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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400146

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400146

mercredi 14 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantSELARL LAIGRE HURIET GALAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 5 janvier 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Caen a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Nantes.

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2024, M. B C, représenté par Me Huriet, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à compter de la notification de la décision et à sa sortie du centre pénitentiaire du Mans-Les-Croisettes (72) pour rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Il soutient que :

- les conditions de détention ayant porté atteinte au droit effectif au recours, le délai de recours légal n'est pas opposable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L 233-1 et L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation familiale justifiant un droit au séjour, et son comportement ne représentant pas une menace grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;

- la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français ne lui permettra pas d'honorer la période de sursis probatoire fixée par la juridiction judiciaire à l'issue de sa détention, ni d'être présent lors du jugement prévu en mai 2024 pour une procédure actuellement en cours.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 janvier 2024 et le 6 février 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, le recours ayant été introduit au-delà du délai légal de 48h, et à titre subsidiaire que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Brémond, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés aux articles L. 572-6, L. 614-9 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 9 février à 10 heures :

- le rapport de M. Brémond, magistrat désigné,

- les observations de Me Huriet, avocat de M. C,

- les observations de M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit

1. M. B C, ressortissant polonais, actuellement détenu au centre pénitentiaire Le Mans - Les Croisettes, dont la libération est prévue le 29 février 2024, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an, lequel lui a été notifié le 22 décembre 2023.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de séjour :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont assignés à résidence. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif pour statuer selon la procédure décrite aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, non plus que sur les conclusions aux fins d'injonction dont elles sont assorties.

3. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour de M. C doivent être renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter sans délai le territoire français et l'interdiction de circulation :

4. Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. ".

5. Aux termes de l'article R. 776-29 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'il apparaît, en cours d'instance, que l'étranger détenu est susceptible d'être libéré avant l'expiration du délai de jugement prévu, selon le cas, au dernier alinéa de l'article R. 776-13 ou à l'article R. 776-13-3, l'administration en informe le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné. / Sous réserve des adaptations prévues à la présente section, il est alors statué selon la procédure prévue à la section 3 du présent chapitre, dans un délai qui ne peut excéder huit jours à compter de l'information prévue au premier alinéa.

En ce qui concerne la légalité externe :

6. En premier lieu, par un arrêté du 4 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet du Calvados a donné délégation à M. A D, chef du service de l'immigration à la préfecture du Calvados, à l'effet de signer toutes les mesures d'éloignement du territoire national et décisions portant interdiction de retour prévues au Livre VI du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué portant obligation de quitter le territoire français comporte l'indication des considérations de droit et de fait pour lesquelles le préfet du Calvados a pris cette décision, qui est dès lors régulièrement motivée. Il en va de même de celle lui refusant un délai de départ volontaire.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet du Calvados n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de la situation de M. C.

En ce qui concerne la légalité interne :

9. En premier lieu, si le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit, il n'apporte aucun élément au soutien de ces moyens, qui permettrait d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ceux-ci ne peuvent qu'être écartés.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°."

11. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Il résulte des dispositions précitées du I du 2° de l'article L. 251-1 qu'il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

12. M. C déclare être entré en France en 2017 ou 2018, soit depuis plus de trois mois, et s'y est maintenu malgré trois décisions l'obligeant à quitter le territoire français en 2020, 2022 et 2023, cette dernière ayant été annulée par le tribunal administratif de Lille au motif que l'intéressé a été privé de son droit d'être entendu. Il déclare être sans profession, sans ressource et sans domicile. Il fait valoir qu'il est père d'une enfant française, née en juillet 2020 d'une union avec une ressortissante française dont il est aujourd'hui séparé. Toutefois, s'il produit une attestation de la mère de l'enfant indiquant qu'il est le père de cet enfant et qu'il la voit assez régulièrement, il ressort également des pièces du dossier que M. C n'a pas encore reconnu sa fille, du fait, selon lui, du vol de ses documents d'identité. En outre, il n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de cet enfant.

13. Par ailleurs, si M. C soutient que son comportement ne représente pas une menace grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet de trois condamnations récentes : le 18 juin 2020 par le président du tribunal judiciaire de Caen à quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour participation avec arme à un attroupement, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité, rébellion et entrave à la circulation des véhicules sur une voie publique ; le 28 février 2023 à cinq mois d'emprisonnement avec sursis probatoire pendant deux ans pour outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion ; le 22 septembre 2023 par le président du tribunal judiciaire du Mans à six mois d'emprisonnement pour récidive d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, récidive de rébellion et menace de mort ou d'atteinte aux biens dangereuse pour les personnes à l'encontre d'un dépositaire de l'autorité publique, condamnation pour laquelle il est actuellement incarcéré au centre pénitentiaire du Mans-Les-Croisettes. En outre, une procédure est actuellement en cours au tribunal judiciaire de Caen pour des faits de rébellion commis le 6 juillet 2023 à Mondeville. Eu égard à la gravité et au caractère répété des agissements de l'intéressé, le préfet du Calvados n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L .251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'obligeant à quitter le territoire français.

14. En dernier lieu, si M. C fait valoir que la décision d'interdiction de circuler sur le territoire français ne lui permettra pas d'honorer la période de sursis probatoire fixée par la juridiction judiciaire à l'issue de sa détention, ni d'être présent lors du jugement prévu en mai 2024 pour la procédure actuellement en cours, ces éléments, qui relèvent des juridictions judiciaires, sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.

15. Il résulte de ce tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions dirigées contre la décision du 20 décembre 2023 par laquelle le préfet du Calvados a rejeté la demande de titre de séjour de M. C sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2024.

Le magistrat désigné,

E. BREMOND

La greffière,

M.-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2400146

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