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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318831

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318831

mercredi 27 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2023, M. D B, représenté par Me Dazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de douze mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois et l'a astreint à se présenter tous les mardis et jeudis, sauf jours fériés, à neuf heures, au commissariat de police d'Angers ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux deux arrêtés :

- il n'est pas établi qu'ils ont été signés par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

S'agissant de la décision l'assignant à résidence pour une d'une durée de six mois :

- elle méconnait l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire enregistré le 1er août 2024, le préfet de Maine-et-Loire a répondu au moyen d'ordre public soulevé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

24 septembre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 28 avril 1990, est entré en France le

23 octobre 2018. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision du 31 janvier 2019 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 9 mars 2020. Il a ensuite fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 25 mai 2020, de décisions portant obligation de quitter le territoire et assignation à résidence pour une durée de six mois le

2 novembre 2022 et d'une décision portant assignation à résidence le 11 avril 2023. Par des arrêtés du13 novembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en l'interdisant de retour sur le territoire pour une durée de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de Maine-et-Loire pour une nouvelle durée de six mois. M. B demande au tribunal d'annuler ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la légalité de la décision portant assignation à résidence :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du même code, dans sa version applicable au présent litige: " I. - L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants :: / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () " Et aux termes de l'article

L. 732-3 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. "

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants :/ 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;/ () " Et aux termes de l'article L. 732-4 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. ()"

4. Les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont pour objet de permettre à l'autorité administrative d'assurer l'exécution forcée d'une mesure d'éloignement lorsque la personne étrangère qui en fait l'objet justifie de garanties de représentation suffisantes permettant de prendre à son égard, de manière alternative au placement en rétention, une mesure d'assignation à résidence d'une durée maximale de quarante-cinq jours, laquelle est renouvelable une fois, dès lors que son éloignement constitue une perspective raisonnable. En revanche, les dispositions de l'article L. 731-3 du même code, citées au point 3, sont exclusivement applicables aux personnes étrangères qui justifient être dans l'impossibilité d'exécuter la décision d'éloignement dont elles font l'objet et pour lesquelles il n'existe aucune perspective raisonnable d'exécution de cette mesure. Cette impossibilité ne peut résulter des seules difficultés rencontrées par l'autorité administrative pour éloigner une personne étrangère dépourvue de document de voyage valide.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence pour six mois M. B afin d'assurer son éloignement forcé, lequel demeurait une perspective raisonnable, au motif que M. B est dépourvu de documents de voyage en cours de validité. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point précédent, que le préfet ne pouvait, sans méconnaitre le champ d'application de la loi, décider d'assigner à résidence à cette fin

M. B, lequel n'avait pas justifié de son impossibilité de quitter la France et de rejoindre son pays d'origine ou un autre pays, en se fondant sur les dispositions de l'article L. 731-3 citées au point 3.

Sur le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des autres décisions attaquées :

6. Par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire et librement accessible de droit, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. A C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, à l'effet de signer notamment les décisions d'éloignement des étrangers, incluant les obligations de quitter le territoire français sans délai, les décisions fixant le pays de renvoi, les interdictions de retour sur le territoire français et les assignations à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant réside en France depuis moins de cinq ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut de sa qualité de parent d'enfant français et soutient avoir entamé des démarches devant le juge aux affaires familiales d'Angers pour obtenir des droits à son égard, il ne produit aucun élément relatif à une telle démarche ni d'éléments permettant d'attester qu'il contribue à l'entretien et l'éducation de cet enfant. Par ailleurs, l'expertise médicale qu'il aurait sollicitée, dans le cadre de la procédure pénale à laquelle il est partie, et qui n'aurait pas encore eu lieu, ne pourrait faire obstacle au prononcer d'une mesure d'éloignement. Il en résulte que le requérant ne peut se prévaloir d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France. En outre, le requérant a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de vingt-huit ans. Par suite le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant refus de fixation d'un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ; () ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est vu opposer deux obligations de quitter le territoire les 25 mai 2020 et 2 novembre 2022 qui n'ont pas été exécutées. Si le requérant soutient toutefois justifier de circonstances particulières imposant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, il ressort de la motivation énoncée au point 8 qu'il n'en démontre pas. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Eu égard aux éléments exposés au point 10, le moyen, tiré de ce qu'en interdisant à M. B le retour sur le territoire français pour une durée de douze mois le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de six mois. Ses conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du même jour l'obligeant à quitter le territoire sans délai, en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit et lui interdisant le retour en France pendant une durée de douze mois, doivent en revanche être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. Cette annulation n'implique pas que le préfet de Maine-et-Loire procède au réexamen de la situation de M. B. Par suite ses conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.

Sur les frais de justice :

15. Si M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle, l'Etat ne peut être regardé, dans la présente instance, comme la partie perdante pour l'essentiel. Par suite la demande présentée par Me Dazin sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 13 décembre 2023, en ce qu'il porte assignation à résidence, est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Dazin.

Délibéré après l'audience du 6 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

S. RIMEU

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

X. JEGARD

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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