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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319302

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319302

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 4ème chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2023 par lequel le préfet du Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet du Maine-et-Loire de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- des circonstances humanitaires justifient qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé ;

Sur la décision portant interdiction de retour en France pendant une durée de deux ans :

- la décision est inadaptée et disproportionnée notamment quant à sa durée ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2024, le préfet du Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 12 août 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes (section administrative), M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Specht-Chazottes, vice-présidente, pour statuer sur les litiges relatifs aux mesures d'éloignement adoptées à l'encontre de ressortissants étrangers faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et des décisions accompagnant ces mesures.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant guinéen né le 26 avril 1991, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 25 septembre 2018 et a fait l'objet par arrêté du 25 mai 2020 d'une obligation de quitter le territoire français, réitérée par arrêté du 1er septembre 2021, et assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et d'une assignation à résidence. Il a été interpelé le 26 décembre 2023 pour des faits de soustraction à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français, de conduite sans permis et de détention de faux documents. Par un arrêté du même jour, le préfet du Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour pour une durée de vingt-quatre mois. Par sa requête, M. A, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, si M. A soutient que sa vie est menacée en cas de retour en Guinée en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, un tel moyen est inopérant pour contester l'obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas pour objet de renvoyer M. A dans son pays d'origine.

3. En second lieu eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de M. A, qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré deux précédentes mesures d'éloignement le 25 mai 2020 et le 1er septembre 2021, cette dernière étant assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5o L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ". Enfin, l'article L. 612-2 dudit code dispose : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".

5. Il est constant que M. A se maintient irrégulièrement en France après l'édiction de deux précédentes mesures d'éloignement, la première édictée le 25 mai 2020 dont la légalité a été confirmée par un jugement de ce tribunal n° 2006466 du 17 février 2021 et une ordonnance du 21 novembre 2022 n° 22NT01779 de la cour administrative d'appel de Nantes et la seconde par un arrêté du 1er septembre 2021 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant douze mois, dont l'intéressé a vainement contesté la légalité devant ce tribunal. Par suite, M. A entre dans les prévisions des dispositions précitées qui permettent au préfet de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. La circonstance que le requérant est présent sur le territoire français depuis cinq ans et " a toujours été respectueux des valeurs républicaines malgré des conditions de vie extrêmement précaires ", ne saurait être regardée comme des " circonstances humanitaires ", au sens et pour l'application des dispositions précitées. Par suite, en n'accordant aucun délai de départ volontaire, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

6. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales peut être regardé comme soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel M. A est susceptible d'être renvoyé d'office.

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ", et aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. A soutient qu'il a quitté la Guinée en août 2016 après avoir été arbitrairement détenu et maltraité à l'initiative d'un commandant de la police locale, en raison de la relation amoureuse qu'il entretenait depuis 2014 avec la fille de ce dernier, laquelle serait décédée en couches en 2016. Il indique avoir été libéré grâce au versement d'une somme d'argent par sa mère. Les documents produits, deux convocations au tribunal datées d'avril 2019, un avis de recherche daté du même jour, et un certificat de décès du 20 juillet 2016 au nom de sa compagne, dont la force probante a été écartée par l'arrêt du 3 mars 2020 de la Cour nationale du droit d'asile se prononçant sur le refus opposé à sa demande d'asile, ne permettent pas d'établir la réalité des faits allégués, ni l'existence d'un risque personnel et actuel de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour en Guinée. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées en fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet, sauf circonstances humanitaires, assortit l'obligation de quitter sans délai le territoire français d'une interdiction de retour d'une durée maximale de trois ans, et que, pour fixer cette durée, il tient compte de la durée du séjour en France de l'étranger, de la nature et de l'ancienneté de ses liens, d'une précédente mesure d'éloignement et d'une menace pour l'ordre public éventuelles.

11. Si M. A soutient qu'il est présent en France depuis 2018 et " a toujours été respectueux des valeurs républicaines malgré des conditions de vie extrêmement précaires ", ces circonstances, ne caractérisent pas des " circonstances humanitaires ", au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, justifiant que ne soit pas édictée d'interdiction de retour alors qu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à M. A. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de séjour de l'intéressé en France, en décidant de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, le préfet de Maine-et-Loire, qui a tenu compte de l'ensemble des éléments composant la situation personnelle de l'intéressé et portés à sa connaissance, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation dans la fixation de la durée d'interdiction.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 26 décembre 2023 du préfet du Maine-et-Loire doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée,

F. SPECHT- CHAZOTTES

La greffière

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au préfet du Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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