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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2317855

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2317855

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2317855
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023 sous le n° 2317855, Mme D B, représentée par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre et sous astreinte journalière de 50 euros à l'issue de ce délai ou, à défaut et sous la même astreinte, de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué n'est pas régulièrement motivé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2023 sous le n° 2317861, M. E C, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre et sous astreinte journalière de 50 euros à l'issue de ce délai ou, à défaut et sous la même astreinte, de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué n'est pas régulièrement motivé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

III. Par une requête, enregistrée le 14 décembre 2023 sous le n° 2318598, M. A C, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 novembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le mois de la notification du jugement à rendre et sous astreinte journalière de 50 euros à l'issue de ce délai ou, à défaut et sous la même astreinte, de réexaminer sa demande en lui délivrant dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué n'est pas régulièrement motivé ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 avril 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu de joindre les requêtes visées ci-dessus pour statuer par une seule décision.

2. Arrivés sur le territoire français le 19 novembre 2022, Mme D B, ressortissante géorgienne née en 2002 en Géorgie, M. E C, ressortissant géorgien né en 2000 en Géorgie, son époux, et M. A C, ressortissant géorgien né en 2002 en Géorgie, frère de M. E C, ont, le 30 novembre 2022, demandé l'asile. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 mars 2023 et des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 22 août 2023. Par les arrêtés du 16 novembre 2023 ou 17 novembre 2023 dont dont Mme B et MM. C demandent l'annulation, le préfet de la Sarthe leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Par un arrêté du 20 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Sarthe du 20 juin 2023, le préfet de la Sarthe a donné délégation au signataire des arrêtés attaqués, directeur de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de la Sarthe, à l'effet de signer des arrêtés d'une telle nature. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. Les arrêtés attaqués comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement des décisions faisant obligation aux requérants de quitter le territoire français. Ces décisions sont, par suite, régulièrement motivées. Visant notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils constatent que les requérants sont de nationalité géorgienne et qu'il leur est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que les décisions fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office sont, de ce seul fait, régulièrement motivées.

5. Il ressort des pièces des dossiers que les requérants se trouvent dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut faire obligation à l'étranger de quitter le territoire français.

6. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que les requérants ne justifient pas de circonstances exceptionnelles ou humanitaires justifiant leur admission au séjour. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Le séjour des requérants en France, remontant au 19 novembre 2022, est très récent et ce séjour ne s'explique jusqu'au mois de septembre 2023 que par l'examen de leurs demandes d'asile, qui ont été rejetées. Ils font tous trois l'objet de mesures portant obligation de quitter le territoire français et il en va de même des parents, de même ressortissants géorgiens, de MM. C. Ils ne justifient pas d'attaches personnelles particulières, de nature privée ou familiale, anciennes, intenses et stables, en France. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour des requérants en France, et eu égard aux effets d'une mesure portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, le préfet de la Sarthe, qui n'a pas omis d'examiner leurs situations, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale, dont l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne stipule pas qu'il prédominerait sur toute autre considération légale, une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels ont été prises les décisions de retour en litige. Il suit de là que ces décisions ne méconnaissent pas les stipulations de cet article 8. Elles ne sont pas davantage entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur les situations personnelles des requérants.

9. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que celles fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité des obligations de quitter le territoire français dont ils font l'objet.

11. Il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'il est établi que les vies ou les libertés des requérants seraient menacées en Géorgie, ou qu'ils risqueraient d'être soumis dans ce pays à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, les décisions fixant le pays de renvoi ne méconnaissent pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'ils présentent.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans les présentes instances la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme B et de MM. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à M. E C, à M. A C, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

N°s 2317855, 2317861, 2318598

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