jeudi 11 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2319068 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 décembre 2023, suivie de la production de pièces complémentaires les 29 décembre 2023, 8 et 9 janvier 2024, Mme C E épouse D, représentée par Me Rodrigues Devesas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'elle sollicitait ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ; elle n'est aucunement dénuée d'activité professionnelle ; cette dernière a simplement été interrompue en raison de sa grossesse et de l'absence de solution de garde du jeune A, issu d'une union précédente ; cependant, elle a depuis débuté " un suivi à l'unité emploi " lui permettant de prétendre, au cours du mois de décembre 2023, à la signature d'un contrat avec le département ; dans l'attente de cette signature, elle a travaillé en intérim ; ces deux activités ont pris fin le 15 décembre 2023, date d'expiration du titre de séjour ; alors qu'elle a trois jeunes enfants à charge, elle se retrouve sans ressources. Ce n'est qu'au regard de l'expiration de son titre qu'elle ne peut plus travailler ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* il n'est pas établi qu'un examen précis et approfondi de sa situation individuelle ait été réalisé ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle ne perçoit d'aides sociales que depuis une période relativement récente et ne représente pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français dès lors qu'elle a trouvé un emploi stable ;
* elle viole les stipulations de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne et les dispositions des articles L. 121-1 et L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle a la qualité d'ascendante d'un ressortissant communautaire ;
* elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle réside en France depuis plus de 7 ans, parle parfaitement le français ; ses enfants sont scolarisés et elle n'a plus aucun lien avec son pays d'origine ;
* elle viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors que les enfants mineurs A et B ont perdu leur père en 2019. Ils n'ont aujourd'hui plus que leur mère.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : la requérante ne saurait se prévaloir d'un contrat de travail conclu postérieurement à la décision attaquée ;
- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Mme C E épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 décembre 2023.
Vu :
- les pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 21 novembre 2023 sous le numéro 2317312 par laquelle Mme C E épouse D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouchardon, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 janvier 2024 à 14 heures :
- le rapport de M. Bouchardon, juge des référés,
- les observations de Me Rodrigues Devesas, avocate de Mme C E épouse D, qui, sur l'urgence, met en avant le fait que, si elle ne travaillait pas à la date de la décision, l'intéressée était largement engagée dans un processus de recrutement auprès du conseil départemental. Elle insiste sur les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle fait également valoir que Mme C E épouse D a par ailleurs toujours été en situation régulière en France.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Des pièces complémentaires, produites par Mme C E épouse D, ont été enregistrées postérieurement à la clôture de l'instruction, le 11 janvier 2024 à 08h49. Elles n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C E épouse D, ressortissante marocaine née le 31 août 1990, déclare être entrée régulièrement sur le territoire français le 8 juillet 2016. Elle a bénéficié de titres de séjour temporaires valables jusqu'au 15 décembre 2023 en qualité de " membre de famille de citoyen de l'union européenne ". Par la présente requête, elle demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 3 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. La requérante, qui a fait l'objet d'un refus de renouvellement de son titre de séjour, peut se prévaloir de la présomption d'urgence rappelée ci-dessus. Le préfet de la Loire-Atlantique soutient cependant que l'intéressée ne saurait arguer de la conclusion d'un contrat de travail signé postérieurement à sa décision contestée. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme C E épouse D s'est, dès avant notification de la décision en litige, engagée dans une démarche contractuelle avec le département de la Loire-Atlantique en vue de s'insérer professionnellement, laquelle n'a été rompue qu'au regard du refus opposé par l'autorité administrative. Alors qu'il n'est par ailleurs pas contesté que l'intéressée a la charge de ses trois enfants, la décision prive cette dernière du droit de travailler, et par conséquent de subvenir aux besoins de sa famille, au regard de l'absence de situation régulière. Mme C E épouse D justifie ainsi de circonstances particulières caractérisant la nécessité de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente du jugement au fond. La condition d'urgence, qui doit s'apprécier à la date à laquelle le juge des référés statue, doit en l'espèce être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée :
5. Le moyen invoqué par Mme C E épouse D, tiré de ce que la décision du préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle, paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de ladite décision.
6. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant satisfaites, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de Mme C E épouse D dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance, en tenant compte du motif de celle-ci et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable jusqu'à ce que ledit réexamen ait été effectué. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
8. Mme C E épouse D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rodrigues Devesas d'une somme de 800 euros.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 3 novembre 2023 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de Mme C E épouse D, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer sans délai dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, valable pendant ce réexamen.
Article 3 : L'Etat versera à Me Rodrigues Devesas, avocate de Mme C E épouse D, la somme de 800 euros au titre des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C E épouse D, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Rodrigues Devesas.
Copie en sera en outre adressée au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 11 janvier 2024.
Le juge des référés,
L. BOUCHARDON
La greffière,
M-C. MINARDLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026