mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2319386 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 décembre 2023, M. A C et Mme F, agissant en leurs noms et en qualité de représentants légaux de l'enfant mineure G C, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 21 novembre 2023 par laquelle le ministre de l'intérieur et des outre-mer a, en dépit de la recommandation de délivrance du visa par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 24 août 2023, rejeté le recours dirigé contre la décision du 3 avril 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant à Mme D la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
2°) d'annuler la décision implicite née le 9 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision du 12 août 2023 de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran) refusant à l'enfant G C la délivrance d'un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer les visas demandés dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer les demandes de visas dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.
Ils soutiennent que :
- la décision du ministre est insuffisamment motivée ;
- la décision de la commission de recours n'est pas motivée ;
- les décisions attaquées procèdent d'une appréciation erronée des documents d'état civil et des éléments de possession d'état produits justifiant de l'identité des demandeurs et de leur lien familial ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par décision du 5 décembre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a refusé d'admettre Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Revéreau,
- et les observations de Me Pollono, avocate de M. C et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant afghan né le 13 janvier 1991, s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 17 mai 2017. Mme B D, née le 12 juin 1994, son épouse alléguée, et l'enfant mineure G C, née le 24 novembre 2022, sa fille alléguée, ont sollicité à ce titre la délivrance de visas d'entrée et de long séjour en France auprès de l'autorité consulaire française à Téhéran (Iran), en qualité de membres de famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par des décisions respectivement du 3 avril 2023 et 12 août 2023, cette autorité a refusé de délivrer les visas demandés. Saisie d'un recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision consulaire du 3 avril 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, a, le 24 août 2023, recommandé au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa demandé par Mme D. Par une décision du 21 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a refusé de délivrer le visa. Par une décision implicite née le 9 décembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision consulaire du 12 août 2023 refusant la délivrance d'un visa à l'enfant G C. M. C et Mme D demandent l'annulation de ces deux dernières décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 novembre 2023 du ministre de l'intérieur :
2. Pour rejeter le recours dont il était saisi, le ministre de l'intérieur et des outre-mer s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'identité de Mme D et son lien familial avec M. C ne sont pas établies par les déclarations de la demandeuse, lesquelles révèlent une intention frauduleuse d'obtenir un visa.
3. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que : " I. - Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () 3° Par les enfants non mariés du couple, âgés au plus de dix-neuf ans. () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. Aux termes de l'article L 561-4 du même code : " Les articles L. 434-1, L. 434-3 à L. 434-5 et le premier alinéa de l'article L. 434-9 sont applicables. La réunification familiale n'est pas soumise à des conditions de durée préalable de séjour régulier, de ressources ou de logement. ". L'article L 561-5 de ce code précise par ailleurs que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
4. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des actes d'état civil produits.
5. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil ", ce dernier disposant que " Tout versent au acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.
7. Afin de justifier de l'identité de Mme D, les requérants produisent, outre un certificat de naissance dont il n'est pas possible d'apprécier la portée en l'absence de traduction en langue française, une carte d'identité délivrée par les autorités afghanes ainsi qu'un passeport, dont les mentions d'état civil sont concordantes. M. C et Mme D versent également, pour justifier leur lien familial, un certificat de mariage tenant lieu d'acte d'état civil délivré par le directeur général de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, faisant état de leur union en 2014. Dans ces conditions, alors que le ministre, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans le cadre de la présente instance, n'apporte pas d'éléments de nature à établir le caractère apocryphe de ces documents, de nature à révéler une intention frauduleuse d'obtenir un visa, l'identité de Mme D ainsi que son lien familial avec le réunifiant doivent être tenus pour établis. En conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner les éléments de possession d'état produits, M. C et Mme D sont fondés à soutenir que le ministre a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que la décision du ministre de l'intérieur et des outre-mer du 21 novembre 2023 doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 9 décembre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
9. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. (). ". Aux termes de l'article D. 312-8-1 du même code : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ".
10. En application des dispositions précitées de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui se substitue à celle de l'autorité consulaire, doit être regardée comme s'étant approprié le motif retenu par cette autorité, tiré en l'espèce de ce que les documents produits à l'effet d'établir l'identité de l'enfant G C et sa situation familiale, qui ne sont pas probants, révèlent une tentative frauduleuse d'obtenir un visa.
11. Les requérants soutiennent, sans être contestés, que la jeune G C est née le 24 novembre 2022 au centre éducatif et thérapeutique de Mahdiyed à Téhéran (Iran) des suites d'un viol dont Mme D indique avoir été victime sur le territoire afghan. Afin d'établir l'identité de cet enfant et leur lien familial, M. C et Mme D produisent un certificat de naissance ainsi qu'une carte nationale d'identité, délivrés par les autorités iraniennes, dont les mentions d'état civil sont concordantes. Au surplus, ainsi qu'il apparaît sur les documents précités et qu'il ressort des déclarations de l'intéressé auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides, M. C a déclaré la paternité de la jeune G C, née durant son union avec Mme D. Dans ces conditions, et alors que le ministre n'apporte pas d'éléments permettant d'établir l'inauthenticité de ces documents, de nature à révéler une intention frauduleuse d'obtenir un visa, l'identité de l'enfant G C ainsi que son lien familial avec le réunifiant doivent être tenus pour établis. En conséquence, sans qu'il soit besoin d'examiner les éléments de possession d'état versés au dossier, M. C et Mme D sont fondés à soutenir que la décision de commission de recours procède d'une appréciation erronée.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, que la décision implicite née le 9 décembre 2023 de la commission de recours doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
13. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance des visas d'entrée et de long séjour en France demandés par Mme D et pour l'enfant G C, dans un délai de deux mois suivant sa notification, sans qu'il soit besoin, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme globale de 1 200 euros, à verser à M. C et Mme D, dont la demande d'aide juridictionnelle a été rejetée, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 21 novembre 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer est annulée.
Article 2 : La décision implicite née le 9 décembre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur de faire délivrer des visas d'entrée et de long séjour en France à Mme D et à l'enfant G C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'Etat versera à M. C et Mme D la somme globale de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. E, à Mme F, à Me Pollono et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Besse, président,
Mme Roncière, première conseillère,
M. Revéreau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le rapporteur,
P. REVÉREAU
Le président,
P. BESSE
La greffière,
N. BRULANT
La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026