mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2400633 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | - 96h - Eloignement |
| Avocat requérant | TOUCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 16 janvier 2024, la magistrate désignée par le président du tribunal administratif de Rennes a renvoyé au tribunal administratif de Nantes l'examen de la requête de M. A.
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2024, M. E A, représenté par Me Touchard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'admettre au séjour dès la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de sept jours à compter de cette notification, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son avocate au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet a méconnu les droits de la défense dès lors qu'il ne l'a pas mis à même de faire valoir ses observations sur la mesure d'assignation à résidence qu'il envisageait de prendre à son encontre ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne justifie pas de l'existence d'un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement prononcée à son encontre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2024, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui a produit des pièces le 15 janvier 2024.
M. A a produit des pièces postérieurement à la clôture de l'instruction, qui n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Cordrie, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Cordrie, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 19 janvier 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 30 novembre 1988, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français, ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait application, et mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, tenant notamment à son séjour irrégulier sur le territoire français et à son absence de liens familiaux en France. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté.
3. En second lieu, d'une part, la décision attaquée n'ayant pas pour objet de refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, celui-ci ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
5. M. A se borne à invoquer ces stipulations sans apporter d'éléments relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'établir qu'il disposerait de liens personnels et familiaux en France, alors qu'il n'est pas contesté que ses parents et ses frères et sœurs vivent dans son pays d'origine. Dès lors, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
6. Si M. A soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales citées au point 4, il n'apporte aucun élément circonstancié au soutien de son moyen, qui ne peut, par suite, qu'être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
7. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que l'annulation de cette décision devrait entrainer, par voie de conséquence, l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
8. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement de la préfecture de la Loire-Atlantique. A la date de cet arrêté, Mme C disposait, en vertu d'un arrêté du préfet de la Loire-Atlantique en date du 13 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'Etat dans ce département, d'une délégation de signature lui permettant de signer au nom du préfet les décisions portant assignation à résidence en cas d'absence ou d'empêchement de la directrice des migrations et de l'intégration et de son adjoint, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils n'auraient pas été absents ou empêchés. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
9. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et mentionne l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A par le préfet d'Ille-et-Vilaine ainsi que l'adresse à laquelle l'intéressé réside à Nantes. Il relève que M. A ne peut quitter immédiatement le territoire français, et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé.
10. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que lors de sa retenue pour vérification du droit de circulation et de séjour, M. A a eu la possibilité d'exposer sa situation personnelle et de faire valoir des éléments susceptibles de justifier qu'il ne fasse pas l'objet d'une mesure d'éloignement. S'il n'a en revanche pas été spécifiquement invité à faire part de ses observations sur une éventuelle mesure d'assignation à résidence, il n'allègue pas qu'il aurait disposé d'éléments qui, s'ils avaient été portés à la connaissance de l'autorité administrative, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des droits de la défense doit être écarté.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 731-2 du même code : " L'étranger assigné à résidence en application de l'article L. 731-1 peut être placé en rétention en application de l'article L. 741-1, lorsqu'il ne présente plus de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement apprécié selon les mêmes critères que ceux prévus à l'article L. 612-3. () ".
12. Il résulte de ces dispositions que l'assignation à résidence, qui est une mesure alternative à la rétention administrative, est applicable aux étrangers présentant des garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement. Par conséquent, les circonstances, dont M. A se prévaut, qu'il dispose de telles garanties et qu'il n'existe pas de risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet sont seulement susceptibles de faire obstacle à son placement en rétention et non à son assignation à résidence. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en l'assignant à résidence. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette mesure présenterait un caractère disproportionné au regard de la situation de M. A.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation, d'une part, de l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'issue de ce délai et l'a interdit de retour sur le territoire français, et d'autre part, de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence, doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Touchard, au préfet d'Ille-et-Vilaine et au préfet de la Loire-Atlantique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
A. CORDRIE
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun,
contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026