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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317668

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317668

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317668
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOEZEC CARON BOUCHE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2023, M. A B, représenté par

Me Boezec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et révèle un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Des pièces complémentaires, présentées pour M. B, ont été enregistrées le

11 octobre 2024 et non communiquées.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu,

- et les observations de M. B, son avocat étant absent.

Une note en délibéré présentée pour M. B a été enregistrée le 16 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 30 mars 1995, est entré en France le

8 août 2017. Il a été interpellé le 11 juillet 2018 pour des faits de recel de vol, placé en garde à vue et a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire le 13 juillet 2018. Le 19 décembre 2018, il a été interpellé pour des faits de vol par effraction et usurpation d'identité et a été placé au centre de rétention administratif de Saint-Jacques de la Lande duquel il a été libéré par une ordonnance du 21 décembre 2018 du juge des libertés et de la détention. Il a fait l'objet d'une assignation à résidence par un arrêté du 19 mars 2019 puis d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une assignation à résidence du 28 novembre 2019. Une carte de séjour temporaire valable jusqu'au 16 septembre 2021 lui a été délivrée en qualité de conjoint d'une ressortissante française et sa demande de renouvellement a fait l'objet d'un refus assorti d'une obligation de quitter le territoire français par un arrêté du 8 octobre 2021 du préfet des Deux-Sèvres. Il a sollicité ensuite du préfet de la Vendée la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 11 octobre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui interdisant tout retour sur le territoire pour une durée d'un an. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B est arrivé en France le 8 août 2017. Il s'est marié le 29 février 2020 avec une ressortissante française. De leur union est né le

19 mai 2022, Zinédine B. L'enfant a été placé en urgence à l'aide sociale à l'enfance par une ordonnance du procureur de la République du 21 juillet 2023 suite à des informations préoccupantes quant à la consommation de produits stupéfiants, aux comportements inadaptés et aux carences de sa mère dans sa prise en charge. Le placement a été renouvelé jusqu'au

30 septembre 2024 par un jugement du tribunal pour enfant près la cour d'appel de Poitier du

1er août 2023 accordant un droit de visite médiatisé en lieu neutre tous les quinze jours aux deux parents de celui-ci. Il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de cette décision que la mère de l'enfant, dont les deux autres enfants nés de précédentes unions font aussi l'objet de placements éducatifs, consommatrice et revendeuse de produits stupéfiants, a peu de liens avec son fils envers lequel elle a pu se montrer violente. Si l'accueil de l'enfant par M. B a été jugé prématuré, d'une part, compte tenu de la précarité de sa situation administrative et de l'absence de logement stable de ce dernier et, d'autre part, eu égard à ce que la qualité de son lien avec ce dernier et ses capacités de prise en charge n'ont pas pu être évaluées à ce stade, il est fait état de la volonté du requérant de s'investir auprès de son fils. Il résulte de ces éléments, alors que l'hypothèse de la mise en œuvre d'un travail éducatif avec la mère de l'enfant n'est pas privilégiée par la juge des enfants, que seule une évolution des droits de M. B au regard de son enfant est envisagée ainsi que, le cas échéant, la mise en œuvre d'un accueil père-enfant. Dans les conditions très particulières de l'espèce, alors qu'il est fait état de la nécessité d'évaluer le comportement du père face à son enfant afin d'envisager l'évolution des droits de M. B à l'égard de celui-ci et que la précarité de la situation administrative de M. B justifie pour l'essentiel que la prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance de Zinédine soit prolongée, le préfet de la Vendée a, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, porté atteinte à l'intérêt supérieur de son fils, garanti par le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Vendée de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " parent d'enfant français " dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Boezec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 11 octobre 2023 du préfet de la Vendée est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " parent d'enfant français " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Boezec, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Boezec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Vendée et à Me Boezec.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La présidente,

S. RIMEU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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