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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400864

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400864

lundi 21 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400864
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSCP BERTHILIER & TAVERDIN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné le recours de M. E D et M. B D contre le refus de visas de long séjour pour réunification familiale. La juridiction a constaté un non-lieu à statuer pour M. B D, un visa lui ayant été délivré en cours d'instance. Pour M. E D, le tribunal a rejeté sa demande, estimant que la commission de recours avait pu légalement se fonder sur son âge (plus de 19 ans) pour refuser le visa, sans erreur d'appréciation au regard des articles L. 561-2 et L. 561-5 du CESEDA. La décision n'a pas non plus porté une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) ni méconnu l'intérêt supérieur de l'enfant (article 3-1 de la CIDE).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2024, M. E D et M. B D, représentés par Me Berthilier, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 19 septembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre les décisions du 9 juin 2023 de l'autorité consulaire française à Dakar (Sénégal) refusant de leur délivrer des visas de long séjour au titre de la réunification familiale, ainsi que ces décisions consulaires ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire délivrer ces visas ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que M. E D était âgé de moins de 19 ans à la date à laquelle il a déposé une précédente demande de réunification familiale et que M. B D étant le seul enfant mineur de la réunifiante, le motif tiré du caractère partiel de la réunification ne peut lui être opposé ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à leur droit de mener une vie privée et familiale normale, au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, conclut au rejet de la requête s'agissant de M. E D et au non-lieu à statuer sur la demande de M. B D.

Il fait valoir que :

- une note diplomatique d'instruction a été adressée à l'autorité consulaire à Dakar afin que soit délivrer le visa de long séjour sollicité pour M. B D ;

- les moyens soulevés par les requérants, concernant la demande de visa de M. E D, ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D, ressortissante malienne née le 17 octobre 1978, a obtenu le statut de réfugiée par une décision du 9 juin 2017 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Des visas de long séjour ont été sollicités, au titre de la réunification familiale, pour M. E D et M. B D, qui se présentent comme ses fils, auprès de l'autorité consulaire à Dakar (Sénégal), laquelle a rejeté ces demandes le 9 juin 2023. Par une décision implicite née le 19 septembre 2023, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre ces décisions consulaires. M. E D et M. B D demandent l'annulation de la décision de la commission de recours et de celles de l'autorité consulaire française à Dakar.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Le 9 avril 2025, postérieurement à l'enregistrement de la requête, l'autorité consulaire à Dakar a délivré un visa de long séjour au titre de la réunification familiale à M. B D. Par suite, les conclusions à fin d'annulation du refus de lui délivrer un tel visa, ainsi que celles à fin d'injonction sous astreinte y afférentes, sont devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de l'autorité consulaire à Dakar refusant de délivrer à M. E D le visa sollicité :

3. En vertu des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire, la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est substituée aux décisions de l'autorité consulaire française à Dakar. Il en résulte que les conclusions de la requête dirigées contre la décision par laquelle l'autorité consulaire à Dakar a rejeté la demande de visa de M. E D doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision de la commission de recours.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 19 septembre 2023 :

4. Pour rejeter le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre le refus de visa opposé à M. E D, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être regardée, ainsi qu'elle est réputée le faire en vertu des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comme s'étant fondée sur le motif retenu par ce refus consulaire, tiré de ce qu'il était âgé de plus de dix-neuf ans au jour du dépôt de sa demande de visa.

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes de l'article L. 561-5 du même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais () ". Pour l'application de ces dispositions, l'article R. 561-1 du même code prévoit que : " La demande de réunification familiale est initiée par la demande de visa des membres de la famille du réfugié ou du bénéficiaire de la protection subsidiaire mentionnée à l'article L. 561-5. Elle est déposée auprès de l'autorité diplomatique ou consulaire dans la circonscription de laquelle résident ces personnes ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'âge de l'enfant pour lequel il est demandé qu'il puisse rejoindre son parent réfugié sur le fondement de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être apprécié à la date de la demande de réunification familiale, c'est-à-dire à la date à laquelle est présentée la demande de visa à cette fin, sans qu'aucune condition de délai ne puisse être opposée. La circonstance que cette demande de visa ne peut être regardée comme effective qu'après son enregistrement par l'autorité consulaire, qui peut intervenir à une date postérieure, est sans incidence à cet égard. Par ailleurs, lorsqu'une nouvelle demande de visa est déposée après un premier refus définitif, il convient, pour apprécier l'âge de l'enfant, de tenir compte de cette demande, et non de la première demande.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E D a présenté une première demande de visa au titre de la réunification familiale, enregistrée le 10 mars 2021, laquelle a été rejetée par une décision du 28 février 2022 de l'autorité consulaire française à Dakar. En l'absence de recours formé devant la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France, cette décision est devenue définitive. Par suite, conformément aux principes rappelés au point 6, cette première demande ne peut, contrairement à ce que soutiennent les requérants, constituer la première démarche tendant à obtenir un visa au titre de la réunification familiale, à la date de laquelle aurait dû être apprécié l'âge de M. E D. Il ressort des pièces du dossier qu'une nouvelle demande de visa au titre de la réunification familiale a été formée par M. E D le 18 octobre 2022. A cette date, M. E D, né le 15 avril 2003, était âgé de plus de dix-neuf ans. Il ne pouvait, en conséquence, prétendre au bénéfice de la réunification familiale. Par suite, en rejetant la demande de visa présentée par M. E D au titre de la réunification familiale pour ce motif, la commission de recours contre les refus de visa d'entrée en France a fait une exacte application des dispositions citées au point 5 de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En se bornant à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les requérants n'apportent pas les précisions nécessaires pour permettre au tribunal d'apprécier la portée de ce moyen. En tout état de cause, alors qu'il n'est pas contesté que Mme D s'est établie en France en 2015, les éléments produits, à savoir l'acte de décès, le 25 mars 2022, du père des demandeurs et les justificatifs de quatre transferts d'argent au bénéfice d'un tiers, dont le premier réalisé en 2020, sont insuffisants pour établir l'intensité du maintien des liens familiaux entre la réunifiante et M. E D. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée porterait une atteinte disproportionnée au droit des intéressés de mener une vie privée et familiale normale.

10. En troisième et dernier lieu, M. E D, qui était majeur à la date de la décision attaquée, ne peut, dès lors, utilement se prévaloir des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par les requérants doivent, en tant qu'elles concernent le refus de visa opposé à M. E D, être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant au prononcé, dans cette même mesure, d'une injonction sous astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 600 euros à verser à M. B D, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours en tant qu'elle concerne M. B D, ainsi que celles à fin d'injonction sous astreinte y afférentes.

Article 2 : L'Etat versera à M. B D la somme de 600 (six cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à M. B D, et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Claire Chauvet, présidente,

Mme Françoise Guillemin, première conseillère,

M. Emmanuel Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juillet 2025.

Le rapporteur,

Emmanuel C

La présidente,

Claire Chauvet

La greffière,

Anne Voisin

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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