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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2319371

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2319371

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2319371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 12ème chambre
Avocat requérantSCP PIGEAU CONTE MURILLO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 décembre 2023 et 16 février 2024, M. D G, représenté par Me Murillo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de la signataire de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est disproportionnée dans sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gourmelon a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant marocain, est entré, selon ses déclarations, irrégulièrement en France en décembre 2021. Il a été interpellé le 27 décembre 2023 par les services de police pour des faits de menaces de mort réitérées et de violences avec arme. Par un arrêté du 28 décembre 2023 pris sur le fondement du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Sarthe a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois. C'est l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe et disponible sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme F C, adjointe au chef du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement simultané de M. H A, directeur de la citoyenneté et de la légalité, et de Mme B E, cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux. Il n'est ni établi ni même soutenu que M. A et Mme E n'auraient pas été absents ou empêchés à la date à laquelle l'arrêté litigieux a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

3. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. G n'était présent sur le territoire français que depuis deux ans à la date à laquelle le préfet de la Sarthe a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français. S'il fait état de sa relation de concubinage avec une ressortissante française, et de leur projet de se marier, ces déclarations ne sont étayées par aucun élément de preuve. S'il indique par ailleurs être locataire de son logement et avoir obtenu un diplôme à l'issue d'une formation de prévention et secours civique, ces éléments, au demeurant non établis, ne sont pas de nature à établir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe, aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". En outre, l'article L. 613-2 de ce code dispose que : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

6. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

7. La décision litigieuse vise l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relève que M. G a été interpellé le 27 décembre 2023 pour des faits de menaces de mort réitérées et violences avec arme, qu'il est entré irrégulièrement en France en 2021 et n'a accompli aucune démarche en vue de régulariser sa situation, qu'il s'est déclaré célibataire et sans enfant, que s'il a fait état d'une relation avec un ressortissante française, il ne l'établit pas, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Elle indique par ailleurs qu'eu égard aux faits pour lesquels il a été placé en garde à vue, son comportement constitue une menace pour l'ordre public et que dans ces circonstances, la durée de vingt-quatre mois de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Cette décision est ainsi, au regard des exigences rappelées au point précédent, suffisamment motivée en droit et en fait.

8. Enfin, eu égard à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. G exposés au point 7, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois serait disproportionnée.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. G doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, au préfet de la Sarthe et à Me Murillo.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La magistrate désignée,

V. GOURMELON

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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