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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318723

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318723

mardi 23 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKHATIFYIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 décembre 2023, Mme B A, représentée par Me Khatifyian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans l'un et l'autre cas, dans cette attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante arménienne née en 1955, est entrée en France, selon ses déclarations le 21 août 2018, munie d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour à une entrée valable pour un séjour de douze jours et qui lui avait été délivré par les autorités consulaires grecques à Erevan (Arménie). La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 14 février 2019 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 mai 2019. Le recours qu'elle avait présenté contre l'arrêté du 29 mars 2019 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours a été rejetée le 25 juillet 2019 par le tribunal administratif de Nantes. S'étant maintenue sur ce territoire, elle a demandé le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour. Cette demande a été rejetée par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 26 avril 2021, assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par une décision du tribunal administratif de Nantes du 3 novembre 2022. S'étant maintenue sur ce territoire, elle a, le 12 avril 2023, de nouveau sollicité du même préfet le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour. Par l'arrêté du 30 novembre 2023 dont elle demande l'annulation, ce préfet a rejeté cette demande et assorti ce refus d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer un tel arrêté en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de ce signataire.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui est, dès lors, régulièrement motivée. Conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Si le séjour de la requérante, remontant à l'été 2018, n'est plus récent, il n'est pas ancien, alors qu'elle est née en 1955. Elle se maintient irrégulièrement sur le territoire français en dépit des obligations de le quitter dont elle a fait l'objet le 29 mars 2019 et le 26 avril 2021. Si elle fait valoir être veuve et que trois de ses enfants, qui sont majeurs, résident en France et que l'un d'eux l'héberge à Angers, une telle circonstance ne lui ouvre néanmoins pas droit à la régularisation de sa situation de séjour et Mme A ne justifie pas d'une impossibilité de poursuivre sa propre vie personnelle dans le pays dont elle est la ressortissante et où elle a vécu habituellement pendant plus de soixante ans. Contrairement à ce qu'elle fait valoir, elle ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Dès lors, il ne ressort pas du dossier que, dans l'exercice du large pouvoir d'appréciation qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire, qui a examiné la situation de l'intéressée, aurait commis une erreur manifeste en estimant que l'admission exceptionnelle de Mme A au séjour en France ne répond pas à des considérations humanitaires et ne se justifie pas non plus par des motifs exceptionnels.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Le séjour de la requérante en France n'est pas ancien. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été définitivement rejetée. Elle a fait l'objet en 2019 et 2021 de décisions de retour auxquelles elle n'a pas déféré. Contrairement à ce qu'elle soutient, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'impose pas aux Etats parties de régulariser la situation de séjour des ressortissants étrangers y séjournant irrégulièrement au motif qu'ils estimeraient y avoir le centre de leurs intérêts privés et familiaux. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de la requérante en France, comme des effets d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme A n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour et en assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire, qui n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels ont été prises ces décisions qui, dès lors, ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision refusant le séjour, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination sont illégales en raison de l'illégalité de cette obligation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de de Maine-et-Loire et à Me Levan Khatifyian.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.

Le président-rapporteur,

A. DURUP DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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