mardi 23 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2401212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | TOUCHARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 janvier 2024 et le 8 juillet 2024, Mme A B, représentée par Me Touchard, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de lui délivrer un titre de séjour, dans un délai de sept jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer son dossier dans les deux mois de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en lui délivrant, dans les sept jours de cette notification, une autorisation de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas assez motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît le § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont méconnus ;
- l'obligation de présentation est illégale en conséquence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 juin 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Durup de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Durup de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante ivoirienne née en 1995, Mme A B est arrivée sur le territoire français, le 25 décembre 2020 selon ses déclarations. La demande d'asile qu'elle avait présentée a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 29 août 2023 et une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 18 décembre 2023. Par l'arrêté du 15 janvier 2024 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai et lui a prescrit de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte. Mme B ayant été admise en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait constituant le fondement de la décision de son auteur de faire obligation à Mme B de quitter le territoire français. Dès lors, cette décision est régulièrement motivée.
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B se trouve dans le cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le préfet peut faire obligation à l'étranger de quitter le territoire français.
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Le séjour de la requérante en France, remontant au mois de décembre 2021, demeure récent et la durée de ce séjour jusqu'au mois de décembre 2023 ne s'explique que par l'examen de la demande d'asile qu'elle avait présentée. Mme B est célibataire et ne justifie d'aucun lien particulier, de nature privée ou familiale, ancien et stable en France. Si elle fait valoir être la mère d'un enfant né le 6 juillet 2023 en France, en présentant un acte de naissance comportant une identité de la mère différente de celle dont font état la requête et l'arrêté attaqué, elle ne conteste pas que cet enfant est lui-même de nationalité ivoirienne et Mme B ne justifie pas d'une circonstance qui ferait obstacle à ce que cet enfant puisse accompagner sa mère. Ne ressort pas non plus du dossier une circonstance qui ferait obstacle à ce que cet enfant accompagne sa mère, qui en a la responsabilité de la garde, de l'entretien et de l'éducation, hors de France et, si la requérante fait état des conséquences graves qu'un retour en Côte d'Ivoire aurait pour elle et son fils, elle n'apporte toutefois sur ce point aucune précision ni justification quelconque. Il n'est pas justifié d'une communauté de vie avec la personne dont cet acte de naissance indique qu'il est le père de l'enfant, non plus que de la situation de séjour de cette personne. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de Mme B en France, comme des effets d'une obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Vendée, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, n'a pas porté au droit de Mme B, dont il a examiné la situation, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Vendée aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de Mme B.
7. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, de autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
8. La requérante soutient être la mère d'un enfant né en France en 2023 et fait valoir que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français méconnaît l'intérêt supérieur de cet enfant.
9. D'une part, alors que la requérante fait valoir être Mme A B, ressortissante ivoirienne née le 13 juin 1995 à Zuenoula, en Côte d'Ivoire, l'acte de naissance d'un enfant né le 6 juillet 2023 à Fontenay-le-Comte qu'elle présente désigne la mère de cet enfant comme étant une personne répondant à une autre identité, née le 13 juin 2000 à Bouaké, en Côte d'Ivoire. Quand bien même la requérante, qui à la vérité ne justifie ni de son identité ni de sa nationalité, fait valoir avoir fait état de cette autre identité en Italie, il n'est, dans ces conditions, pas justifié que l'enfant dont elle indique être la mère est celui dont la naissance à Fontenay-le-Comte a donné lieu, le 7 juillet 2023, à l'établissement de l'acte de naissance qu'elle présente. Il en résulte qu'il n'est pas établi qu'en mentionnant que la requérante est " sans enfant ", le préfet de la Vendée aurait commis une erreur de fait.
10. D'autre part, à supposer que l'enfant dont la requérante soutient être la mère serait néanmoins celui désigné par cet acte de naissance, ce dernier fait état de ce que le père de l'enfant est un homme sans profession né au Mali le 18 mai 1993, dont le nom est le même que celui de l'enfant, qu'il a reconnu le 26 mai 2023 à la mairie de Nantes et dont l'adresse du domicile est à Nantes, tandis que l'adresse du domicile de la mère de l'enfant dont fait état cet acte est à Fontenay-le-Comte, à l'adresse de l'hébergement d'urgence pour demandeurs d'asile qui est celui de la requérante. Ne ressort pas du dossier l'effectivité d'une communauté de vie entre la requérante et le père de cet enfant. N'en ressort pas non plus une participation effective de cet homme à la garde, à l'entretien ou à l'éducation de cet enfant. Aucune précision ne ressort non plus du dossier quant à la situation de séjour de cette personne. Dans ces conditions, il ne ressort pas du dossier que le départ de cet enfant avec sa mère hors du territoire français aurait pour effet de le priver de la présence habituelle d'une personne en contribuant effectivement à la garde, à l'entretien et à l'éducation. Il n'en ressort pas non plus que l'obligation faite à sa mère de quitter le territoire français exposerait cet enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, son éducation ou sa moralité. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du § 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
11. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, Mme B n'est pas fondée à soutenir que celle fixant le pays de destination et celle lui prescrivant de se présenter une fois par semaine à la brigade de gendarmerie de Fontenay-le-Comte sont illégales en raison de l'illégalité de cette obligation.
12. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Selon cet article 3 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
13. Il n'est pas établi que la vie ou la liberté de Mme B seraient menacées dans le pays dont elle est la ressortissante ni qu'il y aurait des raisons sérieuses de croire qu'elle risquerait effectivement et personnellement d'y être soumise à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
14. Si Mme B soutient que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle se borne, à l'appui de ce moyen, à faire valoir des conséquences graves qu'un retour en Côte d'Ivoire aurait pour elle et son fils allégué, sans toutefois apporter aucune précision ni justification, ainsi qu'à faire grief au préfet de n'apporter aucune précision quant aux conditions de retour et de vie dans le pays d'origine, alors que l'arrêté attaqué, régulièrement motivé, n'avait pas l'obligation de comporter des précisions à ce titre. Pour le surplus et alors que la décision fixant le pays de destination est distincte de celle portant obligation de quitter le territoire français, Mme B n'assortit pas le moyen ainsi dirigé contre la première de ces deux décisions des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé. Dès lors, ce moyen doit être écarté.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne peut être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'elle présente.
Sur les frais liés au litige :
16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Vendée et à Me Touchard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026