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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2400885

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2400885

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2400885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 2ème chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2024, Mme C D, représentée par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité compétente ;

- cet arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé de l'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 décembre 2023.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rimeu pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Rimeu a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, ressortissante gabonaise née le 3 septembre 1993, est entrée en France le 31 octobre 2020, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " étudiant ", valable du 30 octobre 2020 au 30 octobre 2021. Son titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 30 octobre 2022. Le 2 novembre 2022, elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire la délivrance d'un nouveau titre de séjour sans en préciser le fondement. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 23 mai 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal du 7 février 2024 et l'appel contre ce jugement a été rejeté par une ordonnance du président de la cour administrative d'appel du 27 mai 2024. Par la présente requête, Mme D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2023 lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de six mois.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. A B, directeur de l'immigration et des relations avec les usagers à la préfecture de Maine-et-Loire. Par arrêté du 31 août 2022 régulièrement publié le 31 août 2022 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les textes sur lesquels il se fonde, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne la situation administrative et personnelle de Mme D, notamment l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet, l'expiration du délai de départ volontaire, le fait qu'elle réside en France depuis moins de trois ans, qu'elle n'a pas d'activité professionnelle ni d'attaches familiales et que l'ensemble de sa famille réside au Gabon, où elle-même a vécu jusqu'à vingt ans. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé, en droit et en fait.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation de l'arrêté contesté, que, contrairement à ce que soutient Mme D, le préfet de Maine-et-Loire a procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de la requérante avant de lui interdire le retour sur le territoire français pendant six mois. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen de la situation de Mme D doit être écarté.

5. En quatrième lieu, les conditions de notification d'une décision administrative sont sans incidence sur la légalité. Par suite, Mme D ne peut utilement invoquer, à l'encontre de l'arrêté litigieux, la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile imposant à l'autorité administrative, lors de la notification d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'informer la personne étrangère concernée du signalement aux fins d'admission dans le système d'information Schengen dont elle fait l'objet.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

7. Mme D soutient que pendant son séjour de trois ans en France, elle y a noué des liens privés et familiaux et qu'elle est bien intégrée. Toutefois, non seulement elle ne produit aucune pièce de nature à établir ces liens et leur intensité, mais il n'est pas contesté qu'elle est célibataire et que l'ensemble de sa famille vit au Gabon, où elle a elle-même vécu jusqu'à vingt ans. Par suite, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas, en décidant de lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée de six mois, porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard de buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, la requérante, en se bornant à faire état des liens qu'elle a noués en France pendant les trois ans qu'elle y a passés en qualité d'étudiante, n'établit pas que l'interdiction de retour litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées par son avocat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Fait à Nantes, le 9 octobre 2024.

La magistrate déléguée,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire

en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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