LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318629

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318629

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKHATIFYIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 décembre 2023 et le 5 juillet 2024, Mme E C épouse D, représentée par Me Khatifyan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré et l'a interdite de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ainsi que l'arrêté du 8 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assignée à résidence dans le département du Maine-et-Loire pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui remettre, dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 39 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été examinée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant assignation à résidence :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Khatifyian, avocat de Mme C,

- les observations de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E C épouse D, ressortissante arménienne née le 24 juillet 1965, déclare être entrée en France le 24 avril 2012. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 mars 2013 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 28 novembre 2013. Ultérieurement, il lui a été délivré une carte de séjour temporaire en raison de son état de santé qui a été renouvelée à deux reprises et dont la dernière a expiré le 17 avril 2017. La demande de renouvellement de ce dernier titre de séjour a été rejetée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 21 février 2018, assortie d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par une décision du tribunal administratif de Nantes du 4 juillet 2018 et une décision du 11 avril 2019 de la cour administrative d'appel de Nantes. S'étant maintenue sur le territoire français, elle a, le 5 août 2022, sollicité du préfet de Maine-et-Loire la régularisation de sa situation de séjour au bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 31 octobre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office et lui interdisant tout retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Par un arrêté du 8 novembre 2023, le préfet l'a assignée à résidence dans le département du Maine-et-Loire pour une durée de six mois. Mme C demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

2. Il résulte de l'instruction que le préfet de Maine-et-Loire a présenté un mémoire en défense, enregistré le 4 juillet 2024 et, par suite, n'est pas, en application de l'article R. 612-6 du code de justice administrative, réputé avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires de la requérante. En outre, ce mémoire a été communiqué le 5 juillet 2024 à la requérante, qui en a accusé de la réception le même jour. Cette communication a eu pour effet de rouvrir l'instruction, qui avait été close le 26 mars 2024 par une ordonnance du 16 février 2024.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. L'arrêté attaqué du 31 octobre 2023 a été signé par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige portant obligation de quitter le territoire français, octroi d'un délai de départ volontaire, et fixation du pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté manque en fait.

4. Par un arrêté du 22 février 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation permanente à M. A B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué du 8 novembre 2023, à l'effet de signer les décisions d'assignation à résidence, dans le cadre de la mise en œuvre des mesures d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de cet arrêté doit être écarté.

5. L'arrêté du 31 octobre 2023 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de refuser à Mme C la délivrance d'un titre de séjour, décision par suite régulièrement motivée. Conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est régulièrement motivée. Cet arrêté comporte également l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de ne pas accorder à la requérante un délai de départ volontaire.

6. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre les arrêtés attaqués, le préfet de Maine-et-Loire a examiné la situation particulière de la requérante, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation. Le moyen tiré de l'absence d'un tel examen manque en fait.

7. La légalité de l'arrêté attaqué du 31 octobre 2023 s'apprécie à sa date. Dès lors, si la requérante se prévaut de la circonstance que, le 14 novembre 2023, elle aurait présenté une demande d'admission au séjour " au titre des liens personnels et familiaux en France ", cette circonstance postérieure est sans influence sur la légalité de cet arrêté. Dès lors, le moyen tiré de cette circonstance est inopérant.

8. Il ressort des pièces du dossier que la requérante avait seulement demandé le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle n'avait pas sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. Le préfet de Maine-et-Loire n'avait pas l'obligation de rechercher de sa propre initiative s'il y aurait lieu de délivrer à la requérante ce titre de séjour sur le fondement de ce texte, qui n'en prévoit pas la délivrance de plein droit.

9. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, dans l'exercice du pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle de la requérante au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels.

11. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Si Mme C se prévaut de la longue durée de son séjour sur le territoire français, elle y est entrée dans des conditions irrégulières en 2012 et la demande d'asile qu'elle avait présentée a été définitivement rejetée. Les cartes de séjour temporaire dont elle avait bénéficié du 14 mars 2014 au 17 avril 2017 lui avaient été délivrées en considération de son état de santé mais non en vue d'un établissement définitif de l'intéressée en France en considération de sa vie privée et familiale. La circonstance que les fils majeurs de la requérante ont vu leurs situations de séjour régularisées en 2022 et 2023 n'ouvrent pas pour autant droit à la régularisation des situations de séjour de leurs parents et l'époux de la requérante, ressortissant arménien né en 1968, fait également l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, en date du 31 octobre 2023. A l'instar de son époux, Mme C se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit de l'obligation de le quitter dont elle a fait l'objet en 2017 et du rejet par la juridiction administrative en 2018 et 2019 du recours contre cette décision. La requérante a vécu habituellement en Union Soviétique puis en Arménie pendant environ quarante-cinq ans et il n'est pas établi qu'elle serait dans l'impossibilité, avec son époux, de poursuivre sa vie personnelle, dans ses éléments constitutifs de la vie privée et familiale, dans le pays dont elle est la ressortissante et, si elle allègue ne pouvoir retourner en Arménie de manière durable, elle ne justifie toutefois pas de circonstances objectives, distinctes de ses choix personnels, qui s'y opposeraient. Si la requérante a pu exercer quelques activités professionnelles en France, la possibilité qui lui était ouverte à ce titre découlait des titres de séjour qui lui avaient été délivrés entre 2014 et 2017 en considération de son état de santé ou d'autorisations provisoires de séjour et, en outre, l'exercice d'une activité salariée n'est pas en lui-même un élément constitutif de la vie privée et familiale. Contrairement à ce que soutient la requérante, les stipulations, qui comportent deux paragraphes, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'imposent pas aux Etats parties de régulariser la situation de séjour des ressortissants étrangers n'y séjournant pas régulièrement au motif que le " centre des intérêts privés et familiaux " de ces ressortissants serait localisé dans un Etat partie. Dès lors, quand bien même le séjour de Mme C en France est ancien, le préfet de Maine-et-Loire, compte tenu de l'ensemble des circonstances caractérisant la situation personnelle de l'intéressée en France et les conditions de son séjour dans ce pays, en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour et en lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, n'a pas porté au droit de Mme C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions qui, en conséquence, ne méconnaissent pas cet article 8.

13. Il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire sur la situation personnelle de Mme C, qui fait d'ailleurs déjà l'objet d'une telle décision, prise le 21 février 2018 mais demeurant exécutoire.

14. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus d'admission exceptionnelle au séjour, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

15. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de ce refus.

16. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme C n'est pas fondée à soutenir que celle fixant le pays de renvoi est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

17. Si Mme C soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cette décision, qui a pour seul objet et n'a pas d'autre effet que de désigner le ou les pays à destination desquels elle serait susceptible d'être éloignée en cas d'exécution d'office de l'obligation de quitter le territoire français, est distincte tant du refus de séjour que de la mesure portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré de cet article 8, en tant que dirigé contre la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

19. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'énumère l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

20. Mme C fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle aucun délai de départ volontaire ne lui a été accordé. Dès lors, il appartenait au préfet de Maine-et-Loire de lui faire interdiction de retour sur ce territoire, sauf circonstances humanitaires pouvant justifier que ne soit pas édictée une telle interdiction. Si la requérante soutient que l'interdiction de cette nature, d'une durée de douze mois, qui lui est faite, méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, elle ne fait pas état de circonstances humanitaires pouvant justifier que ne soit pas édictée une interdiction de retour. Si elle rappelle que ses deux fils, qui, nés en 1994 et 1995, sont majeurs et ne sont plus des enfants, se sont vus pour leur part délivrer des titres de séjour, une telle circonstance ne présente pas un caractère humanitaire.

21. La durée de présence de la requérante sur le territoire français, supérieure à dix ans, est importante. Ses deux fils majeurs séjournent également en France depuis la même durée et sont, désormais, titulaires de titres de séjour, ce dont résulte que la requérante justifie de liens anciens et importants en France, quand bien même ils ne sont pas tels qu'ils lui ouvriraient droit à la régularisation de sa situation de séjour. Si elle a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public. Une interdiction de retour sur le territoire français fait obstacle à ce que puisse être utilement demandé un visa à l'effet de se rendre en France. Dès lors et au regard des quatre critères prévus par l'article L. 612-10 précité, le préfet de la Sarthe, en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour, alors qu'il pouvait fixer une moindre durée, s'est livré à une inexacte application de ce texte.

22. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". L'article L. 732-1 de ce code prévoir que " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ".

23. Si l'arrêté attaqué du 8 novembre 2023, assignant Mme C à résidence dans le département de Maine-et-Loire pendant six mois, rappelle la teneur de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte ainsi l'énoncé de la considération de droit en constituant le fondement, il se borne, quant aux faits, à énoncer que la requérante " justifie être dans l'impossibilité de regagner son pays d'origine ", mais sans énoncer la ou les raisons de fait pour lesquelles il serait justifié d'une telle impossibilité, alors, d'ailleurs, que la motivation de l'arrêté du 31 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français énonce, pour sa part, que Mme C " n'établit pas, par ailleurs, être dans l'impossibilité de quitter le territoire français en établissant qu'elle ne peut ni regagner le pays dont elle a la nationalité ni se rendre dans un autre pays ". Il en résulte qu'en se bornant ainsi, dans l'arrêté du 8 novembre 2023, à énoncer qu'est remplie la condition mise par le premier alinéa de l'article L. 731-3 à l'assignation à résidence qu'il prévoit, sans énoncer le ou les faits en considération desquels cette condition serait remplie, c'est-à-dire en se bornant à rappeler cette condition, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas légalement motivé cette décision d'assignation à résidence.

24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme C est seulement fondée à demander l'annulation de l'article 5 de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 31 octobre 2023, lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois, ainsi que de l'arrêté de ce préfet du 8 novembre 2023 l'assignant à résidence. Cette annulation n'implique nécessairement aucune mesure d'exécution qu'il y aurait lieu de prescrire au préfet de Maine-et-Loire en application de l'article L. 911-1 ou L. 911-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

25. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 5 de l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 31 octobre 2023, faisant interdiction à Mme C épouse D de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois et l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 8 novembre 2023 assignant Mme C épouse D à résidence dans le département de Maine-et-Loire pendant six mois sont annulés.

Article 2 : L'Etat versera à Me Khatifyan la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Khatifyan.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions