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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400349

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400349

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantKOSO OMAMBODI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 10 janvier 2024, le 25 janvier 2024 et le 1er février 2024, M. B E, représenté par Me Koso Omambodi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- son passeport doit lui être remis pour qu'il puisse travailler et achever les démarches administratives pour conclure un pacte civil de solidarité avec sa compagne ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été adoptée à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de respect du contradictoire préalable, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration et 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il a droit à un titre de séjour en qualité de salarié en application de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et du point 2.3.3. du protocole d'accord franco-tunisien portant gestion concertée des migrations ; il dispose d'un contrat de travail à durée indéterminée valablement visé par les autorités françaises compétentes ; le métier de couvreur qu'il exerce est sur la liste annexe du protocole d'accord franco-tunisien imposant la délivrance de plein droit d'un titre de séjour d'un an renouvelable ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est en concubinage avec une compagne française qui est enceinte ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en méconnaissant l'intérêt supérieur de son enfant à naitre dans quelques jours ;

- il justifie d'un droit au séjour de plein droit en qualité de père d'un enfant français en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait de la naissance de son fils le 21 janvier 2024 ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision est insuffisamment motivée en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête de M. E.

Il soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- l'accord franco-tunisien relatif aux échanges de jeunes professionnels du 4 décembre 2003 ;

- l'accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire, ensemble le protocole relatif à la gestion relatif à la gestion concertée des migrations et le protocole en matière de développement solidaire du 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B E, ressortissant tunisien né en juin 2000, est entré en France selon ses déclarations en 2020. Il a été interpellé par les services de gendarmerie le 8 janvier 2024 pour des faits de recel de bien provenant d'un vol. Par des décisions du 8 janvier 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a obligé M. E à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. E demande l'annulation des décisions du 8 janvier 2024.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ".

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé pour le préfet et par délégation par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a accordé une délégation de signature à la directrice des migrations et de l'intégration à l'effet de signer notamment, au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire () ; / - les décisions fixant le pays de renvoi () ". En cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration, l'article 2 de cet arrêté confiait la délégation de signature ainsi consentie à son adjoint. En cas d'absence ou d'empêchement simultanés de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint, l'article 3 de l'arrêté confiait la délégation de signature, dans les limites des attributions respectives de leurs services ou bureaux à plusieurs agents, dont Mme C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement. Il n'est ni établi ni même soutenu que la directrice des migrations et de l'intégration et son adjoint n'auraient pas été absents ou empêchés. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

5. L'obligation de quitter le territoire français du 8 janvier 2024 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de son insuffisante motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas fondé et doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté du 8 janvier 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. E avant d'adopter l'obligation de quitter le territoire français attaquée.

7. En quatrième lieu, ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé, notamment par son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, les auteurs de la directive du 16 décembre 2008, s'ils ont encadré de manière détaillée les garanties accordées aux ressortissants des Etats tiers concernés par les décisions d'éloignement ou de rétention, n'ont pas précisé si et dans quelles conditions devait être assuré le respect du droit de ces ressortissants d'être entendus, qui fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Si l'obligation de respecter les droits de la défense pèse en principe sur les administrations des Etats membres lorsqu'elles prennent des mesures entrant dans le champ d'application du droit de l'Union, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles doit être assuré, pour les ressortissants des Etats tiers en situation irrégulière, le respect du droit d'être entendu. Ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

8. Dans le cadre ainsi posé, et s'agissant plus particulièrement des décisions relatives au séjour des étrangers, la Cour de justice de l'Union européenne a jugé, dans ses arrêts C-166/13 Sophie Mukarubega du 5 novembre 2014 et C-249/13 Khaled Boudjlida du 11 décembre 2014, que le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement.

9. Enfin, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt du 10 septembre 2013, que toute irrégularité dans l'exercice des droits de la défense lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, que tout manquement, notamment, au droit d'être entendu n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. Il revient à l'intéressé d'établir devant le juge chargé d'apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu'il n'a pas pu présenter à l'administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d'une telle demande de vérifier, lorsqu'il estime être en présence d'une irrégularité affectant le droit d'être entendu, si, eu égard à l'ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l'invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

10. Il ressort des pièces du dossier du dossier que M. E a été placé en garde à vue le 8 janvier 2024 par les services de la gendarmerie nationale de Nozay. Il ressort du procès-verbal de cette garde à vue que M. E a été entendu sur les conditions de son séjour, son arrivée en France, ses démarches sur le territoire français, sa situation professionnelle, sa situation familiale, et sur la perspective de son éloignement. A cette occasion, M. E a notamment pu faire valoir son concubinage avec une compagne de nationalité française et la naissance de leur enfant prévue le 17 janvier 2024. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces que M. E qui se borne à soutenir qu'il n'est pas établi qu'il a été mis en mesure de présenter ses observations avant l'édiction de la décision litigieuse, aurait été, notamment lors de son audition par les services de police à la suite de son interpellation, empêché de présenter des observations susceptibles d'influer sur le prononcé ou les modalités de la mesure prise à son encontre. Par suite, M. E n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu.

11. En cinquième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français.

12. Par ailleurs, l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 stipule que : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié " () ". Le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne adopté le 28 avril 2008 stipule, à son point 2.3.3 que " Le titre de séjour portant la mention " salarié ", prévu par le premier alinéa de l'article 3 de l'Accord du 17 mars 1988 modifié, est délivré à un ressortissant tunisien en vue de l'exercice, sur l'ensemble du territoire français, de l'un des métiers énumérés sur la liste figurant à l'Annexe I du présent Protocole, sur la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité française compétente sans que soit prise en compte la situation de l'emploi () ".

13. Il est constant que M. E est entré irrégulièrement en France et non sous le couvert d'un visa de long séjour et ne remplit donc pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de salarié. Par ailleurs, s'il produit un contrat de travail conclu pour une durée indéterminée à compter du mois d'août 2023, il n'établit pas que ce contrat aurait été visé par les autorités compétentes. Enfin, il ressort de la lecture de ce contrat de travail qu'il relève de la convention collective des entreprises de propreté, et non de l'activité de couvreur figurant sur l'annexe I du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne adopté le 28 avril 2008. Il suit de là et pour l'ensemble de ces motifs que M. E n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier de plein droit d'un titre de séjour salarié en application des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et des stipulations du point 2.3.3. du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République tunisienne adopté le 28 avril 2008 et qu'il ne pouvait, pour ce motif, se voir notifier une obligation de quitter le territoire français.

14. En sixième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

15. M. E réside en France, selon ses déclarations, depuis l'année 2020 soit depuis moins de quatre années à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaquée. S'il invoque sa relation avec une ressortissante française, il résulte de ses déclarations au cours de sa garde-à-vue que la relation ne date que du mois de mars 2022 soit depuis un an et huit mois à la date de la décision attaquée. L'enfant du couple n'était pas encore né à la date de l'obligation de quitter le territoire français litigieuse. Par ailleurs, il ressort également des déclarations de M. E au cours de sa garde-à-vue qu'il n'est pas dépourvu d'attaches privées et familiales en Tunisie, où il a vécu la majeure partie de sa vie, puisqu'y résident encore ses parents et sa sœur. Dans ces conditions, compte tenu des conditions du séjour en France de M. E, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. En septième lieu, l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Par ailleurs, l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

17. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus au point 15, l'enfant de M. E n'était pas né à la date de l'obligation de quitter le territoire français attaqué, le bébé étant né postérieurement le 21 janvier 2024. La légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français s'appréciant à la date de son édiction, M. E ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ni soutenir qu'il devait bénéficier de droit d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent donc être écartés, sans que cette circonstance ne fasse obstacle à ce que M. E dépose, ultérieurement, s'il s'y croit fondé, une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant français.

18. En huitième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'ayant ni pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. E pourrait être écarté, ce dernier ne peut utilement invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui prohibent tout traitement inhumain ou dégradant.

19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 15, le préfet de la Loire-Atlantique n'a, à la date de la décision attaquée, pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. E.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 19 que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision du 8 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

Sur la décision fixant le pays d'éloignement :

21. L'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 19 que M. E n'est pas fondé à soutenir que la décision du 8 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné serait illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français du même jour.

23. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde, est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

24. En dernier lieu, M. E ne fait état d'aucun risque particulier de traitement inhumain ou dégradant en cas d'éloignement en Tunisie. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur les conclusions tendant à la restitution du passeport :

25. L'article L. 814-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative compétente, les services de police et les unités de gendarmerie sont habilités à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière. / Ils leur remettent en échange un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu ".

26. Eu égard à la situation irrégulière de M. E sur le territoire français, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de lui restituer son passeport ne peuvent qu'être rejetées.

27. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Koso Omambodi et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2400349

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