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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319157

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319157

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2023, M. A E, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 20 décembre 2023 par lesquels le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré, lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an et a procédé à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de son interdiction de retour, d'autre part, l'a assigné à résidence sur la commune de Saint-Herblain pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au profit de son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision le privant d'un délai de départ volontaire :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen complet de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de l'assignation à résidence :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Allio-Rousseau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par les arrêtés du 20 décembre 2023, dont M. A E, ressortissant tunisien né le 19 juillet 1994 demande l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée d'un an, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur les moyens communs à toutes les décisions attaquées :

2. En premier lieu, les arrêtés du 20 décembre 2023 ont été signés par Mme C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement titulaire d'une délégation de signature du 13 septembre 2023, publiée au recueil des actes administratifs du même jour, lui permettant de signer au nom du préfet les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai, désignation du pays de renvoi, interdiction de retour sur le territoire français et les décisions portant assignation à résidence, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D, directrice des migrations et de l'intégration et de M. B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas, à cette même date, été absents ou empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que les décisions portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour sur le territoire français, fixant le pays de destination et le privant d'un délai de départ volontaire, sont entachées d'un défaut d'examen dans la mesure où le préfet a estimé qu'il était célibataire et sans domicile fixe, alors qu'il a en France une compagne aux côtés de laquelle il vit depuis cinq ans, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 20 décembre 2023 au commissariat de police de Nantes, que M. E a déclaré à la fois avoir résidé chez sa compagne, domiciliée à Nantes, et être désormais hébergé chez sa grand-mère, domiciliée à Saint Herblain, compte tenu de sa séparation avec sa compagne, et qu'interrogé sur la date de naissance de cette dernière, il n'a pas répondu. Dans ces conditions, et alors qu'il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté attaqué que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui n'établit pas l'ancienneté de son séjour sur le territoire français qu'il estime à cinq ans, sur lequel il est entré irrégulièrement et où il se maintient irrégulièrement depuis lors, n'apporte aucun élément probant sur la situation de concubinage en France qu'il invoque, et notamment ne produit pas une copie du pacte civil de solidarité qu'il dit avoir conclu avec une ressortissante française ou tout autre document de nature à établir cette relation. S'il invoque la présence en France de sa grand-mère, chez laquelle il résiderait ponctuellement, il ne justifie pas d'autres liens personnels particuliers en France. Agé de 29 ans à la date de la décision en litige, il peut poursuivre son existence dans le pays dont il a la nationalité et dans lequel résident ses parents et sa fratrie. Il ne justifie en France d'aucune ressource légale lui permettant d'assurer sa subsistance. Dès lors, compte tenu de la durée comme des conditions du séjour du requérant en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en édictant les arrêtés en litige, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en conséquence être écarté.

5. En quatrième lieu, les moyens soulevés par M. E à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français étant écartés, l'intéressé n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision portant fixation du pays de destination, de la décision le privant d'un délai de départ volontaire, de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et la décision l'assignant à résidence.

Sur les moyens propres aux décision attaquées :

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

6. En premier lieu, l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

7. D'une part, la décision portant à l'égard de M. E interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'une année comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent et est ainsi suffisamment motivée. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

8. D'autre part, il résulte des dispositions citées au point 6 que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet, qui était tenu de prononcer à l'encontre de M. E une interdiction de retour sur le territoire français dès lors qu'il n'avait pas accordé à l'intéressé un délai de départ volontaire, a pris en compte, pour fixer la durée de cette interdiction, les conditions d'entrée en France du requérant, et son absence d'attaches anciennes, intenses et stables en France. D'autre part, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

10. La décision du 20 décembre 2023 portant assignation à résidence de M. E dans la commune de Saint-Herblain pendant une durée de six mois comporte l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Il suit de là qu'elle est suffisamment motivée au regard des exigences de l'article L. 732-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

11. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que le préfet de la Loire-Atlantique a retenu la commune de Saint-Herblain comme le lieu de résidence habituel de M. E à la date de la décision attaquée en raison de ses déclarations lors de sa garde à vue. Par ailleurs, si M. E soutient être titulaire d'un document de voyage, il ressort des pièces du dossier que le passeport dont il était titulaire avait expiré le 15 novembre 2023 et qu'il en a sollicité un duplicata, et non le renouvellement, auprès du consulat général de Tunisie à Paris avant l'édiction de la décision en litige. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en l'assignant à résidence sur la commune de Saint-Herblain pour une durée de six mois et en estimant qu'il était dépourvu de tout document d'identité et de voyage, aurait entaché la décision en litige d'erreurs de fait.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leroy.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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