mayenne, n'a pas, en l'obligeant à quitter le territoire français, porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. L'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-2 du même code dispose que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Enfin, l'article L. 612-3 du même code dispose que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () ".

10. Si le requérant soutient qu'il s'est maintenu en situation régulière sur le territoire français depuis 2016, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français édictée par le préfet de la Haute-Vienne le 30 septembre 2021, dont la préfète de la Mayenne justifie en défense qu'elle lui a été régulièrement présentée le 1er octobre 2021 à l'adresse qu'il avait indiquée, et a été retournée en préfecture avec la mention " pli avisé non réclamé ", et s'est maintenu sur le territoire français pendant plus de deux ans en situation irrégulière en dépit de cette décision préfectorale. Par ailleurs, le requérant est dépourvu de document d'identité ou de voyage en cours de validité, la circonstance qu'il ne maîtrise pas les délais d'instruction de sa demande de passeport étant sans incidence sur l'appréciation de sa situation. Le moyen tiré de ce que la décision par laquelle la préfète de la Mayenne a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire serait entachée d'une erreur de fait doit dès lors être écarté.

Sur la légalité des décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon ce dernier : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

12. Si M. B soutient qu'il s'est réfugié en France en raison des traitements inhumains et dégradants qu'il subissait en Guinée, il ne précise pas la nature des risques auxquels il serait exposé en cas de retour dans ce pays, se bornant à évoquer des avis de recherche qui ne sont pas versés au dossier. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la préfète de la Mayenne, en désignant la Guinée comme pays de renvoi, aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ".

14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Au cas d'espèce, aucun des éléments mis en avant par le requérant, qui se borne à soutenir qu'il a bénéficié de titres de séjour en France, et à prétendre que sa dernière demande de titre de séjour n'aurait pas reçu de réponse, alors que l'administration justifie de la notification de l'arrêté du 30 septembre 2021, ne saurait être regardé comme caractérisant une circonstance humanitaire, ni comme établissant que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur de fait. Par suite, la préfète de la Mayenne a pu valablement interdire à M. B le retour sur le territoire français.

Sur la légalité des décisions portant assignation à résidence et astreignant le requérant à se présenter auprès des services de police pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ :

15. Il ressort de ce qui a été dit aux points 3 à 8 que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les décisions portant assignation à résidence et renouvellement de cette assignation seraient dépourvues de base légale.

16. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. Toutefois, dans les cas prévus aux 2° et 5° du même article, elle ne peut être renouvelée que tant que l'interdiction de retour ou l'interdiction de circulation sur le territoire français demeure exécutoire. ". Enfin, aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure :1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ;2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

17. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai le 22 mai 2023. La circonstance que M. B ait déposé une nouvelle demande de titre de séjour postérieurement à cette décision ne permet pas d'établir que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable. Si le requérant verse au dossier une attestation de l'ambassade de Guinée en France du 20 octobre 2022 faisant état de ce que sa demande de passeport est en cours d'instruction, cette information est sans incidence sur le fait que M. B, à la date à laquelle les décisions ont été prises, ne détenait pas de document d'identité et de voyage en cours de validité. En conséquence, la préfète de la Mayenne a pu légalement l'assigner à résidence sur le fondement de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. B ne pouvait quitter le territoire français.

18. En revanche, les mesures contraignantes prises par l'autorité préfectorale à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, à savoir s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence. L'obligation faite à M. B de se présenter deux fois par semaine à 9 heures du matin, au commissariat de police de Laval, " muni de ses effets personnels ", excède dans cette dernière mesure ce qui est nécessaire et adapté à la nature et à l'objet de cette présentation, dont l'objectif est uniquement de s'assurer qu'il n'a pas quitté le périmètre dans lequel il est assigné. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la préfète de la Mayenne, en lui imposant, par l'arrêté attaqué, de se munir de ses effets personnels lorsqu'il se présente deux fois par semaine aux services du commissariat de police de Laval, a pris une mesure qui n'est ni nécessaire ni adaptée à l'objectif poursuivi par la mesure d'assignation à résidence, et à demander l'annulation de cette prescription, qui est divisible de la mesure d'assignation elle-même.

19. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des arrêtés des 22 mai et 17 novembre 2023 portant assignation à résidence, en tant que ces arrêtés lui font obligation de se présenter " muni de ses effets personnels " au commissariat de police de Laval tous les mardis et jeudis.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme dont M. B, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, demande le versement au profit de son avocate au titre des frais non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés des 22 mai et 17 novembre 2023 de la préfète de la Mayenne assignant M. B à résidence sont annulés en tant qu'ils font obligation à M. B de se présenter " muni de ses effets personnels " au commissariat de police de Laval tous les mardis et jeudis.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E B, à la préfète de la Mayenne et à Me Gouedo.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

V. GOURMELON

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MILIN

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2307243, 2317649

hm

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