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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318799

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318799

mercredi 24 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 décembre 2023, complétée par la production d'une pièce le 5 janvier 2024, M. S, Mme O, agissant en leurs noms propres et en leur qualité de représentants légaux de leurs enfants mineurs, M, I B et F B, M. L B, Mme H B, M. R, M. N et Mme Q, représentés par Me Perrot, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 24 octobre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur a refusé de délivrer des visas d'entrée et de séjour en France à Mme U B et aux enfants H B, K B, E B, I B et F B au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de leur situation dans un délai de sept jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors, d'une part, que la famille se trouve séparée malgré les diligences accomplies suite à l'obtention de leur protection par M. S et Monsieur D A B, respectivement père et époux et frère et fils des demandeurs de visas, pour être rejoints par eux, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ayant d'ailleurs donné un avis favorable à ces demandes, d'autre part, que les demandeurs se trouvent en Iran où leurs visas ont expiré le 22 octobre 2022, où Mme B, qui rencontre des problèmes de santé, a difficilement accès aux soins du fait de sa situation irrégulière et qu'ils ont exposés à un risque de retour en Afghanistan où ils seront vraisemblablement remis aux autorités talibanes et où Mme B et ses filles seront contraintes de rester chez elles sans possibilité d'exercer une activité professionnelle ou de poursuivre une scolarité ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est insuffisamment motivée, le ministre ne précisant pas sur quels éléments précis il se fonde pour affirmer que les documents d'état civil produits ne seraient pas probants ;

* elle méconnaît les dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation à ce titre dès lors que l'identité de M. C, bénéficiaire de la protection subsidiaire, réunifiant, de son fils, M. L B, réfugié statutaire et des demandeurs de visas et le lien familial qui les unit, sont établis (ils produisent les actes de naissance -taskera-, des demandeurs, le certificat de mariage de M. C et T B, ainsi que leurs passeports ; les erreurs de dates mentionnées dans le dossier de l'Office français des réfugiés et apatrides s'expliquent par le fait que ce dossier a été rempli par une tierce personne, à l'arrivée en France de M. C, après un parcours d'exil difficile et une fuite contrainte de son pays d'origine ainsi que par l'usage du calendrier géorgien en France et perse en Afghanistan ; ces erreurs apparaissaient également pour les dates de naissance déclarées des enfants G, J et D A n'ont pas entraîné la remise en cause de leur identité ou de leur lien de filiation avec M. C ; dès lors que ce dernier a déclaré de façon constante l'existence de ses enfants, ces erreurs ne sont de nature ni à atténuer la valeur probante de ses déclarations et des membres de famille, ni à établir le caractère irrégulier, falsifié ou inexact des certificats de naissance et d'identité produits ; en tout état de cause, le ministre de l'intérieur ne précise pas quelles règles régissant l'état-civil afghan auraient été méconnues et n'établit pas, ce faisant, l'absence d'authenticité des documents produit) ; ils sont, en outre, fondés à se prévaloir d'une possession d'état certaine, telle que définie à l'article 311-1 du code civil, (M. C et son fils D A ont toujours été constants dans leurs déclarations quant à la composition de leur famille M. C a effectué plusieurs séjours en Iran, pour accompagner les membres de sa famille dans les démarches en vue de leur réunification ; ils établissent avoir procédé à des envois d'argent) ;

* il est porté une atteinte disproportionnée au droit des intéressés de mener une vie privée et familiale normale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi qu'à leur unité familiale ;

* les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ont été méconnues dès lors qu'il est de l'intérêt supérieur des enfants mineurs de retrouver, sur le territoire français les réunifiants, qui y sont protégés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 janvier 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 janvier 2024.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 8 décembre 2023 sous le numéro 2318242 par laquelle M. C et Mme B demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chauvet, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 5 janvier 2024 à 10 heures 30 :

- le rapport T Chauvet, juge des référés,

- les observations de Me Perrot, représentant M. C et Mme B et celles de la représentante du ministre de l'intérieur et des outre-mer.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

M. C et Mme B ont produit une note en délibéré le 12 janvier 2024, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par décisions du 2 mars 2023, l'autorité consulaire française à Téhéran (République islamique d'Iran) a refusé de délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à Mme U B et aux enfants H B, K B, E B, I B et F B au titre de la réunification familiale, respectivement épouse et enfants de M. S, ressortissant afghan auquel la protection subsidiaire a été accordée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 décembre 2016. Par décision du 20 juillet 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, saisie du recours administratif préalable obligatoire prévu par les dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a, sur le fondement des dispositions de l'article D. 312-7 du même code, recommandé au ministre de l'intérieur d'accorder les visas sollicités. En dépit de cette recommandation, le ministre a, par décision du 24 octobre 2023, a rejeté le recours formé contre les décisions consulaires du 2 mars 223. C'est la décision dont M. C et Mme B demandent la suspension de l'exécution.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". ". En vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui ne présentent pas un caractère d'urgence.

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.

4. Pour démontrer l'urgence à statuer sur leur requête, M. C et Mme B soutiennent que, du fait de l'expiration, le 22 octobre 2022, de leurs visas iraniens, Mme B et les jeunes H B, K B, E B, I B et F B seraient exposés à un risque d'expulsion vers l'Afghanistan où ils pourraient faire l'objet des persécution compte tenu du contexte sécuritaire et humanitaire qui y prévaut et du statut de femme des jeunes H B, K B, I B et F B et T Mme B, et que cette dernière ne pourrait accéder aux soins en Iran, alors qu'elle rencontre d'importants problèmes de santé. Toutefois, d'une part, les intéressés n'établissent ni la réalité comme la proximité des risques qu'ils encourent d'être expulsés de force d'Iran, où ainsi qu'il ressort de ce qui vient d'être dit, ils séjournent de façon irrégulière depuis le mois d'octobre 2022. D'autre part, ils n'établissent pas non plus que Mme C ne pourrait bénéficier du suivi médical que son état de santé requerrait, alors qu'elle a, depuis ce mois d'octobre 2022, reçu des soins, ainsi qu'il ressort des documents établis par les services médicaux de l'hôpital Imam P, et plus particulièrement de la fiche récapitulative qui indique qu'elle a été hospitalisée le 26 octobre 2022. Dès lors, les circonstances invoquées ne sont pas de nature à justifier de l'urgence qui s'attacherait à la suspension des effets de la décision du 24 octobre 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par suite, la condition d'urgence au sens et pour l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la décision attaquée, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C et de Mm C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. S, Mme O, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Perrot.

Fait à Nantes, le 24 janvier 2024.

La juge des référés,

Claire Chauvet Le greffier,

Jean-François Merceron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies

de droit commun contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

2318799

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