jeudi 11 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2318882 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 12ème chambre |
| Avocat requérant | CHAUVIERE |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023 sous le n° 2318882,
M. A C, représenté par Me Chauvière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 notifié le 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Vendée a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et l'a astreint à se présenter à la brigade de gendarmerie de Challans une fois par semaine ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur le recours qu'il a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA);
3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de trois semaines à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation aux fins de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de
1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation individuelle et familiale ;
- les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde sont inconventionnelles en ce qu'elles méconnaissent l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit à un recours effectif et l'article 1er de la convention de Genève garantissant le droit d'asile ; à titre subsidiaire, cette décision, en ce qu'elle ne lui permet pas d'être entendu personnellement à la CNDA, méconnaît le point 25 in fine et l'article 46 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, ainsi que les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de la Vendée n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation et s'est senti lié par la décision de l'OFPRA ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette même convention ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de présentation :
- il reprend à l'encontre de cette décision tous les moyens précédemment soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée et est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée dans ses modalités ;
En ce qui concerne sa demande, présentée à titre subsidiaire, tendant à la suspension de la mesure d'éloignement : cette demande se fonde sur des éléments sérieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que :
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés ;
- la CNDA s'est prononcée sur le recours formé par le requérant contre la décision de l'OFPRA.
Par un courrier du 19 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder le jugement à venir sur le moyen relevé d'office tiré ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire par M. C, tendant à ce que le tribunal ordonne la suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait examiné son recours contre la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié, la CNDA ayant statué le 13 mai 2024 sur ce recours.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.
II. Par une requête enregistrée le 20 décembre 2023 sous le n° 2318884,
Mme F B, représentée par Me Chauvière, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2023 notifié le 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Vendée a abrogé son attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai et l'a astreinte à se présenter à la gendarmerie de Challans une fois par semaine ;
2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait statué sur le recours qu'elle a formé contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA);
3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de trois semaines à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation aux fins de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500
euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de cette décision ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est intervenue en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation individuelle et familiale ;
- les dispositions de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles elle se fonde sont inconventionnelles en ce qu'elles méconnaissent l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales garantissant le droit à un recours effectif et l'article 1er de la convention de Genève garantissant le droit d'asile ; à titre subsidiaire, cette décision, en ce qu'elle ne lui permet pas d'être entendue personnellement par la CNDA, méconnaît le point 25 in fine et l'article 46 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013, ainsi que les articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et l'article 47 de la charte des droits de l'Union européenne ;
- cette décision est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet de la Vendée n'a pas exercé son pouvoir d'appréciation et s'est senti lié par la décision de l'OFPRA ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de cette même convention ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- il reprend à l'encontre de cette décision tous les moyens précédemment soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
en ce qui concerne la décision portant obligation de présentation :
- il reprend à l'encontre de cette décision tous les moyens précédemment soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée et est entachée d'un défaut de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et est disproportionnée dans ses modalités ;
en ce qui concerne sa demande, présentée à titre subsidiaire, tendant à la suspension de la mesure d'éloignement : cette demande se fonde sur des éléments sérieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que :
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés ;
- la CNDA s'est prononcée sur le recours formé par la requérante contre la décision de l'OFPRA.
Par un courrier du 19 juin 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de fonder le jugement à venir sur le moyen relevé d'office tiré ce qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire par Mme B, tendant à ce que le tribunal ordonne la suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ait examiné son recours contre la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande de reconnaissance de sa qualité de réfugié, la CNDA ayant statué le 13 mai 2024 sur ce recours.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention de Genève ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée,
- les observations de Me Chauvière, avocate de M. C et de Mme B, en présence de ceux-ci assistés de Mme E, interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C et Mme B, ressortissants arméniens, sont entrés en France le 28 juin 2023 et ont sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Leur demande, examinée selon la procédure accélérée, a été rejetée par des décisions du 19 octobre 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Par deux arrêtés du 28 novembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Vendée a décidé de les obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant l'Arménie comme pays de destination, et les a astreints à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Challans. Par des requêtes enregistrées sous les nos 2318882 et 2318884, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, M. C et Mme B demandent l'annulation des arrêtés du 28 novembre 2023 pris respectivement à leur encontre et à titre subsidiaire, la suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français.
Sur les conclusions principales à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et
L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". L'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () d) une décision de rejet dans les cas prévus à l'article L. 531-24 et au 5° de l'article L. 531-27 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-24 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée dans les cas suivants : / 1° Le demandeur provient d'un pays considéré comme un pays d'origine sûr au sens de l'article L. 531-25 ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-4, dans sa version alors applicable : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. () ".
3. En premier lieu, les décisions litigieuses sont signées par M. Yann le Brun, secrétaire général par intérim de la préfecture de Vendée. Par un arrêté du 16 novembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet de la Vendée lui a donné délégation à l'effet de signer tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. Les décisions litigieuses visent les textes dont il est fait application, notamment le 4° de l'article L. 611-1, l'article L.542-2 et l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énoncent avec suffisamment de précision les éléments sur lesquels le préfet de la Vendée s'est fondé pour obliger les requérants à quitter le territoire français, en évoquant le rejet par l'OFPRA de leur demande d'asile, le fait qu'ils requérants sont originaire d'un pays d'origine sûr et ne bénéficient plus du droit de se maintenir sur le territoire français, et permettent ainsi de constater que le préfet de la Vendée, pour les obliger à quitter le territoire français, a fait application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées en droit. Elles évoquent par ailleurs la situation personnelle et familiale des requérants, en relevant la présence en France des deux membres du couple qu'ils forment, et des enfants nés de leur union, en précisant qu'ils font tous deux l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'ils n'établissent pas être dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine. Ces décisions sont ainsi également suffisamment motivées en fait.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile ou le réexamen d'une demande d'asile préalablement rejetée, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.
7. En l'espèce, s'il est constant que M. C et Mme B n'ont pas été invités par l'administration à présenter, préalablement à l'édiction des décisions attaquées, leurs observations écrites ou orales sur la perspective d'une mesure d'éloignement, ils ne pouvaient ignorer, dès lors qu'ils étaient informés du rejet de leur demande d'asile examinée selon la procédure accélérée, qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet d'une telle mesure, alors même qu'ils ne soutiennent, ni n'allèguent avoir présenté une demande de titre de séjour sur un autre fondement. Il ne ressort pas, en outre, des pièces du dossier que les requérants auraient été privés de la possibilité de présenter des observations écrites ou orales. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.
8. En quatrième lieu, il ne ressort, ni de la motivation des décisions litigieuses, ni d'aucune autre pièce des dossiers, que le préfet de la Vendée n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle des requérants, au vu des éléments dont il avait connaissance ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée par rapport à la décision du directeur général de l'OFPRA.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ". Aux termes de l'article L. 752-5 du même code : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ".
10. Il résulte des dispositions combinées de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article L. 531-24, du 4° de l'article L. 611-1 et de l'article L. 614-1 du même code que si un ressortissant étranger issu d'un pays sûr dont la demande d'asile a été rejetée selon la procédure accélérée ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur son recours, il peut néanmoins contester l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre. Ce recours présente un caractère suspensif en vertu de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, le ressortissant étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement du d) du 1° de l'article L. 542-2 du même code a la possibilité de demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à ce que la CNDA ait statué sur son recours. Par ailleurs, le droit à un recours effectif tel que protégé notamment par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'implique pas que l'étranger, dont la demande d'asile a fait l'objet d'un examen en procédure accélérée, puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la CNDA et ce alors qu'il peut se faire représenter devant cette juridiction. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet de la Vendée a fait application méconnaîtrait le droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et le droit d'asile garanti par l'article 1er de la convention de Genève doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la méconnaissance directe par les décisions litigieuses des articles 6 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de l'article 47 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doivent être écartés, de même que, et en tout état de cause, celui tiré de la méconnaissance du point 25 in fine et de l'article 46 de la directive 2013/32/UE du 26 juin 2013.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ".
12. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle ont été prises les décisions litigieuses, les requérants vivaient en France depuis moins de six mois. Ils ne font état d'aucune relation ancienne, intense et stable en France et n'établissent pas être dépourvus d'attaches en Arménie. Par ailleurs, les deux requérants faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, aucun élément ne fait obstacle à la reconstitution de la cellule familiale dans un autre pays. Dans ces conditions, M. C et Mme B n'établissent pas qu'en prenant les décisions litigieuses, le préfet de la Vendée a porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale ni que ces décisions seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.
13. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, les requérants, qui indiquent reprendre à l'encontre des décisions fixant le pays de destination l'ensemble des moyens qu'ils ont soulevés contre les décisions les obligeant à quitter le territoire français, n'assortissent pas leur argumentation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, le présent jugement écartant au demeurant l'ensemble de ces moyens.
15. En deuxième lieu, dès lors que le présent jugement écarte l'ensemble des moyens dirigés contre les décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination seraient dépourvues de base légale ne peut qu'être écarté.
16. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".
17. Les décisions litigieuses font état du rejet par l'OFPRA de la demande d'asile présentée par M. D et par Mme B, relèvent qu'ils n'ont transmis aucun élément depuis ce rejet et qu'ainsi, les décisions fixant le pays de destination ne méconnaissent pas l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette motivation permet de constater que le préfet de la Vendée n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen de la situation des requérants.
En ce qui concerne la décision portant obligation de présentation :
18. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ". Aux termes de l'article R. 721-6 du même code : " Pour l'application de l'article L. 721-7, l'autorité administrative désigne le service auprès duquel l'étranger effectue les présentations prescrites et fixe leur fréquence qui ne peut excéder trois présentations par semaine. ".
19. En premier lieu, les requérants, qui indiquent reprendre à l'encontre des décisions les obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Challans l'ensemble des moyens qu'ils ont soulevés contre les décisions les obligeant à quitter le territoire français, n'assortissent pas leur argumentation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, le présent jugement écartant au demeurant l'ensemble de ces moyens.
20. En deuxième lieu, dès lors que le présent jugement écarte l'ensemble des moyens dirigés contre les décisions obligeant les requérants à quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que les décisions portant obligation de présentations seraient dépourvues de base légale ne peut qu'être écarté.
21. En troisième et dernier lieu, il ressort de la motivation des décisions litigieuses que, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le préfet de la Vendée a bien cité la base légale sur laquelle il s'est fondé pour prononcer à leur égard une obligation de présentation hebdomadaire aux services de gendarmerie, à savoir l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les décisions ne sont donc pas dépourvues de base légale. Par ailleurs, les dispositions de cet article ne subordonnent pas l'édiction d'une obligation de présentation à l'existence d'un risque de fuite. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en les obligeant à se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Challans, le préfet de la Vendée aurait commis une erreur d'appréciation et pris une mesure disproportionnée, en l'absence de risque de fuite, ne peut qu'être écarté, les requérants ne faisant d'ailleurs état d'aucun élément susceptible de faire obstacle à ce qu'ils puissent respecter cette obligation.
Sur les conclusions subsidiaires à fin de suspension de l'exécution des décisions portant obligation de quitter le territoire français :
22. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision. ". Enfin, aux termes de l'article L. 752-11 du même code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile. ".
23. Par des décisions du 13 mai 2024, la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a rejeté les recours formés par les requérants contre les décisions par lesquelles le directeur général de l'OFPRA a rejeté leur demande de reconnaissance de la qualité de réfugié. Par suite, les conclusions présentées par les requérants tendant à ce que le tribunal ordonne la suspension de l'exécution des décisions les obligeant à quitter le territoire français dans l'attente que la CNDA statue sur ces recours sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu à y statuer.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
24. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes présentées par M. C et par Mme B et constate qu'il n'y a plus lieu de statuer sur leurs conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions les obligeant à quitter le territoire français n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soient mises à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, les sommes que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions des requêtes de M. C et de Mme B tendant à la suspension de l'exécution des obligations de quitter le territoire français édictées à leur encontre le 28 novembre 2023.
Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. C et de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme F B, au préfet de la Vendée et à Me Chauvière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.
La magistrate désignée,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAISLa République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Nos 2318882, 2318884
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026