vendredi 29 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2318279 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | GOMMEAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 27 décembre 2023, M. et Mme A, représentés par Me Gommeaux, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision implicite née le 13 novembre 2023 du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours formé contre le refus de visa long séjour opposé le 12 août 2023 à Mme A ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer la demande de visa formée par Mme A au titre de la réunification familiale, dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie car Mme A vit isolée en Afghanistan, que son passeport expire le 16 février 2024 et que M. A, qui est handicapé, a besoin de la présence de son épouse ;
- les moyens tirés de l'insuffisance de motivation, de l'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace à l'ordre public, de l'erreur de fait, de la méconnaissance du droit à mener une vie familiale normale et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient que l'urgence n'est pas établie et qu'aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 8 décembre 2023 sous le numéro 2318416 par laquelle M. et Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rimeu pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 28 décembre 2023 à 9h30 en présence de Mme Roy, greffière d'audience, Mme Rimeu a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Pollono, substituant Me Gommeaux, avocate de M. A, en présence de celui-ci ;
- les observations du représentant du ministre de l'intérieur et des outre-mer.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été reportée au 28 décembre 2023 à 11h00.
Une note en délibéré, présentée par le ministre de l'intérieur et des outre-mer, a été enregistrée le 28 décembre 2023 à 11h05.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. M. A, ressortissant afghan né en 1996, bénéficie en France de la protection subsidiaire depuis une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 octobre 2018. La carte de séjour pluriannuelle à laquelle donne droit cette protection lui a été délivrée le 6 juin 2019. En janvier 2023, son épouse Mme A a sollicité des autorités consulaires françaises à Téhéran la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale, qui lui a été refusé le 12 août 2023. Le 13 septembre 2023, les requérants ont saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du recours administratif préalable obligatoire contre ce refus consulaire. Ce recours a été implicitement rejeté par une décision née le 13 novembre 2023. Par la présente requête, ils demandent au tribunal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision implicite de la commission.
En ce qui concerne la condition d'urgence :
3. L'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative justifie que soit prononcée la suspension d'une décision administrative lorsque l'exécution de celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.
4. Il est constant que Mme A vit en Afghanistan, soit dans un pays où les droits des femmes sont inexistants, ce qui est constitutif d'un traitement inhumain et dégradant. En outre, son passeport expire le 16 février 2024 et il existe de forts risques qu'elle ne puisse pas en obtenir le renouvellement. Ces circonstances créent une situation d'urgence à examiner le refus de visa qui lui a été opposé. Par suite, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; ". Et aux termes de l'article L. 561-3 du même code : " La réunification familiale est refusée : / 1° Au membre de la famille dont la présence en France constituerait une menace pour l'ordre public () ".
6. La décision implicite contestée est fondée sur le motif tiré de ce que M. A a été condamné à une peine d'un an et deux mois de prison ferme pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France ou dans un état partie à la convention Schengen, en bande organisée et que sa présence en France constitue donc une menace pour l'ordre public. Or, il résulte de l'instruction qu'alors que le bulletin n° 2 du casier judiciaire produit en défense fait état d'un mandat de dépôt du 21 décembre 2018, d'un jugement du tribunal correctionnel de Boulogne-sur-Mer le 9 janvier 2019 et d'une incarcération de M. A jusqu'au 29 août 2019, le requérant s'est vu délivrer son titre de séjour pluriannuel par la préfecture de Seine-Saint-Denis le 6 juin 2019 et que diverses autres pièces attestent que le requérant n'était pas emprisonné entre janvier et août 2019. Eu égard à ces éléments, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation quant à l'existence d'une menace pour l'ordre public est, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à solliciter la suspension de l'exécution de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 13 novembre 2023.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
8. La présente ordonnance prononce la suspension de l'exécution de la décision rejetant le recours formé contre le refus de visa opposé à Mme A en retenant comme propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de cette décision, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation.
9. En conséquence, il appartient au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa en cause et de prendre, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une décision qui doit remédier à cette erreur d'appréciation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à cet examen et de prendre une décision dans ce délai. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.
Sur les frais liés au litige :
10. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1000 euros à verser à M. et Mme A sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée au requérant
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision implicite née le 13 novembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre le refus de visa long séjour opposé à Mme A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de procéder au réexamen de la demande de visa présentée par Mme A dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à M. et Mme A une somme de 1000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A, à Mme B A, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Gommeaux.
Fait à Nantes le 29 décembre 2023.
La juge des référés,
S. RIMEULa greffière,
M. ROY
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026