vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2318395 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 4ème chambre |
| Avocat requérant | SEGUIN & KONRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Seguin, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2023 par lequel le préfet du Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, et, à titre subsidiaire, d'annuler la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet du Maine-et-Loire de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision n'est pas suffisamment motivée ;
- la décision n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ; le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle au regard du dispositif dérogatoire prévu par la circulaire du 5 juillet 2022 du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche pour les ressortissants de pays tiers qui étaient étudiants en Ukraine lors de la survenance du conflit avec la Fédération de Russie ;
- la décision méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- la décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet du Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 26 juillet 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la circulaire du ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche du 5 juillet 2022 sur l'accueil des étudiants ressortissants de pays tiers présents en France et déplacés d'Ukraine après le 24 février 2022 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et des décisions accompagnant ces mesures.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Specht-Chazottes, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant guinéen né le 12 janvier 1996, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 3 mars 2022 et a sollicité le 14 avril 2022 la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande a été rejetée par une décision du 31 août 2022 du directeur de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) confirmée par un arrêt du 2 novembre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile. Le 27 mars 2023, il a sollicité la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la protection temporaire. Afin de permettre l'examen de sa demande, seule une autorisation provisoire de séjour valable du 15 juin 2023 jusqu'au 14 juillet 2023 lui a été délivrée. Par un arrêté du 20 novembre 2023, le préfet du Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. B, demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
3. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci vise les textes dont il est fait application et énonce avec une précision suffisante et dépourvue de caractère stéréotypé, les considérations de fait, en particulier la situation de l'intéressé, et les circonstances de droit qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté que le préfet a mentionné le parcours de M. B ainsi que la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 15 juin 2023 au 14 juillet 2023 afin de permettre l'examen de sa situation personnelle au regard des motifs qu'il a fait valoir. Les démarches en vue d'une inscription à l'université, invoquées par le requérant sont en tout état de cause postérieures à l'arrêté attaqué et n'étaient donc pas connues du préfet à cette date. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen complet de la situation du requérant doit être écarté.
5. En troisième lieu, la situation du requérant ne relève pas des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux seuls citoyens de l'Union européenne et aux membres de leur famille. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance de cet article est inopérant.
6. En quatrième lieu, le requérant peut toutefois être regardé comme soulevant le moyen tiré de ce qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " du fait de sa situation particulière d'étudiant en Ukraine avant le déclenchement du conflit armé le 24 février 2022.
7. D'une part, aux termes de l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice du régime de la protection temporaire est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire, fixant la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur et contenant notamment les informations communiquées par les Etats membres de l'Union européenne concernant leurs capacités d'accueil ". Enfin aux termes de l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour () ".
8. D'autre part aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à l'instauration des normes minimales relatives à l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées en provenance de pays tiers et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les Etats membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil adoptée à la majorité qualifiée sur proposition de la Commission () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les Etats membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive. La décision contient au moins : / a) une description des groupes spécifiques de personnes auxquels s'applique la protection temporaire / b) la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur/ () ". Aux termes de l'article 7 de cette même directive : " 1. Les Etats membres peuvent faire bénéficier de la protection temporaire prévue par la présente directive des catégories supplémentaires de personnes déplacées qui ne sont pas visées dans la décision du Conseil prévue à l'article 5, lorsqu'elles sont déplacées pour les mêmes raisons et à partir du même pays ou de la même région d'origine. Ils en informent immédiatement le Conseil et la Commission. / () ". La décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 a constaté l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et a institué une protection temporaire au bénéfice des catégories de personnes énumérées par son article 2, aux termes duquel : " ()./ 3 Conformément à l'article 7 de la directive 2001/55/CE, les Etats membres peuvent également appliquer la présente décision à d'autres personnes, y compris aux apatrides et aux ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui étaient en séjour régulier en Ukraine et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou région d'origine dans des conditions sûres et durables / () ".
9. Au soutien du moyen tiré de ce qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " du fait de sa situation particulière d'étudiant en Ukraine avant le déclenchement du conflit armé le 24 février 2022, M. B soutient qu'il a résidé en Ukraine à compter de 2019 pour y poursuivre des études supérieures et bénéficiait à ce titre d'un titre de séjour pluriannuel, mais qu'il a dû quitter ce pays en février 2022 lors du déclenchement du conflit armé et est arrivé en France le 3 mars 2022. Il est toutefois constant que le requérant a sollicité son admission provisoire au séjour au titre de la protection temporaire prévue à l'article L. 581-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en qualité de demandeur d'asile et non en qualité d'étudiant et qu'il n'a pas produit d'attestation d'inscription dans un établissement d'enseignement supérieur. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité d'étudiant.
10. Par ailleurs, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance de la circulaire de la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche du 5 juillet 2022 sur l'accueil des étudiants ressortissants de pays tiers présents en France et déplacés d'Ukraine après le 24 février 2022, souhaitant poursuivre leurs études en France, adressée aux seuls services placés sous la responsabilité de cette ministre, laquelle se borne à prévoir les modalités d'inscription des étudiants ressortissants de pays tiers déplacés d'Ukraine avant le 24 février 2022 dans les établissements d'enseignement supérieur français et ne comporte aucune prescription concernant les conditions de délivrance d'un titre de séjour à ces mêmes étudiants et est dépourvue de caractère règlementaire.
11. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le préfet de Maine-et-Loire, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de son pouvoir de régularisation en refusant de régulariser la situation de M. B. Le moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne les moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :
12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de cette convention stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
13. M. B soutient qu'il risque de subir des persécutions en raison de ses opinions politiques dissidentes, notamment eu égard à sa participation, à partir de 2015, à de nombreuses manifestations contre le régime en place au travers de son adhésion à l'Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG). Il indique avoir été identifié par les autorités guinéennes qui l'ont recherché et ont arrêté son père et sa mère en 2015. Il a alors fui son pays, a résidé pendant trois ans au Sénégal et a rejoint l'Ukraine en 2019. Si M. B produit des extraits de rapports d'une organisation non gouvernementale et des articles de presse relatifs à la répression des opposants politiques en Guinée, toutefois, il n'apporte aucun élément probant permettant d'établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des craintes invoquées. Au demeurant, sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations et dispositions précitées en fixant le pays de destination.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 20 novembre 2023 du préfet du Maine-et-Loire doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Maine-et-Loire et à Me Seguin.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La magistrate désignée,
F. SPECHT- CHAZOTTES
La greffière
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au préfet du Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026