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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400204

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400204

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 janvier 2024, M. G F, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentant des enfants mineurs K G F, H G F, A G F, B G F et J G F, et Mme D I C, représentés par Me Pollono, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 août 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France informant les requérants de l'impossibilité de donner suite à leur demande de visas en raison de la destruction des dossiers lors de la fermeture de l'ambassade de France à Khartoum (Soudan) et invitant les demandeurs à déposer de nouvelles demandes de visas de long séjour auprès d'un poste consulaire de leur choix ;

2°) d'enjoindre à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'examiner leur recours dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros hors taxes au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée ou s'il n'y est que partiellement fait droit, au profit de M. F en application des dispositions de ce dernier article.

Ils soutiennent que :

- le motif de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est infondé ; la destruction des dossiers de l'ambassade de France à Khartoum est une décision unilatérale de l'ambassade ; la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est en mesure d'instruire les dossiers car elle dispose des informations du bureau des familles de réfugiés ; elle devait demander au requérant des pièces afin d'instruire son dossier ;

- le refus de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'examiner les demandes de visa entraîne des conséquences disproportionnées pour les demandeurs ; l'identité des membres de la famille est établie.

La requête a été communiquée au ministre de l'intérieur, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 17 octobre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Nantes a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. G F.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024 :

- le rapport de Mme Douet, rapporteure,

- et les observations de Me Pavy, substituant Me Pollono, représentant M. F et Mme I C.

Une note en délibéré, présentée par M. F et Mme I C, a été enregistrée le 15 mai 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant érythréen s'est vu reconnaitre le bénéfice de la qualité de réfugié le 13 octobre 2019. Mme I C et les jeunes H, A, B et J G F, qui se présentent comme son épouse et ses enfants, ainsi que la jeune K G F, qui se présente comme la fille d'une précédente relation de M. F, ont déposé des demandes de visas au titre de la réunification familiale auprès de l'autorité consulaire française à Khartoum le 16 février 2023. A la suite du conflit armé au Soudan et de la dégradation de la situation sécuritaire de ce pays, l'ambassade de France à Khartoum a fermé ses portes le 24 avril 2023 et sa section consulaire a donc cessé, à cette date, toute activité sur le territoire soudanais. Les requérants ont toutefois saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours, réceptionné le 12 juin 2023, contre la décision implicite de refus de visa prise par l'ambassade de France au Soudan. M. F et Mme I C demandent l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France leur a indiqué qu'il ne pouvait être donné suite à leurs demandes de visas de long séjour en raison de la destruction des dossiers déposés à l'ambassade de France au Soudan avant le 24 avril 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a informé les requérants de ce qu'il ne pouvait être donné suite à leurs demandes de visas de long séjour en qualité de membres de famille de réfugiés, les dossiers ayant été détruits en raison de l'envahissement des locaux consulaires de l'ambassade de France à Khartoum et les a invités à se rapprocher du poste consulaire français d'un pays limitrophe afin de procéder aux démarches de reconstitution des dossiers permettant la poursuite de l'instruction de leurs demandes en précisant que celles-ci feront l'objet d'une instruction prioritaire, des créneaux de rendez-vous dédiés ayant été prévus à cet effet par les autorités compétentes.

3. Aux termes de l'article R. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'un visa pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois donne lieu à la délivrance par les autorités diplomatiques et consulaires d'une attestation de demande indiquant la date du dépôt de la demande. Les autorités diplomatiques et consulaires sont tenues de statuer sur les demandes de visa de long séjour formées par les conjoints de Français et les étudiants dans les meilleurs délais. " et aux termes de l'article D. 312-3 du même code : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre de l'intérieur est chargée d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de long séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. Le sous-directeur des visas, au sein de la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, est chargé d'examiner les recours administratifs contre les décisions de refus de visa de court séjour prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de l'une ou l'autre de ces autorités, selon la nature du visa sollicité, est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. "

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après le dépôt des demandes de visa auprès du poste consulaire de Khartoum, le bureau des familles de réfugiés (BFR) a demandé à M. F, par courrier du 1er mars 2023, de renseigner le formulaire de demande de réunification familiale et de fournir un certain nombre de justificatifs, lesquels ont été envoyés le 13 mars 2023 au bureau des familles de réfugiés. A supposer que, à la date de la fermeture de l'ambassade de France à Khartoum, le 24 avril 2023, l'instruction des demandes de visa en cause était toujours en cours et aucune décision implicite de rejet n'était née, une telle décision est nécessairement intervenue avant la décision attaquée de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Dans les circonstances exceptionnelles qui caractérisaient la situation du Soudan, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France pouvait, afin d'accélérer l'instruction des demandes de visas des membres de famille de réfugiés soudanais, solliciter, le cas échéant les informations et documents nécessaires, auprès notamment du BFR, destinataire des renseignements initialement transmis, ou des intéressés, sans qu'y fasse obstacle l'obligation faite à ces derniers, eu égard aux impératifs d'authentification et de sécurité qui s'imposent pour la délivrance des visas, de se présenter dans un poste consulaire d'un pays limitrophe de leur choix. Dès lors, les requérants sont fondés à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, en s'abstenant d'examiner leur recours, et alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'elle les aurait invités à produire les documents nécessaires à l'examen de ce recours, a méconnu les dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. F et Mme I C sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une décision statuant sur une demande de visas présentée par les demandeurs auprès de l'autorité consulaire au Caire (Egypte) ait été prise à la date du présent jugement, celui-ci implique seulement que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France examine le recours de M. F et Mme I C dans le délai d'un mois, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

6. M. F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Pollono renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 9 août 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire examiner par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le recours de M. F et Mme I C dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à Mme D I C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Chatal, conseillère,

M. Ravaut, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseur la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

A. CHATAL

Le greffier,

S. VALAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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