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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318308

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318308

mardi 3 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318308
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCHELLY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A, ressortissante tunisienne, qui demandait l'annulation du refus de visa de long séjour en qualité de visiteuse. La décision explicite de la commission de recours du 21 décembre 2023 s'est substituée à la décision implicite initiale. Le tribunal a écarté comme inopérant le moyen d'incompétence du signataire de la décision consulaire, la commission s'étant substituée à cette dernière. La décision de la commission, fondée sur les articles L. 311-1, R. 312-2 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a été jugée suffisamment motivée et non entachée d'erreur d'appréciation, notamment sur l'insuffisance des ressources de la requérante.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Chelly, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) rejetant sa demande de visa de long séjour présentée en qualité de visiteuse ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de l'autorité consulaire et l'accusé de réception de la commission de recours ont été prises par une autorité incompétente pour ce faire ;

- la décision consulaire et la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sont insuffisamment motivées en fait et en droit ;

- elles n'ont pas été précédées d'un examen particulier de sa situation ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration en ce qu'elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'autorité consulaire n'a pas demandé un complément d'information ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations communiquées pour justifier l'objet et les conditions du séjour sont complètes ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle dispose de ressources suffisantes pour financer son séjour en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision attaquée peut être également fondée sur le motif tiré de l'absence de nécessité d'un séjour permanent en France ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fessard-Marguerie a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne, a présenté une demande de visa de long séjour en qualité de visiteuse auprès de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie). Par une décision du 13 septembre 2023, cette autorité a refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 2 décembre 2023, puis par une décision explicite du 21 décembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision consulaire. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Dans ce cas, les conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

3. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A, dirigées contre la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision consulaire, doivent être regardées comme dirigées contre la seule décision du 21 décembre 2023 par laquelle la commission a explicitement rejeté ce recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, d'une part, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par l'autorité diplomatique ou consulaire. Par suite, la décision explicite de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française à Tunis. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire soulevé à l'encontre de la décision consulaire, qui constitue un vice propre à cette décision, doit être écarté comme inopérant. D'autre part, M. Alain Ferré, président suppléant de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, régulièrement nommé dans ces fonctions pour une durée de trois ans par un décret du 27 juin 2022, s'est borné, en sa qualité de président suppléant, à signer le courrier informant la requérante de la décision prise par la commission. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, pris en ses deux branches, doit être écarté comme inopérant.

5. En deuxième lieu, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, pour rejeter le recours de Mme A, s'est fondée sur les dispositions des articles L. 311-1, R. 312-2 et L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur les motifs tirés, d'une part, de ce que la demandeuse de visa n'a pas justifié disposer de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant son séjour, et d'autre part, de ce que ses enfants n'ont pris aucun engagement de prise en charge financière ni fourni de justificatifs de leurs ressources. Ainsi, la décision attaquée énonce, avec suffisamment de précision, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision ne peut être qu'écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations () ".

7. Il ressort des termes de la décision attaquée que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne s'est pas fondée sur le caractère incomplet de la demande pour refuser de délivrer le visa sollicité. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en rejetant sa demande sans l'inviter préalablement à la compléter, la commission a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de Mme A.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

10. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle par le juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.

11. Pour justifier qu'elle dispose de moyens d'existence suffisants, sans avoir la possibilité d'exercer en France une activité professionnelle, la requérante produit les justificatifs de ses pensions de retraite française et tunisienne pour un montant mensuel respectif de 345 euros et de 1 274, 029 dinars tunisiens, soit environ 380 euros, ainsi qu'un justificatif de pension trimestriel d'un montant de 400 euros. La requérante perçoit ainsi un total mensuel d'environ 850 euros. Mme A produit, en outre, un extrait de relevé de compte sur lequel apparait un solde de 47 298, 585 dinars tunisiens soit 14 135 euros au 30 juin 2023. Dès lors, Mme A doit être regardée comme justifiant de ressources suffisantes pour prendre en charge ses frais de toute nature durant son séjour en France. Dans ces conditions, elle est fondée à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en retenant qu'elle ne disposait pas de ressources suffisantes.

12. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

13. Le ministre de l'intérieur, dans son mémoire en défense qui a été communiqué à la requérante, invoque un nouveau motif tiré de l'absence de nécessité d'un séjour permanent en France. Il doit ainsi être regardé comme demandant que ce nouveau motif soit substitué à celui retenu par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.

14. Le ministre de l'intérieur fait valoir que Mme A ne justifie pas de la nécessité d'un séjour permanent en France alors qu'un visa de court séjour lui permet d'y résider jusqu'à 90 jours par période de 180 jours par an. Si la requérante soutient qu'elle souhaite passer plus de temps avec ses enfants et petits-enfants et qu'elle est isolée dans son pays de résidence, ces éléments ne sont toutefois pas suffisants pour justifier de la nécessité dans laquelle elle se trouverait de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. Dès lors, le motif opposé en défense par la ministre de l'intérieur est de nature à fonder légalement la décision attaquée. Par suite, et alors qu'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, il y a lieu de procéder à la substitution de motif demandée, laquelle n'a privé la requérante d'aucune garantie.

15. En sixième et dernier lieu, Mme A ne peut utilement faire valoir que les informations transmises pour justifier l'objet et les conditions de son séjour sont fiables et complètes, la décision attaquée ne reposant pas sur un tel motif.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme C, première-conseillère,

Mme Fessard-Marguerie, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2025.

La rapporteure,

A. FESSARD-MARGUERIE

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

A-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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