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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318418

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318418

mardi 25 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème chambre
Avocat requérantCHAUMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et une pièce complémentaire, enregistrées les 8 décembre 2023 et 19 décembre 2024, M. D E A et Mme B C F, agissant en leur nom et en qualité de représentants légaux de l'enfant mineure G D E, représentés par Me Chaumette, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 28 décembre 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 28 août 2022 de l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan) refusant à Mme C F et à l'enfant G D E la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France en qualité de membres de famille de réfugié ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas demandés, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer les demandes de visas dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission de recours ait été régulièrement composée ;

- la décision attaquée est entachée d'une appréciation manifestement erronée des liens familiaux les unissant, tant au regard des actes d'état civil produits que des éléments de possession d'état dont il est justifié, et méconnait les dispositions de l'article L 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. E A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 10 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Revéreau,

- et les observations de Me Lietavova, substituant Me Chaumette, avocat de M. E A et Mme C F.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E A, ressortissant soudanais né le 24 juillet 1989, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides du 20 juin 2016. Mme B C F, née le 4 mai 1993, son épouse alléguée, et l'enfant mineure G D E, née le 7 février 2020, sa fille alléguée, ont sollicité la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Khartoum (Soudan) en qualité de membres de famille d'un réfugié. Par une décision du 28 août 2022, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Par une décision implicite née le 28 décembre 2022, dont M. E A et Mme C F demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".

3. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que le lien familial allégué des demandeurs avec le réunifiant ne correspond pas à l'un des cas autorisant le bénéfice de la réunification familiale, en application des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux.".

5. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.

6. Afin d'établir son identité, Mme B C F produit un acte de naissance délivré par les autorités soudanaises, ainsi que la traduction effectuée par un expert traducteur interprète en langue arabe près la cour d'appel d'Aix-en-Provence d'une attestation délivrée le 17 février 2019 par le tribunal général du statut personnel d'Oum Dorman Wassat (Soudan) faisant état de son identité, connue également sous le nom d'usage d'Ayat Al Ahmar Kafi Koko. Le ministre, en l'absence de mémoire en défense produit dans le cadre de la présente instance, n'apporte pas d'éléments de nature à établir le caractère apocryphe de ces documents. Par suite, l'identité de Mme C F doit être tenue pour établie. Par ailleurs, si les requérants ne produisent pas d'acte ou de certificat de mariage établi par les autorités soudanaises, il ressort des mentions marginales du certificat de naissance de M. D E A tenant lieu d'acte d'état civil, établi le 24 novembre 2016 par le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, et que le ministre ne remet pas en cause, que les requérants se sont mariés à Omdourman (Soudan) le 5 janvier 2014. Il ressort enfin des pièces du dossier, et notamment du certificat de naissance de l'enfant, que M. E A et Mme C F sont les parents biologiques de la jeune G D E, issue de cette union. Par suite, l'identité de G D E ainsi que le lien familial des demandeuses avec le réunifiant doivent être également tenus pour établis. En conséquence, M.E A et Mme C F sont fondés à soutenir qu'en rejetant le recours dirigé contre la décision consulaire pour le motif énoncé au point 3, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite née le 28 décembre 2022 de la commission de recours doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas d'entrée et de long séjour en France demandés par Mme C F et pour l'enfant G D E, dans un délai de deux mois suivant sa notification, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 200 euros, à verser à M. E A et Mme C F, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née le 28 décembre 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de faire délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France à Mme C F et à l'enfant G D E dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. E A et Mme C F la somme globale de 1200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et Mme B C F et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Chaumette

Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

Mme Roncière, première conseillère,

M. Revéreau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.

Le rapporteur,

P. REVÉREAU

Le président,

P. BESSE

La greffière,

N. BRULANT

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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