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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2318863

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2318863

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2318863
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCABINET DGR AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B, ressortissante camerounaise, qui contestait le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination pris par le préfet de Maine-et-Loire. La juridiction a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur de droit en examinant la demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et non de l'accord franco-camerounais. Le tribunal a également jugé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, ni à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. En conséquence, l'ensemble des conclusions de la requête a été rejeté.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Roilette, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même astreinte et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet de Maine-et-Loire a commis une erreur de droit en considérant qu'elle ne peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour " salarié " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour prévu par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'elle n'a pas formulé sa demande de titre de séjour " salarié " sur le fondement des dispositions de l'article 3 de l'accord franco-camerounais ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention franco-camerounaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Yaoundé le 24 janvier 1994 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante camerounaise née le 25 juin 1975, déclare être entrée irrégulièrement en France le 30 janvier 2019, sous couvert d'un visa de court séjour. Elle a fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire, édictée par un arrêté du 18 août 2018, qui a été validé par un jugement du tribunal en date du 16 février 2023 et une ordonnance de la cour administrative de Nantes en date du 7 septembre 2023. Elle a sollicité le bénéfice de son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 31 octobre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 5 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de le signer en toutes les décisions qu'il comporte. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. / Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqué ".

5. L'arrêté litigieux vise les éléments de droit dont il fait application et notamment la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait état des considérations de fait qui en justifient l'adoption en mentionnant la durée et les conditions de séjour de Mme B en France, ses attaches familiales dans son pays d'origine, la situation de son fils mineur et de ses filles titulaires d'un titre de séjour en qualité d'étudiantes, ainsi que les diplômes et promesses d'embauche dont elle se prévaut. Le refus de séjour est ainsi suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par ailleurs, compte tenu du caractère suffisamment motivé du refus de séjour du 31 octobre 2023, et en application des dispositions précitées de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français du même jour manque en fait et doit être écarté. Enfin, la décision fixant le pays de renvoi indique la nationalité de la requérante et que cette dernière ne justifie pas faire l'objet de menaces ni être exposée à des risques pour sa sécurité ou sa vie en cas de retour dans son pays d'origine. Ce faisant, le préfet de Maine-et-Loire a régulièrement motivé les décisions attaquées. Il ressort, par ailleurs, des termes de cet arrêté que le préfet a procédé à un examen complet de la situation personnelle et familiale de la requérante.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

6. Pour refuser le titre sollicité, le préfet de Maine-et-Loire s'est fondé sur la circonstance que M. B ne remplissait pas les conditions requises prévues par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", qu'elle ne pouvait solliciter son admission exceptionnelle afin de solliciter un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, alors que l'article 4 de la convention franco-camerounaise du 24 janvier 1994 prévoit la délivrance de titres de séjour pour l'exercice d'une activité salariée et qu'elle ne pouvait pas bénéficier d'un titre de séjour au titre du pouvoir de régularisation du préfet, à raison de sa situation personnelle et familiale et de ses perspectives professionnelles.

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". Il appartient à l'autorité administrative de vérifier si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur ", répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il résulte, en outre, de ces dispositions que le législateur a entendu laisser à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir. Il appartient seulement au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation qu'elle a portée sur l'un ou l'autre de ces points.

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée en France le 30 janvier 2019 irrégulièrement sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités espagnoles valables jusqu'au 6 juin 2020. Elle a déjà fait l'objet d'un arrêté du préfet de Maine-et-Loire portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire le 18 août 2021, auquel elle n'a pas déféré, et dont la légalité a été confirmée par un jugement du tribunal du 16 février 2023 et d'une ordonnance de la cour administrative d'appel du 7 septembre 2023. Si Mme B justifie de l'obtention de masters réalisés en France, de plusieurs expériences de stages et de promesses d'embauche, et se prévaut de la présence en France de ses deux filles majeures titulaires de titres de séjour en qualité d'étudiantes, ainsi que de son fils mineur en classe de quatrième au collège, l'ensemble de ces éléments ne permet pas d'établir l'existence de motifs exceptionnels au sens de l'article précité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

9. D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention franco-camerounaise : " Pour un séjour de plus de trois mois, () les nationaux camerounais, lors de la demande du visa français, doivent être munis des justificatifs prévus aux articles 4 à 7 ci-après, en fonction de la nature de l'installation envisagée / Ils doivent, à l'entrée sur le territoire de l'Etat d'accueil, être munis d'un visa de long séjour et pouvoir présenter, le cas échéant, les justificatifs mentionnés aux articles 4 à 7 ". Selon l'article 4 de la convention franco-camerounaise : " Les nationaux de chacun des Etats contractants désireux d'exercer sur le territoire de l'autre Etat une activité professionnelle salariée doivent en outre, pour être admis sur le territoire de cet Etat, justifier de la possession : / () 2° D'un contrat de travail visé par le ministère chargé du travail dans les conditions prévues par la législation de l'Etat d'accueil ". Aux termes de son article 11 : " Pour tout séjour sur le territoire français devant excéder trois mois, les nationaux camerounais doivent posséder un titre de séjour. / () Ces titres de séjour sont délivrés conformément à la législation de l'Etat d'accueil ". Enfin, l'article 14 de cette convention prévoit que : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application des législations respectives des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par la présente Convention. ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la convention franco-camerounaise renvoie, par son article 11, à la législation nationale pour la délivrance des titres de séjour et que ses articles 3 et 4 se bornent, quant à eux, à régir les conditions d'entrée sur le territoire de l'un des deux Etats, de ceux des ressortissants de l'autre Etat qui souhaitent y exercer une activité salariée. Ainsi, les ressortissants camerounais souhaitant exercer une activité salariée en France doivent solliciter un titre de séjour en application des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la circonstance de ce que la requérante ne pouvait solliciter un titre de séjour en qualité de salariée sur le fondement de l'article L 435-1 est erroné. Toutefois, le préfet de Maine-et-Loire s'est également fondé pour rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour en vue de la délivrance d'un titre de séjour portant la mention salarié sur l'absence de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

12. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B se prévaut notamment de la présence de sa fille majeure à Toulouse, titulaire d'un titre de séjour en qualité d'étudiante, ainsi qu'une autre de ses filles, titulaire du même titre de séjour et effectuant une année d'études à Milan, ces titres de séjour n'ont pas vocation à permettre à ses filles de résider durablement en France. La conclusion de son PACS avec un ressortissant français est en outre postérieure à la décision attaquée. La requérante n'établit pas être dépourvue de tout attache personnelle dans son pays d'origine où vivent notamment une autre de ses filles, sa mère et une sœur, et où elle a vécu la majorité de sa vie. En outre, la circonstance qu'elle a fait l'objet de plusieurs promesses d'embauche, et qu'elle justifie de plusieurs stages et formations en France ne permet pas à elle seule de justifier d'une particulière intégration socio-professionnelle, alors qu'il ressort notamment des pièces du dossier que la requérante n'a pas déféré à la première mesure d'éloignement édictée à son encontre. Dans ces conditions, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas, en refusant de lui accorder un titre de séjour, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante ne peut, dès lors, utilement soutenir que le préfet de Maine-et-Loire, qui n'avait pas à examiner d'office la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, aurait méconnu l'article L. 423-23 en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré, par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".

16. Mme B s'étant vu refuser son admission au séjour, elle se trouvait ainsi dans le cas où, en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire pouvait l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

17. En troisième lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit apporter une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

19. Mme B fait valoir que son fils mineur est scolarisé en classe de quatrième au collège en France, et qu'il serait porté une atteinte à son intérêt supérieur dès lors qu'il serait éloigné du partenaire de cette dernière. Toutefois, la circonstance que l'enfant mineur soit scolarisé en France ne fait pas obstacle à ce qu'il accompagne sa mère dans son pays d'origine et y poursuivre son parcours scolaire. De plus, Mme B ne produit aucune pièce afin d'établir l'existence d'une quelconque contribution effective à l'entretien ou l'éducation de son fils par son partenaire avant la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas pour effet de porter atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant au sens des stipulations précitées.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut utilement être invoqué à l'appui de la décision fixant le pays de renvoi.

21. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 19, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

22. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire de Mme B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire, et à Me Roilette.

Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAU

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

E. HAUBOIS

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