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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319226

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319226

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319226
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023 sous le n° 2319226,

Mme H F, représenté par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour dans le même délai, et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à elle-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble

il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe de non refoulement des demandeurs d'asile garanti par l'article 33 de la convention de Genève ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est illégale en ce qu'elle peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et subsidiairement, en ce qu'elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2024.

II. Par une requête enregistrée le 27 décembre 2023 sous le n° 2319230,

M. G, représentée par Me Philippon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un

délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 25 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation au regard de son droit au séjour dans le même délai, et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 400 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou à lui-même en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

en ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble

il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté ;

en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le principe de non refoulement des demandeurs d'asile garanti par l'article 33 de la convention de Genève ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen complet de sa situation ;

- elle est illégale en ce qu'il peut se prévaloir d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et subsidiairement, en ce qu'elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

-cette décision doit être annulée en conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 avril 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 avril 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de Genève ;

-la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gourmelon, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique ;

- les observations de Me Philippon, avocat de Mme F et de M. E, en présence de ceux-ci assistés de Mme B, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F et M. E, ressortissants géorgiens, sont entrés en France le 5 mai 2022 et ont sollicité la reconnaissance de la qualité de réfugié. Leur demande a été rejetée par des décisions du 9 septembre 2022 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmées par des décisions du 20 janvier 2023 de la Cour nationale du droit la commune d'asile (CNDA). Leur demande de réexamen, examinée selon la procédure accélérée, a été rejetée comme irrecevable par l'OFPRA par des décisions du 26 avril 2023. Par deux arrêtés du 12 décembre 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de les obliger à quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours en fixant le pays dont ils ont la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne dans lequel ils seraient légalement admissibles comme pays de destination. Par des requêtes enregistrées sous les nos 2319226 et 2319230, qu'il y a lieu de joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement, Mme F et M. E demandent l'annulation de ces arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à toutes les décisions :

2. Par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire doit être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et

L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Selon l'article L. 542-1 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : / () b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ".

4. En premier lieu, les décisions litigieuses visent les articles L. 611-1 4° et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indiquent que la demande de Mme F et de M. E tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée, font état du rejet pour irrecevabilité par l'OFPRA de leur demande de réexamen, en citant le fondement textuel de cette décision d'irrecevabilité. Ces mentions mettent ainsi en mesure les requérants de comprendre que les décisions les obligeant à quitter le territoire français se fondent sur les dispositions du 4° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant à l'autorité administrative de prendre une telle mesure quand un étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L.542-1 et L.542-2 du même code, à la suite du rejet de leur demande de réexamen. Ainsi, les décisions litigieuses sont suffisamment motivées en droit, nonobstant la circonstance que certains articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile visés par l'arrêté ne seraient pas directement relatifs aux obligations de quitter le territoire français. Les décisions énoncent par ailleurs avec suffisamment de précisions les éléments de fait tenant à la situation personnelle et familiales des requérants, et la situation de leurs enfants présents avec eux en France, en relevant que rien ne s'oppose à ce que les requérants poursuivent leur vie familiale dans leur pays d'origine, accompagnés de leurs enfants. Si les requérants critiquent l'absence de mention relative à la situation de santé de Mme F et de leur fils A, ils n'établissent pas avoir porté à la connaissance de l'autorité préfectorale la moindre information à ce sujet, de sorte qu'il ne saurait être fait grief aux décisions en litige de ne pas l'évoquer. Ces décisions sont ainsi suffisamment motivées en fait.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. /()". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

6. La circonstance, à la supposer avérée, que l'administration n'ait pas délivré aux requérants l'information prévue par les dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la méconnaissance de ces dispositions ayant seulement pour conséquence de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, lorsqu'ils n'ont pas été régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement que l'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 523-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La date de notification de la décision de l'office et, le cas échéant, de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'office et est communiquée au préfet compétent () au moyen de traitements informatiques fait foi jusqu'à preuve du contraire ".

8. Les requérants sont originaires de Géorgie, qui était à la date de dépôt de leur demande d'asile, au nombre des pays d'origine sûrs dont la liste est fixée par la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions figurant sur le relevé " TelemOfpra " produit en défense, qui font foi jusqu'à preuve du contraire en application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que les décisions par lesquelles l'OFPRA a rejeté, pour irrecevabilité, leur demande de réexamen leur ont été été notifiées le 1er juin 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 542-1 et L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du principe de non refoulement des demandeurs d'asile garanti par l'article 33 de la convention de Genève, au motif qu'il ne serait pas justifié du fondement des décisions prises par l'OFPRA, ni de leur notification régulière aux requérants, doit être écarté.

9. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été précédemment dit, il n'est pas établi que les requérants auraient fait part à l'autorité préfectorale d'éléments concernant l'état de santé de Mme F ou de leur fils A, de sorte qu'ils ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché ses décisions d'un examen complet de leur situation personnelle.

10. En cinquième lieu, il appartient au juge, pour apprécier la légalité d'une décision, de tenir compte des justifications apportées devant lui, dès lors qu'elles attestent de faits antérieurs à la décision critiquée, même si ces éléments n'ont pas été portés à la connaissance de l'administration avant qu'elle se prononce. Si les requérants reprochent au préfet de la Loire-Atlantique d'avoir commis une erreur de fait en ne tenant pas compte des problèmes psychologiques importants auxquels font face Mme F et leur fils A, les attestations produites, émanant pour Mme F d'une psychologue, et pour A, d'un médecin pédopsychiatre et d'une psychologue, ne sont pas, à elles seules de nature à établir que les soins requis par leur état de santé ne pourraient leur être prodigués dans leur pays d'origine, ni qu'une interruption de leur prise en charge serait de nature à entraîner pour eux des conséquences d'une exceptionnelle gravité, de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur de fait doit être écarté.

11. En sixième et dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.() ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. () ". Aux termes de l'article L.423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.() ".

12. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

13. Ainsi qu'il a été dit au point 10, il n'est pas établi que Mme F et le jeune A ne pourraient bénéficier d'un traitement approprié dans leur pays d'origine, de sorte que Mme F n'établit pas qu'elle remplirait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 ou de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, M. E n'établit pas qu'il pourrait se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 ou de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions les obligeant à quitter le territoire français seraient de ce fait entachées d'illégalité doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne le moyen dirigé contre la décision fixant le délai de départ de volontaire :

14. Le présent jugement écarte l'ensemble des moyens des requêtes dirigés contre les décisions obligeant Mme F et M. E à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le délai de départ volontaire qui leur a été imparti devraient être annulées en conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les moyens dirigés contre la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, le présent jugement écarte l'ensemble des moyens des requêtes dirigés contre les décisions obligeant Mme F et M. E à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination devraient être annulées en conséquence de l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

16. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de cette convention et de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

17. Mme F et M. E déclarent avoir dû fuir la Géorgie pour échapper à des menaces émanant d'un groupe criminel en raison de l'aide qu'ils ont apportée au frère de Mme F pour lui permettre d'échapper aux persécutions de ce groupe. Mme F indique avoir été victime de graves sévices de la part d'hommes de ce groupe, et M. E indique avoir été victime d'une tentative d'enlèvement. Ils font état également des séquelles psychologiques très lourdes dont Mme F et leur fils A sont affectées du fait de ces événements. Toutefois, les requérants, dont la demande d'asile a été rejetée par l'OFPRA par des décisions confirmées par la CNDA, n'apportent au soutien de leur argumentation aucun élément nouveau de nature à en établir le bien-fondé et à démontrer qu'ils encourraient personnellement, en cas de retour dans leur pays, des risques pour leur vie ou leur liberté ou qu'ils y seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent, et des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant cité au point 12 ne peut qu'être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par Mme F et par M. E doivent être rejetées, en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de Mme F et de M. E sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme H F, à M. G, au préfet de Loire-Atlantique et à Me Philippon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAISLa République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2319226, 2319230

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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