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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317681

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317681

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317681
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantGUILBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2023 et des pièces complémentaires enregistrées le 9 septembre et le 10 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Guilbaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer le titre de séjour sollicité, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et, en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail le temps du réexamen, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et emporte des conséquences manifestement excessives sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- sa situation n'a pas été examinée à l'aune des dispositions des articles L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions dirigées contre les décisions obligeant M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il fait valoir :

- que la demande de titre de séjour de M. B est en cours d'examen par le préfet de la Loire-Atlantique, département dans lequel il réside désormais, et qu'il bénéficie à ce titre d'un récépissé valable jusqu'au 18 octobre 2024 ;

- qu'aucun des moyens soulevés contre la décision de refus de titre de séjour contestée n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu,

- et les observations de Me Guilbaud, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant guinéen né le 5 mai 2000 déclare être entré en France en juin 2017. Par une ordonnance de placement provisoire du juge des enfants du tribunal de justice d'Angers du 5 juillet 2017, M. B a été confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance. Son placement sous tutelle a été prononcé par le juge des enfants du tribunal de justice d'Angers du 18 août 2017. Il a bénéficié de contrats d'accueil provisoire jeune majeur jusqu'au 24 octobre 2019. Le refus qui a été opposé à sa première demande de titre de séjour par un arrêté du 22 janvier 2022 du préfet de la Loire-Atlantique a été annulé par une décision du tribunal administratif de Nantes du 18 mars 2021. Sur injonction du tribunal administratif de Nantes il s'est vu délivrer une carte de séjour portant la mention salariée valable du 6 avril 2021 au 5 avril 2022. Par une décision du 7 octobre 2021, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé le jugement de tribunal administratif et rejeté la requête de M. B. Il a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1,

L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 21 septembre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de non-lieu à statuer :

2. M. B s'est vu délivrer un récépissé par le préfet de Maine-et-Loire, lequel a été ensuite renouvelé par le préfet de la Loire-Atlantique, département dans lequel réside désormais M. B, et sa demande de titre de séjour est en cours d'examen par le préfet de la

Loire-Atlantique. Il ressort cependant des pièces du dossier que ce nouvel examen de la demande de titre de M. B fait suite à l'ordonnance du juge des référés du 27 décembre 2023 enjoignant au préfet de Maine-et-Loire d'y procéder. La circonstance que la demande soit désormais traitée par le préfet de la Loire-Atlantique en raison du changement de résidence de M. B est à cet égard sans incidence, dès lors qu'il n'est ni établi ni soutenu par le préfet de Maine-et-Loire qu'il aurait retiré ou abrogé l'obligation de quitter le territoire français litigieuse. Par suite, les conclusions à fin de non-lieu à statuer présentées par le préfet de Maine-et-Loire doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

4. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité permet la délivrance de deux titres de séjour de nature différente que sont, d'une part, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, d'autre part, la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en juin 2017 alors qu'il était âgé de seize ans et qu'il a fait l'objet d'un placement provisoire le 4 juin 2017 puis d'une ordonnance d'ouverture de tutelle du 18 août 2017 le confiant aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de Maine-et-Loire jusqu'à sa majorité. Il a bénéficié à ce titre de deux contrats jeune majeur successifs dont le dernier a expiré le 24 octobre 2019. Dans ce cadre, il a été scolarisé pour l'année scolaire 2017-2018 dans une classe de mission de lutte contre le décrochage scolaire et a obtenu un certificat de formation générale le 22 juin 2018. Au titre des années scolaires 2018-2019 et 2019-2020, il a intégré une formation en maintenance de matériels spécialisée dans les matériels d'espace vert et a obtenu son certificat d'aptitude professionnelle le 16 septembre 2020. Au titre des années 2020 à 2023, M. B a suivi une formation en conduite des productions horticoles et a obtenu son baccalauréat professionnel en juillet 2023. Si la décision attaquée mentionne que le contrat jeune majeur de M. B a été interrompu le 13 novembre 2018 compte tenu de son comportement inadapté au lycée et à l'internat, M. B verse au dossier les attestations de professeurs qui l'accompagnaient pendant son certificat d'aptitude professionnelle ainsi que des professionnels l'ayant accueilli en stage sur cette période faisant état de la qualité du travail fourni, de sa progression dans ses études, qu'il suit avec sérieux, et de l'intérêt dont il fait état pour le domaine. Il produit de même son bulletin scolaire du 1er semestre de l'année scolaire 2022-2023 mentionnant les difficultés de M. B mais faisant état de sa volonté et des efforts fournis. Pour l'année scolaire 2023-2024, M. B s'est inscrit à une formation en maintenance des matériels de constructions et manutention et verse au dossier une promesse d'embauche du

3 août 2023 et réitérée le 16 novembre 2023 en alternance pour la période allant du 4 septembre 2023 au 31 août 2025. Enfin, M. B qui produit des attestations de trois associations qui l'ont pris en charge et au sein desquelles il est bénévole mentionnant son investissement ainsi que des attestations des personnes qui l'ont hébergé, établissant sa bonne intégration. Dans ces conditions, compte tenu de la durée de six années de présence en France de M. B, de son jeune âge lors de son entrée en France, de son parcours scolaire réussi et de ses fortes perspectives d'intégration professionnelle en France à la date de la décision attaquée, le préfet de Maine-et-Loire a entaché sa décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour salarié d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compte de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 21 septembre 2023 du préfet de Maine-et-Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Guilbaud, la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Guilbaud renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de

Maine-et-Loire et à Me Guilbaud.

Copie en sera adressé au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La présidente,

S. RIMEU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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