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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317654

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317654

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317654
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantCOJOCARU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I / Par une ordonnance du 28 novembre 2023, le président du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. D C, enregistrée le 7 septembre 2023.

Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 21 juin 2024, M. D C, représenté par Me Cojocaru demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois ;

2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière pour ce faire ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée et procède d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le motif tiré de la menace à l'ordre public n'est pas établi, en l'absence de condamnations ; en tout état de cause, les faits reprochés ne peuvent justifier l'édiction d'une mesure d'éloignement ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de risque de fuite ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la durée d'interdiction est disproportionnée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 12 septembre 2023 et 24 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

II/ Par une requête enregistrée le 21 juin 2024 à 11h00 sous le n° 2409351, M. D C, représenté par Me Cojocaru, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2024, notifié le 19 juin suivant à 15h40, par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Angers pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il n'y a aucun risque de fuite et qu'aucune diligence n'a été accomplie par le préfet pour exécuter la mesure d'éloignement ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 juin 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Danet, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 juin 2024 à 14h :

- le rapport de M. Danet, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Louvel, substituant Me Cojocaru, avocate de M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 8 septembre 1992, est entré en France, selon ses déclarations, en 2017, sous couvert d'un visa d'entrée et de court séjour et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà de la durée de validité de celui-ci. Par un arrêté du 26 mai 2021, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de douze mois. Par un arrêté du même jour, le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois sur le territoire de la commune d'Angers. Il a de nouveau fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois le 28 juillet 2022. Ces deux arrêtés n'ont pas été exécutés. A la suite de son interpellation par les services de gendarmerie le 5 septembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire, par un arrêté du 6 septembre 2023, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois. Par un arrêté du 18 juin 2024, cette même autorité l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune d'Angers pour une durée de quarante-cinq jours. Par les deux requêtes susvisées, M. C demande l'annulation de ces derniers arrêtés.

2. Les requêtes n° 2317654 et 2409351 opposent les mêmes parties, présentent à juger des questions connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, par un arrêté du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation permanente à M. A B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers au sein de cette préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment les obligations de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été entendu par les services de gendarmerie le 6 septembre 2023, à la suite de son interpellation pour des faits de vol commis dans un centre commercial à Beaucouzé (Maine-et-Loire). A cette occasion, il a été longuement questionné sur sa situation administrative et sur les conséquences personnelles d'une éventuelle nouvelle mesure d'éloignement. Il a ainsi été mis en mesure de présenter toute observation utile préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il fait état du parcours et de la situation administrative de M. C, en rappelant en particulier ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et les mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2021 et 2022. Il précise que M. C est défavorablement connu des services de police pour recel de vol, transport illicite de substance psychotrope et port sans motif légitime d'une arme blanche de catégorie D, commis en mai et juillet 2021 et qu'à ce titre, au regard de la gravité des faits et de leur réitération, il entre dans le champ du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué indique enfin que l'intéressé n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et que la mesure contestée, eu égard à la nécessité de défendre l'ordre public et prévenir la commission d'infractions, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Ainsi, la décision litigieuse énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter la décision attaquée.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

9. M. C fait valoir dans ses dernières écritures que le motif tiré de ce que son comportement constitue une menace à l'ordre public est entaché d'une erreur de fait, en l'absence de condamnation pénale, et ne saurait, en tout état de cause, fonder la mesure d'éloignement attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C figure dans le traitement d' antécédents judiciaires (TAJ) pour des faits de recel de bien provenant d'un vol et transport illicite de substance psychotrope, commis à Nantes le 26 mai 2021. Le préfet a produit en défense le procès-verbal d'audition de l'intéressé sous le régime de la garde à vue afférente à ces procédures, dont le contenu, qui n'est pas contesté par M. C, permet d'établir la matérialité des faits reprochés. Par ailleurs, et comme le mentionne aussi la décision attaquée, M. C a été interpellé le 6 septembre 2023 pour des faits de vol dans un centre commercial, dont la matérialité, reconnue par le requérant dans ses dernières écritures, est confirmée au surplus par ses déclarations lors de son audition sous le régime de la garde à vue. De tels faits, non dénués de gravité, par leur caractère récent et répété, sont de nature à justifier l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions précitées du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, alors même qu'aucune condamnation n'a été prononcée et que les faits de port d'arme blanche sans motif légitime figurant au TAJ et également mentionnés dans la décision attaquée ne sont corroborés par aucune autre pièce du dossier, M. C n'est pas fondé à soutenir que le motif ainsi opposé serait entaché d'une erreur de fait ni que le préfet de Maine-et-Loire aurait fait une inexacte application des dispositions précitées. Par suite, les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.

10. Enfin, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français depuis 2017 et a fait l'objet, avant l'édiction de la décision attaquée, de deux mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. En dépit de sa présence prolongée sur le territoire français, il n'établit ni même allègue avoir engagé des démarches pour régulariser sa situation. Par ailleurs, s'il fait état d'une relation de concubinage avec une ressortissante bulgare résidant régulièrement en France, il ne produit aucun élément de nature à établir l'ancienneté et la stabilité de cette relation. Il ne justifie pas davantage avoir développé en France des liens personnels d'une particulière intensité. Au surplus, il a reconnu, lors de son audition par les services de gendarmerie le 6 septembre 2023, avoir conservé des attaches familiales au Maroc où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait, par la décision attaquée, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

14. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, en particulier celles de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles l'autorité administrative a entendu se fonder. Par ailleurs, il est indiqué que M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire. Ainsi, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

16. En dernier lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé exclusivement sur le motif tiré de la menace à l'ordre public que représente la présence sur le territoire français de M. C. Ce dernier, en se bornant à soutenir que le risque de soustraction à la mesure d'éloignement n'est pas établi, ne conteste pas utilement le motif ainsi opposé. Par suite, le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, la décision attaquée vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, en particulier les dispositions des articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle indique que M. C n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

19. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

20. Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

21. Si M. C fait valoir que sa vie est menacée en cas de retour au Maroc, il n'apporte aucune précision sur la nature et les raisons des craintes ainsi exprimées et ne produit le moindre élément susceptible de venir au soutien de telles allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

22. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

23. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions applicables de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, elle indique que M. C ne fait état d'aucune circonstance humanitaire susceptible de justifier qu'il ne soit pas édicté une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Enfin, elle précise que la durée d'interdiction retenue de trente-six mois n'est pas disproportionnée au regard notammment de ses conditions de séjour en France, de l'absence de liens personnels forts sur le territoire national, de la non-exécution de deux précédentes mesures d'éloignement et de son comportement. Ainsi, la décision attaquée énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

24. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

25. Enfin, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

26. M. C, qui s'est vu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, seule susceptible, en vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de justifier que l'autorité préfectorale n'édicte pas à son encontre d'interdiction de retour sur le territoire français. En outre, ainsi qu'il a été dit précédemment, M. C a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement assorties de mesures d'interdiction de retour qu'il n'a pas exécutées. Il s'est également fait connaître défavorablement des services de police à plusieurs reprises et ne justifie pas avoir développé en France des liens personnels d'une particulière intensité. Dès lors, en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français et en fixant sa durée à trente-six mois, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

27. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision portant interdiction de retour doivent être rejetées.

S'agissant de l'arrêté d'assignation à résidence :

28. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ". Aaux termes de l'article L. 733-1 dudit code : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie () ". Et aux termes son article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger () définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Les mesures contraignantes prises par le préfet sur le fondement des dispositions précitées à l'encontre d'un étranger assigné à résidence, qui limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, doivent, dans cette mesure, être nécessaires, adaptées et proportionnées à l'objectif qu'elles poursuivent, qui est de s'assurer du respect de l'interdiction faite à l'étranger de sortir du périmètre dans lequel il est assigné à résidence.

29. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et rappelle que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 6 septembre 2023. Il précise que ce dernier, qui réside à Angers, ne peut quitter immédiatement le territoire mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il indique enfin que les obligations de présentation aux services de police dans l'attente de l'exécution de cette mesure apparaissent nécessaires et appropriées et que M. C ne fait état d'aucune circonstance particulière susceptible de l'empêcher de satisfaire à ces obligations. Ainsi, l'arrêté attaqué énonce avec suffisamment de précisions les considérations de droit et de fait qui le fondent. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

30. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit plus haut que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de l'arrêté portant assignation à résidence.

31. Enfin, l'arrêté attaqué fait obligation à M. C de se présenter tous les jours, sauf les samedis, dimanches et jours fériés, à 9h, au commissariat de police d'Angers situé au 15 bis rue Dupetit Thouars et lui fait interdiction de sortir du territoire de la commune d'Angers sans autorisation. Le requérant, qui se borne à soutenir qu'il n'existe aucun risque de soustraction à la mesure d'éloignement, ne justifie d'aucune contrainte particulière l'empêchant de satisfaire à cette obligation ni d'aucun élément de nature à démontrer le caractère excessif de la mesure litigieuse dans son principe ou dans ses modalités. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'exécution de cette mesure d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable à la date de la décision attaquée, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées et que les modalités de contrôle de la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet présenteraient un caractère disproportionné.

32. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes n° 2317654 et n° 2409351 doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2317654 et n° 2409351 présentées par M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Cojocaru.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J. DANETLa greffière,

M-C. MINARD

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2 et N° 2409351

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