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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318838

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318838

mardi 7 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantDAZIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 décembre 2023, M. D B, représenté par Me Dazin, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a rappelé l'obligation de quitter le territoire français qui a été prononcée à son égard le 6 juillet 2023 ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai d'un mois sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que le signataire de l'arrêté était compétent ; tout acte administratif doit comporter la signature et la qualité de la personne en application des dispositions des articles L. 111-2 et L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en rejetant son admission exceptionnelle au séjour et commis une erreur de fait ; il n'a pas pris en compte les raisons de son arrivée en France ; il s'est intégré en France et y a tissé des liens forts ; il a un emploi à temps complet ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant guinéen né en octobre 2000, est entré en France selon ses déclarations en juillet 2020. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 28 octobre 2022. Son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 26 juin 2023. Par un arrêté du 6 juillet 2023, notifié le 20 juillet suivant à l'intéressé, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 11 juillet 2023, M. B a déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 10 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté la demande de titre de séjour de M. B et lui a rappelé l'obligation de quitter le territoire français qui lui avait été notifiée le 20 juillet précédent. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision du 10 octobre 2023.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé, pour le préfet et par délégation, par M. A C, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers. Son nom, son prénom et sa qualité figurent bien sur l'arrêté attaqué conformément aux dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par un arrêté du 22 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation au directeur de l'immigration et des relations avec les usagers pour signer dans le cadre de ses fonctions " () c) les décisions relatives à la délivrance et au refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour () ". Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, le refus de séjour opposé à M. B n'a ni pour objet ni pour effet de prononcer son éloignement à destination de son pays d'origine. Il suit de là que le moyen tiré des risques éventuellement encourus dans son pays d'origine en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. B n'est entré en France selon ses déclarations qu'en juillet 2020, un peu plus de trois ans avant la décision contestée. Il est célibataire, sans enfant, ne fait état d'aucune attache familiale en France, pays dans lequel il n'a vécu régulièrement qu'en qualité de demandeur d'asile alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée à la suite de la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 juin 2023. Il n'est pas dépourvu d'attaches privées ou familiales dans son pays d'origine. Les seules circonstances qu'il a exercé un emploi pendant l'examen de sa demande d'asile et qu'il s'est investi au sein d'une association de soutien et d'accompagnement aux LGBTI+ ne permettent dès lors pas à elles seules de considérer que le préfet de Maine-et-Loire a porté une atteinte excessive au droit de M. B à une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. Si M. B invoque, à titre de considérations humanitaires, son orientation sexuelle, les persécutions qu'il aurait endurées dans son pays d'origine du fait de celle-ci et les risques qu'il encourrait en cas de retour, la seule circonstance qu'il est impliqué dans une association de soutien et d'accompagnement aux LGBTI+ ne permet pas d'établir l'existence des risques allégués. Au demeurant, la Cour nationale du droit d'asile a relevé, dans sa décision du 26 juin 2023, des propos concernant la découverte de son orientation sexuelle schématiques et insuffisamment personnalisés, des récits peu empreints de vécu, une absence de développements précis et personnalisés, ainsi qu'une adhésion relativement tardive à l'association de soutien et d'accompagnement aux LGBTI+. Dans ces conditions, et compte tenu des motifs également rappelés au point 5 du jugement, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. B. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Dazin.

Délibéré après l'audience du 11 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

R. HANNOYER

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2318838

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