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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319055

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319055

mardi 9 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319055
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantRAYMOND

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée sous le n° 2319054 le 22 décembre 2023 Mme D, représentée par Me Raymond, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assignée à résidence dans le département de la Sarthe pour une durée de quarante-cinq jours à compter du 20 décembre 2023 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Raymond en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision d'assignation est entachée d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 décembre 2023.

II. Par une requête enregistrée sous le n° 2319055 le 22 décembre 2023 Mme D, représentée par Me Raymond, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a décidé son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en qualité de demandeuse d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Raymond, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de remise aux autorités italiennes est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 car lorsqu'il a été reçu par la structure de pré-accueil des demandeurs d'asile le 28 septembre 2020, aucune information ni aucune brochure ne lui ont été remises ;

- elle n'est pas suffisamment motivée et méconnaît donc l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 décembre 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

La demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme D a été rejetée une décision du 26 décembre 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rimeu pour exercer les pouvoirs que lui confère l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique du 28 décembre 2023 à 14h00.

Les parties, régulièrement convoquées à l'audience, n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2319054 et n° 2319055 sont relatives à une même situation et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule décision.

2. Mme D, ressortissant libyenne née le 7 avril 1992, a sollicité l'asile auprès des services de la préfecture de Loire-Atlantique qui ont enregistré sa demande le 22 novembre 2023. La consultation du fichier Visabio ayant révélé que l'intéressée était en possession d'un visa périmé depuis moins de six mois délivré par les autorités allemandes, le préfet de Maine-et-Loire a sollicité, le 30 novembre 2023, sa prise en charge par les autorités allemandes, lesquelles ont fait connaitre leur accord le 5 décembre 2023. Par un arrêté du 8 décembre 2023 attaqué dans la requête n° 2319055, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de Mme D aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et, par un arrêté du 19 décembre 2023 attaqué dans la requête n° 2319054, il l'a assignée à résidence dans le département de la Sarthe pendant une durée de quarante-cinq jours.

Sur la légalité de l'arrêté de transfert aux autorités allemandes :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Nicolas Brochard, secrétaire administratif de classe exceptionnelle, adjoint à la cheffe de pôle régional Dublin de la préfecture de Maine-et-Loire. A la date de cet arrêté, M. G disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de Maine-et-Loire en date du 26 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans ce département, d'une délégation de signature lui permettant de signer au nom du préfet les décisions portant transfert de ressortissants étrangers vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B F, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers et de Mme C H, cheffe du pôle régional Dublin, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas, à cette même date, été absents ou empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment le règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que Mme D a sollicité l'asile auprès de la préfecture de Loire-Atlantique le 22 novembre 2023. Il fait également état des recherches entreprises sur le fichier Visabio, de ses résultats, de la saisine des autorités allemandes d'une requête en application du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et de l'accord explicite de ces dernières. Enfin, il mentionne les éléments relatifs à la vie familiale et personnelle de la requérante. L'arrêté attaqué mentionne ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, en vertu de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ce règlement doit se voir remettre, en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations, l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de cet article, dans une langue qu'il comprend. Eu égard à la nature de ces informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions de l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'est vu remettre, le 22 novembre 2023, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile dans les services de la préfecture et date à laquelle elle a également été reçu en entretien individuel, le guide du demandeur d'asile ainsi que les brochures portant information générale sur la procédure de demande d'asile dans l'Union européenne et information sur la procédure Dublin, dans leur version en langue arabe qu'elle a déclaré comprendre. Il ressort, en outre, du compte-rendu de l'entretien individuel, qui s'est déroulé en langue gorane, par le biais d'un interprète, que les informations contenues dans ces documents lui ont été communiquées oralement. Dans ces conditions, Mme D n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait été privée d'une garantie au motif que cette information ne lui aurait pas été donnée dès le début de la procédure et dans une langue qu'elle comprend. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les Etats membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / 2. () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". Il résulte de ces dispositions que si une demande d'asile est examinée par un seul Etat membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un Etat membre. Cette faculté laissée à chaque Etat membre est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Si la requérante fait valoir que le gouvernement allemand a indiqué subir une forte pression migratoire, cette seule circonstance ne peut suffire à établir que la demande d'asile de la requérante ne pourrait pas être traitée en Allemagne. Elle ne fait par ailleurs valoir aucune circonstance tenant à sa situation personnelle qui justifierait que sa demande soit traitée en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 peut être assigné à résidence selon les modalités prévues aux articles L. 751-2 à L. 751-7. ". Aux termes de l'article L. 751-2 du même code : " () En cas de notification d'une décision de transfert, l'assignation à résidence peut se poursuivre si l'étranger ne peut quitter immédiatement le territoire français mais que l'exécution de la décision de transfert demeure une perspective raisonnable. () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 8 ci-dessus que l'exception d'illégalité de l'arrêté de transfert doit être écarté.

11. En deuxième lieu, par un arrêté du 26 septembre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à M. F, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers, à l'effet de signer, notamment, les décisions d'application du règlement Dublin III (arrêtés de transferts, assignations à résidence), ainsi que, en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, à Mme H, cheffe du pôle régional Dublin, dans les limites des attributions de ce pôle. Il ne résulte pas de l'instruction que M. F n'aurait pas été simultanément absent ou empêché. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de Mme H, signataire de l'arrêté d'assignation du 19 décembre 2023, doit être écarté.

12. En troisième lieu, l'arrêté litigieux, après avoir visé notamment l'article L. 573-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que Mme D a fait l'objet d'une décision de remise aux autorités allemandes le 8 décembre 2023, qu'il est nécessaire de s'assurer de la disponibilité de l'intéressée pour répondre aux convocations de l'administration réalisées dans le cadre de la mise en œuvre de ce transfert, que l'intéressée est domicilié chez France Terre d'Asile au Mans, et en tire pour conséquence qu'il y a lieu de l'assigner à résidence dans le département de la Sarthe. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

13. Si la requérante soutient qu'elle est hébergée chez des connaissances qui résident loin de la ville du Mans, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, dès lors qu'elle est domicilié au Mans, et nonobstant la circonstance qu'elle ne bénéficie pas d'un hébergement dans cette ville, elle n'est pas fondée à soutenir qu'en retenant une assignation à résidence dans le département de la Sarthe et en l'obligeant à se présenter tous les jeudis et vendredis sauf les jours fériés à 7h30 au commissariat de police situé au 19 boulevard Paixhans au Mans, le préfet de Maine-et-Loire aurait entaché son arrêté d'assignation à résidence d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des arrêtés du préfet du Maine-et-Loire du 8 décembre 2023 décidant son transfert aux autorités allemandes et du 19 décembre 2023 l'assignant à résidence. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées par son avocat en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991doivent également, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2319054 et 2319055 de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E I, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Raymond.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2024.

La magistrate désignée,

S. RIMEULa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre

les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N° 2319054 et 2319055

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