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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317673

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317673

mercredi 10 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317673
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL R & P AVOCATS - OLIVIER RENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2023 sous le numéro 2317673, complété par une production de pièces le 30 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Renard, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et de le munir dans cette attente, dans un délai de trois jours, d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à son profit en application des dispositions de ce dernier article.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision litigieuse met fin au droit au séjour de l'intéressé au France alors qu'il bénéficiait d'une autorisation provisoire de séjour de de travail, et le prive des ressources, tirées d'un CDD conclu avec une entreprise d'insertion, dont il disposait pour s'acquitter de sa contribution mensuelle à l'entretien et l'éducation de son fils de nationalité française en exécution d'une décision du juge aux affaires familiales ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* la compétence de son signataire reste à démontrer,

* elle est insuffisamment motivée,

* la commission du titre de séjour aurait dû être saisie avant son édiction,

* elle est entachée d'erreurs de fait et n'a pas été précédée de l'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé,

* elle méconnaît l'article L. 423-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la participation à l'entretien et l'éduction de l'enfant depuis au moins deux ans est établie et que la menace à l'ordre public n'est pas démontrée,

* elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3§1 de la convention internationale des droits de l'enfant,

* elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B par décision du 8 décembre 2023.

Vu :

- la décision attaquée ;

- la requête n° 2317669 enregistrée le 28 novembre 2023 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision susvisée ;

- le jugement n° 2213955 du 13 juin 2023 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 de ce code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Par arrêté du 16 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A B, ressortissant arménien né le 1er septembre 1995, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. B a contesté cet arrêté devant le tribunal, qui a seulement, par le jugement susvisé du 13 juin 2023, annulé la mesure d'éloignement et enjoint au préfet de " statuer à nouveau sur le cas de M. A B, dans un délai de deux mois à compter de [s]a notification, () en le munissant, dès cette notification, d'une autorisation provisoire de séjour ". Par une décision du 29 septembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a une nouvelle fois refusé de délivrer un titre de séjour à M. B compte tenu, notamment, de la " très grave atteinte à l'ordre public, d'un non-respect des principes républicains, de l'absence d'intégration dans la société française et d'un risque de menace à l'ordre public " que constituent les faits reprochés à l'intéressé, par ailleurs père d'un enfant de nationalité française né le 22 juillet 2020.

4. Pour justifier l'urgence d'une suspension de l'exécution de cette décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, M. B fait valoir qu'il se trouve privé des ressources, tirées d'un contrat à durée déterminée conclu avec une entreprise d'insertion, dont il disposait notamment pour s'acquitter de sa contribution mensuelle à l'entretien et l'éducation de son fils de nationalité française en exécution d'une décision du juge aux affaires familiales. Les circonstances ainsi invoquées, pour regrettables qu'elles soient, sont insuffisantes à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision litigieuse, laquelle n'est pas assortie d'une mesure d'éloignement. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et à Me Renard.

Fait à Nantes, le 10 janvier 2024.

La vice-présidente, juge des référés,

A.-C. WUNDERLICH

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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