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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400368

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400368

mardi 25 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400368
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantKOSO OMAMBODI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 janvier 2024, M. A G, représenté par Me Koso Omambodi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation en vue de sa régularisation.

Il soutient que :

- sa requête, qui n'est pas tardive, est recevable ;

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il n'est pas régulièrement motivé ;

- il est entaché d'illégalité interne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable comme tardive ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. A G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Se disant ressortissant soudanais né le 1er janvier 1994 répondant à l'identité de M. A G, le requérant demande l'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a fait obligation à M. H, ressortissant soudanais né le 17 mai 1994, alias I A J, ressortissant soudanais né le 1er janvier 1994, de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Le préfet de la Loire-Atlantique a, par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture de la Loire-Atlantique, signataire des décisions attaquées, à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire avec ou sans délai et d'interdiction de retour sur le territoire français en cas d'absence ou d'empêchement simultané de Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, et de M. B, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration. Il n'est pas établi que ceux-ci n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. Si le requérant allègue qu'il serait titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 17 novembre 2024, l'identité de la personne mentionnée au recto du document présenté est différente de l'identité du requérant mentionnée par la requête. Cette dernière fait également état d'une autre identité, qui n'est pas identique à celle mentionnée à ce recto et qui n'est pas non plus identique à l'une quelconque des deux identités dont fait état l'arrêté attaqué. Ce dernier fait état de ce que le requérant a été interpellé le 8 janvier 2024 et placé en garde à vue par les services de police pour escroquerie faite au préjudice d'un organisme chargé d'une mission de service public. Il ajoute que le requérant est défavorablement connu des services de police pour utilisation de document d'identité d'un tiers pour entrer ou se maintenir dans l'espace de Schengen et qu'il fait usage d'identités multiples. Il ressort du procès-verbal de l'audition du requérant par un agent de police judiciaire à Nantes le 8 janvier 2024 que le requérant a admis avoir utilisé l'identité de la personne mentionnée par cette carte de séjour mais qu'il n'est pas cette personne. Il résulte de l'instruction que le requérant avait présenté en France une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 23 avril 2019 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 26 août 2019. Au préalable et le 3 avril 2019, le préfet du Pas-de-Calais lui avait fait obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pendant un an et le recours présenté par l'intéressé contre ces décisions a été rejeté par une décision du tribunal administratif de Lille du 12 avril 2019. Après le rejet de sa demande d'asile et par un arrêté du 24 décembre 2020, le préfet du Nord lui a fait obligation de quitter le territoire français. Compte tenu de ces éléments, le requérant n'établit pas que, comme il l'allègue, il serait effectivement titulaire d'un titre de séjour, ce qui ne ressort pas non plus du dossier.

4. Eu égard à ce qui a été dit au point précédent, il ressort des pièces du dossier que la situation du requérant relève, à tout le moins, du cas prévu au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut faire obligation à l'étranger de quitter le territoire français.

5. L'arrêté attaqué comporte, de façon suffisamment précise, l'énoncé des considérations de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire au requérant obligation de quitter le territoire sans délai. Visant notamment les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il constate qu'il est de nationalité soudanaise et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que la décision fixant le pays de renvoi est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". L'article L. 613-2 ajoute que les décisions d'interdiction de retour sont motivées.

7. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'énumère l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

8. L'arrêté attaqué comporte l'indication des considérations de droit et de fait fondant, tant en son principe qu'en sa durée, la décision de son auteur de faire interdiction au requérant de retourner sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Cette motivation, qui permet au requérant à sa seule lecture de comprendre les motifs de cette interdiction, atteste de la prise en compte de l'ensemble des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il en résulte que la décision portant interdiction de retour est régulièrement motivée.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Loire-Atlantique, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Koso Omambodi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

la greffière,

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