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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319108

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319108

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319108
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantNERAUDAU

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023 sous le n° 2319108 et un mémoire complémentaire, enregistré le 29 mai 2024, Mme G E, représentée par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la notification de la décision à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas régulièrement motivé ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 de ce code et l'article 3 de cette convention européenne, ainsi que son article 8.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023 sous le n° 2319110 et un mémoire complémentaire, enregistré le 27 mai 2024, M. F C, représenté par Me Néraudau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2023 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le mois de la notification de la décision à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas régulièrement motivé ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu et le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant est méconnu ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale en conséquence de l'illégalité de celle portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 de ce code et l'article 3 de cette convention européenne, ainsi que son article 8.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 juin 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2024 :

- le rapport de M. Durup de Baleine, président,

- les observations de Me Fabre, substituant Me Néraudau, avocate de Mme E et M. C ;

- les observations de Mme E et M. C, assistés de Mme B, interprète en Azéri.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces, enregistrées le 6 juin 2024 et le 10 juin 2024, ont été présentées par Mme E et M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu de joindre les requêtes visées ci-dessus pour statuer par une seule décision.

2. Ressortissante azerbaïdjanaise née en 1981, Mme G E est entrée sur le territoire français au mois de mars 2021 en provenance d'Allemagne, selon ses déclarations, accompagnée de M. F C, ressortissant azerbaïdjanais né en 1976, son époux, M. D C, ressortissant azerbaïdjanais né en 2001, leur fils, et la jeune A E, ressortissante azerbaïdjanaise née en 2008, leur fille. Ils ont demandé l'asile et les arrêtés du 12 avril 2021 par lesquels le préfet de Maine-et-Loire avait décidé leurs transferts en Allemagne, Etat compétent pour se prononcer sur ces demandes, n'ont pas été exécutés dans le délai imparti à cet effet, de sorte qu'ils ont été admis à présenter leurs demandes en France. Ces demandes ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 17 mai 2023 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2023. Par les arrêtés du 7 décembre 2023 dont Mme G E et M. F C demandent l'annulation, le préfet de la Vendée leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 16 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Vendée, le préfet de la Vendée a donné délégation au signataire des arrêtés attaqués à l'effet de signer des arrêtés de cette nature, en toutes les décisions qu'ils comportent. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. Les arrêtés attaqués comportent, de façon suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire aux requérants obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours. Visant notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ils constatent qu'ils sont ressortissants de l'Azerbaïdjan et qu'il leur est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que les décisions fixant le pays de renvoi sont, de ce seul fait, régulièrement motivée.

5. Le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ou sur la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

6. Les requérants ont présenté des demandes d'asile, lesquelles demandes constituaient aussi des demandes de titre de séjour en qualité de bénéficiaires d'une protection, et, à cette occasion, ont été mis à même de faire valoir tous éléments justifiant qu'ils soient autorisés à séjourner en France et ne soient pas contraints de quitter ce pays et de retourner, en particulier, en Azerbaïdjan. Ils n'ignoraient pas qu'ils étaient susceptibles de faire l'objet de décisions de retour à l'issue du rejet de leurs demandes d'asile par la décision de la Cour nationale du droit d'asile du 8 novembre 2023, qui leur a été notifiée le 13 novembre 2023. Ils étaient à même de faire valoir auprès du préfet de la Vendée toutes observations comme tous éléments de nature à faire obstacle à l'intervention de telles mesures d'éloignement. Ils étaient également à même de demander un entretien pour faire valoir leurs observations orales et ne justifient, ni qu'ils auraient sollicité un tel entretien, ni qu'il leur aurait été refusé. Il en résulte qu'ils ne sont pas fondés à prétendre que l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de renvoi ont été prises à l'issue d'une procédure entachée d'une méconnaissance du droit d'être entendu.

7. Il résulte de l'instruction que, pour prendre les arrêtés attaqués, en toutes les décisions qu'ils comportent, le préfet de la Vendée a examiné les situations particulières de Mme E et M. C, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation, ni s'estimer tenu de leur faire obligation de quitter le territoire français, en particulier par le constat du rejet de leurs demandes d'asile. Titulaire d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier s'il y a lieu de faire obligation de quitter le territoire français à un étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée, il n'a pas méconnu l'obligation d'user de ce pouvoir à l'issue d'un examen de la situation propre de l'étranger. La circonstance que les motivations, régulières, des arrêtés attaqués ne fassent pas état de diverses circonstances caractérisant les situations personnelles de Mme E et M. C ne révèlent, contrairement à ce qu'ils font valoir, rien. Cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation de la légalité des arrêtés attaqués. Il en résulte que les moyens pris d'un " défaut d'examen " doivent, en toutes leurs branches, être écartés.

8. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Les requérants, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées, dont le droit de se maintenir sur le territoire français en qualité de demandeurs d'asile a ainsi pris fin conformément aux prévisions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qui ne sont pas titulaires de l'un des documents mentionnés au 3° de cet article L. 611-1, se trouvent dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut obliger l'étranger à quitter le territoire français.

9. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. ".

10. L'obligation de quitter le territoire français faite à l'étranger dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui ne peut être autorisé à y demeurer à un autre titre par l'article L. 542-4 du même code est distincte de la décision portant obligation de quitter ce territoire susceptible d'être prise à son égard par l'autorité compétente sur le fondement de l'article L. 611-1 de ce code. Elle est de la même nature que l'obligation de quitter le territoire français imposée par l'article L. 411-2 de ce code à l'étranger dont le titre de séjour n'a pas été renouvelé, a été refusé ou a été retiré. Elle n'a, en revanche, pas la même nature ni n'a les mêmes effets que la décision prévue à l'article L. 611-1. Les dispositions de l'article L. 542-4 n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que le préfet décide de faire une telle obligation à l'égard de l'étranger dont la demande d'asile a été rejetée et dont le droit de se maintenir en France a pris fin dans les conditions prévues à l'article L. 542-1 de ce code et qui se trouve, ainsi, dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1. Aucune disposition législative ou réglementaire, notamment pas l'article L. 542-4, ne subordonne alors la possibilité pour le préfet de faire application de ce 4° à la condition qu'il ait, de sa propre initiative, préalablement recherché si l'étranger se trouvant dans le cas prévu à ce 4° serait susceptible d' être autorisé à demeurer en France à un autre titre qu'en qualité de demandeur d'asile au regard de tous les autres cas prévus par loi, ou le cas échéant une convention internationale, dans lesquels un étranger peut être admis au séjour en France. Toutefois, lorsque la loi prescrit la délivrance de plein droit d'un titre de séjour, ce qui fait obstacle à ce que soit prise une décision portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui remplirait l'ensemble des conditions d'une telle délivrance, le préfet qui prend une telle décision est, nécessairement, réputé avoir estimé que l'étranger n'est pas en droit de se voir délivrer un tel titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance de cet article L. 542-4, le préfet de la Vendée s'est abstenu de rechercher si Mme E et M. C peuvent être autorisés à demeurer sur le territoire français à un autre titre qu'en qualité de demandeurs d'asile doit être écarté.

11. Ni les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni celles de l'article L. 542-4 de ce code, ne faisaient obligation au préfet de la Vendée de rechercher si Mme E et M. C seraient susceptibles de bénéficier d'une régularisation de leurs situations à la faveur de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par cet article L. 435-1, dont il ne ressort pas du dossier qu'ils en auraient sollicité le bénéfice. La circonstance que ce préfet aurait pu, même en l'absence de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels, les en faire bénéficier, est sans influence sur l'appréciation de la légalité des arrêtés attaqués.

12. S'il est fait état de ce que M. C a demandé au préfet de la Vendée un titre de séjour en raison de son état de santé et de ce que les requérants ont introduit des demandes de réexamen de leurs demandes d'asile, ces circonstances, remontant au mois de mai 2024, sont, toutefois, postérieures aux arrêtés attaqués.

13. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / () ". Aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

14. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les requérants auraient, quant à leurs états de santé et avant l'intervention des arrêtés attaqués, porté à la connaissance du préfet de la Vendée des éléments suffisamment précis sur la nature et les troubles de santé dont ils seraient affectés permettant d'estimer qu'ils seraient susceptibles de présenter des états de santé nécessitant une prise en charge médicale à défaut de laquelle ils pourraient en résulter pour eux des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Azerbaïdjan, ne pourraient y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il en résulte que le préfet de la Vendée n'avait pas l'obligation, avant de prendre les arrêtés attaqués, de recueillir l'avis d'un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

15. Il ne ressort pas des pièces produites que l'état de santé psychiatrique et psychique de la requérante nécessiterait une prise en charge médicale à défaut de laquelle il pourrait en résulter pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les pièces produites font également état d'une lombosciatique droite et de la mise en évidence par examen d'imagerie médicale d'une discopathie dégénérative protrusive L4 - L5 compliquée d'une volumineuse hernie discale d'allure transligamentaire à caractère descendant compliquée d'une empreinte marquée sur le fourreau dural et un conflit avec les racines L5 et S1 droites. Néanmoins, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une prise en charge médicale particulière de cette discopathie compliquée d'une hernie discale aurait été effectivement prescrite ou engagée, ni qu'une telle prise en charge médicale serait nécessaire à brève échéance, sauf pour la patiente à se trouver exposée à des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dès lors, l'état de santé de Mme E ne nécessite pas une prise en charge médicale à défaut de laquelle il pourrait en résulter pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité.

16. Il ressort des pièces du dossier que l'état de santé de M. C justifie un suivi par un centre médico-pyschologique au sein de l'établissement public de santé mentale de la Vendée. Lui est prescrit un traitement associant un antidépresseur, des anxyolitiques, notamment sédatifs contre les insomnies et un antipsychotique. Toutefois, aucun élément au dossier ne permet d'estimer que l'absence d'une telle prise en charge médicale pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Aucun élément ne permet non plus d'estimer que M. C ne pourrait bénéficier en Azerbaïdjan, quant à la santé mentale, d'une prise en charge appropriée à son état de santé.

17. Il ressort encore des pièces du dossier que l'état de santé de M. C se caractérise par un syndrome douloureux d'hyperactivité vésicale réfractaire, avec une pollakiurie diurne associée à une nycturie. Il avait antérieurement bénéficié en Allemagne de chirurgies prostatiques. En France, il a bénéficié, le 28 novembre 2023, d'une prise en charge de chirurgie urologique, par la réalisation d'une cytoscopie sous anesthésie générale et d'une hydrodistension courte, qui est une distension hydrostatique de la vessie. Cette hydrodistension n'a, néanmoins, pas été efficace et le patient continue de présenter un syndrome douloureux d'hyperactivité vésicale, se caractérisant par 15 à 20 mictions en période diurne et 4 à 5 en période nocturne. Néanmoins, alors que M. C est affecté de ces troubles vésicaux depuis plusieurs années, sans que les prises en charge dont il a bénéficié en Allemagne puis en France se soient avérées à cet égard, au vu des pièces médicales au dossier, d'une efficacité particulière mais sans que cette absence d'efficacité particulière ait emporté pour son état de santé des conséquences particulièrement graves, les pièces présentées ne permettent pas de considérer que l'absence de prise en charge médicale de ces troubles pourrait l'exposer à des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ce, en dépit des inconvénients en résultant dans la vie quotidienne.

18. Mme E et M. C se prévalent aussi de l'état de santé de leur fille mineure, née en 2008. Toutefois, cette enfant ne fait pas l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, sa situation ne relève pas des prévisions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

19. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

20. Les arrêtés attaqués n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leur fille mineure qui, de même qu'elle les avait accompagnés en Allemagne puis, hors d'Allemagne, en France, peut les accompagner hors de France. Cette jeune fille est âgée de 15 ans à la date des arrêtés attaqués. Elle est scolarisée en classe de troisième dans un collège à Fontenay-le-Comte. Si l'intérêt supérieur d'une telle enfant justifie qu'elle puisse être scolarisée et bénéficier ainsi du droit à l'instruction d'ailleurs institué par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cet intérêt supérieur ne commande en revanche pas que cette scolarisation, lorsqu'elle participe d'un cycle d'instruction, se déroule dans le même établissement jusqu'à la fin de ce cycle. En outre, lorsque cette enfant est scolarisée dans un pays autre que celui dont elle est la ressortissante, cet intérêt supérieur ne commande pas non plus que cette scolarisation se tienne seulement dans l'un de ces deux pays, à l'exclusion de l'autre. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni même n'est allégué, que la scolarité de la fille des requérants ne pourrait se poursuivre en Azerbaïdjan, ni qu'il n'existerait pas dans ce pays des établissements, similaires à un collège français, assurant l'instruction d'enfants de cet âge. La scolarisation de cette jeune fille en France peut ainsi se poursuivre dans le pays dont elle est la ressortissante et, s'il est fait état de ses bons résultats scolaires en France, il n'en résulte pas qu'elle ne pourrait avoir de bons résultats scolaires en Azerbaïdjan. Cette enfant a été traitée en Allemagne en novembre 2017 en raison d'un lymphome B non hodgkinien. Si elle bénéficie depuis d'un suivi régulier, il ne ressort pas du dossier qu'elle serait engagée, à l'époque de l'arrêté attaqué, à la fin de l'année 2023, dans une prise en charge médicale habituelle de nature curative en raison de ce lymphome. Le suivi médical hématologique que sa situation justifie prend la forme de bilans sanguins et de consultations périodiques en oncologie pédiatrique, outre, le cas échéant, compte tenu de son âge, en gynécologie. Aucun élément au dossier ne permet d'estimer qu'elle ne pourrait bénéficier en Azerbaïdjan du suivi médical nécessaire, quand bien même serait-il moins abouti que ceux dont elle a bénéficié en Allemagne et bénéficie en France. Dès lors, les obligations de quitter le territoire français faites à ses parents n'exposent pas cette enfant à des risques particuliers pour sa santé, sa sécurité, son éducation et sa moralité. Elles n'en méconnaissent pas l'intérêt supérieur.

21. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

22. Le séjour des requérants en France, remontant au mois de mars 2021, demeure particulièrement récent, alors qu'elle est âgée de 42 ans et qu'il est âgé de 47 ans. La durée de ce séjour ne s'explique que par l'examen des demandes d'asile qu'ils avaient initialement présentées en mars 2021. Les demandes d'asile présentées par les quatre membres de la famille ont été rejetées en dernier lieu au mois de novembre 2023. Les requérants ne justifient pas en France de liens personnels particuliers, de nature privée ou familiale, antérieurs à leur arrivée dans ce pays. Compte tenu de la brève durée de leur séjour en France, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'ils y disposeraient désormais de liens privés et familiaux anciens et importants. La demande d'asile de leur fils D a également été rejetée et son droit au séjour en France en qualité de demandeur d'asile a pris fin. Il a, d'ailleurs, ultérieurement fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français. La scolarisation en France de leur fils D et de leur fille A se rapporte à un aspect essentiellement public de la vie personnelle et n'est pas constitutive de la vie privée et familiale de leurs parents. Ces derniers ne justifient pas, par leurs seules allégations, en quoi ils seraient dans l'impossibilité de poursuivre leur vie personnelle, dans ses aspects constitutifs de la vie privée et familiale, en Azerbaïdjan, alors que tous les membres de la famille en ont la nationalité et que cette vie privée et familiale s'est constituée et développée dans ce pays, quand bien même ils l'auraient quitté en 2016 mais dont ils demeurent des ressortissants. Dès lors, eu égard à l'ensemble des circonstances caractérisant les situations personnelles des requérants en France et compte tenu de la durée et des conditions de leur séjour dans ce pays, comme eu égard aux effets d' une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Vendée, en leur faisant obligation de quitter ce territoire dans un délai de trente jours, comme en fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement d'office à l'issu de ce délai, n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ont été prises ces décisions. Il n'a pas non plus commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle obligation sur les situations personnelles des requérants.

23. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français, Mme E et M. C ne sont pas fondés à soutenir que celles fixant le pays de renvoi sont illégales en raison de l'illégalité de ces obligations.

24. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

25. Il n'est pas établi par la seule allégation réitérée de craintes que la vie ou la liberté des requérants seraient effectivement et actuellement menacées dans le pays dont ils sont les ressortissants, ni qu'il y aurait de sérieuses raisons de croire qu'ils risqueraient personnellement d'y être soumis à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants, quand bien même ils rappellent le caractère très autoritaire des autorités azerbaïdjanaises et le faible niveau de protection et de garantie des libertés publiques de nature civile ou politique dans leur pays. Leurs demandes d'asile, dont il résulte de l'instruction qu'elles ont été rejetées en Allemagne, l'ont également, à la date des arrêtés attaqués, été en France. Les requérants font état de leur participation aux activités d'un parti politique réprimé en Azerbaïdjan ou à des manifestations en France dirigées contre les autorités de ce pays, mais leurs indications sur ce point demeurent très vagues et diffuses, sans être ni précises ni circonstanciées. S'ils présentent un document daté du 9 janvier 2024 qui serait une convocation émanant du tribunal de district de Salyan, ce document, en lui-même peu probant, se borne à faire état d'une affaire pénale contre M. C. Le simple constat qu'un ressortissant azerbaïdjanais se trouvant à l'étranger fait l'objet dans son pays d'une procédure pénale ne permet pas d'en déduire que son retour dans son pays méconnaîtrait de ce seul fait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance qu'un ressortissant azerbaïdjanais né en 1979 et dont les requérants font valoir qu'il est un frère de Mme E, se serait vu reconnaître la qualité de réfugié en Allemagne, ce qui d'ailleurs ne ressort pas du titre de séjour allemand présenté qui ne comporte pas de mentions en ce sens, ne permet pas d'en déduire ou d'en conclure quelque chose quant aux requérants eux-mêmes, dont les demandes d'asile qu'ils avaient présentées en Allemagne n'ont, pour leur part, pas été accueillies. Il en résulte qu'en comptant le pays dont les requérants ont la nationalité au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office, le préfet de la Vendée n'a pas méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

26. Les arrêtés attaqués ni ne considèrent ni ne décident que les requérants seraient admissibles dans un autre pays que celui dont ils sont les ressortissants. Ils n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle au recueil de leur accord pour le cas où ils seraient éloignés d'office vers une destination autres que celles prévues aux 1° et 2° de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

27. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'ils présentent.

Sur les frais liés au litige :

28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme E et de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme G E, à M. F C, au préfet de la Vendée et à Me Néraudau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,, 2319110

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