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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401297

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401297

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 2ème chambre
Avocat requérantGUERIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et deux mémoires enregistrés le 26 janvier 2024, le

10 octobre 2024 et le 15 octobre 2024, M. D B, représenté par

Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa situation et de le munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à

Me Guérin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée et n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas du caractère définitif du rejet de sa demande d'asile et que sa fille bénéficie d'une attestation de demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car il justifie remplir les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- la décision méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 mai 2024 et le 14 octobre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

2 octobre 2024.

II. Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 janvier 2024 et le

10 octobre 2024, Mme E C, représentée par Me Guérin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de sa situation et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui devra être versée à

Me Guérin en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- le droit d'être entendue tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée et n'a pas examiné sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'erreur de fait ;

- elle méconnaît le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet ne justifie pas du caractère définitif du rejet de sa demande d'asile et que sa fille bénéficie d'une attestation de demande d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car elle justifie remplir les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi que la décision ait été signée par une autorité compétente ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination ;

- la décision méconnaît les articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 13 mai 2024 et le 14 octobre 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

2 octobre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le traité sur l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Rimeu pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rimeu,

- et les observations de Me Guérin, représentant M. B et Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante azerbaïdjanaise née le 14 janvier 1999 et M. B, ressortissant azerbaïdjanais, né le 18 mars 1991, sont entrés en France en décembre 2019. Leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 13 mai 2022. Leurs demandes de réexamen ont été rejetées par des décisions de l'OFPRA du 27 juillet 2023. Par deux arrêtés du 11 janvier 2024, pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire-Atlantique leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de quarante-cinq jours et a fixé le pays de destination. Mme C dans la requête n° 2401297 et M. B dans la requête n° 2401289 demandent l'annulation de ces arrêtés.

2. Les requêtes n° 2401297 et 2401289 introduites respectivement par Mme. C et M. B sont relatives à la situation d'un même couple et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les moyens soulevés à l'encontre de l'ensemble des décisions contestées :

3. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme A, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du

13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de ce département l'a habilitée à signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire et celles fixant le pays d'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit donc être écarté.

4. En second lieu, les arrêtés contestés visent les textes dont il est fait application, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énoncent avec suffisamment de précision les éléments de fait tenant notamment à la situation personnelle et familiale des requérants et à l'absence de craintes de traitements inhumains ou dégradants dans leur pays d'origine. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination mentionnent ainsi les motifs de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Il suit de là que le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre la personne intéressée lorsque celle-ci a déjà eu la possibilité de présenter son point de vue de manière utile et effective. En particulier, il n'implique pas l'obligation, pour le préfet, d'entendre la personne étrangère spécifiquement au sujet de l'obligation de quitter le territoire français qu'il envisage de prendre après avoir statué sur le droit au séjour à l'issue d'une procédure ayant respecté son droit d'être entendu.

6. M. B et Mme C soutiennent que les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance de leur droit à être entendus et sans qu'ils aient bénéficié d'une procédure contradictoire préalable. Toutefois, lorsqu'il ou elle présente une demande d'asile, l'étranger ou l'étrangère, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français sur ce fondement, ne peut ignorer qu'en cas de rejet de sa demande, il ou elle pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, dans ces conditions, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il ou elle juge utiles. Il lui est également loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de présenter auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Enfin, quand elle statue à la demande d'une personne, demandeur ou demandeuse d'asile notamment, aucune procédure contradictoire n'est à mettre en œuvre.

7. En l'espèce, il n'est pas contesté que les intéressés n'ont pas utilisé cette faculté tout au long de l'instruction de leurs demandes d'asile alors qu'ils en avaient la possibilité. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B et Mme C n'auraient pas été mis à même, préalablement à l'édiction des décisions attaquées, de communiquer au préfet de la

Loire-Atlantique tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des décisions à intervenir les concernant à la suite du rejet de leurs demandes d'asile. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que les décisions les obligeant à quitter le territoire français auraient été prises en violation de leur droit d'être entendus et sans procédure contradictoire préalable.

8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment de la motivation des arrêtés contestés, que le préfet de la Loire-Atlantique se serait estimé en situation de compétence liée au regard des décisions de rejet des demandes d'asile des requérants par l'OFPRA et la CNDA et qu'il n'aurait pas examiné la situation personnelle de chacun des requérants avant de les obliger à quitter le territoire français.

9. En troisième lieu, l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

10. Il ressort des pièces du dossier que les demandes de réexamen de leurs demandes d'asile présentées par les requérants ont été définitivement rejetées par des décisions de l'OFPRA du 27 juillet 2023 qui leur ont été notifiées le 31 juillet 2023 et que la demande d'asile de leur fille née le 29 avril 2023 a été définitivement rejetée par une décision de l'OFPRA du

21 septembre 2023 notifiée le 12 octobre 2023. Par suite, les décisions contestées ne sont pas entachées d'erreur de fait et le préfet pouvait légalement obliger M. B et Mme C à quitter le territoire français en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. "

12. Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elle prévoit des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

13. D'une part si M. B a fait part à l'OFII en septembre et octobre 2021 de ses douleurs au pied et à la cheville droite et de la chirurgie orthopédique prévue le

7 décembre 2021 pour y remédier, ces éléments, qui témoignent de ce que la chirurgie nécessaire était réalisée dix-huit mois avant l'obligation de quitter le territoire français et ne laissent pas présager d'affection grave et durable, n'étaient pas suffisamment précis pour établir que

M. B présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans le champ du 9° de l'article L. 611-3. Dès lors, le préfet n'était pas tenu de recueillir l'avis du collège de médecins de l'OFII avant d'obliger M. B à quitter le territoire français.

14. D'autre part, si les pièces médicales produites établissent que M. B prend un traitement à base d'antalgiques et d'anti-inflammatoires, que Mme C a souffert d'une tuberculose pulmonaire fin février 2022, laquelle a nécessité ensuite des antalgiques et un bilan sanguin, et que leur fille a besoin d'un bilan allergologique et de séances de kinésithérapie, ces éléments sont insuffisants pour établir que l'état de santé de M. B, Mme C ou de leur fille nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut est susceptible d'entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que les antalgiques, anti-inflammatoires, la biologie médicale, la kinésithérapie ou l'allergologie ne serait pas disponible en Azerbaïdjan. Ainsi, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3.

15. En cinquième lieu, l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prescrit pas la délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Le préfet de la Loire-Atlantique n'avait donc pas l'obligation de rechercher d'office s'il y avait lieu de délivrer aux requérants des titres de séjour sur ce fondement. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté comme inopérant.

16. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Et aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

17. Si les requérants sont présents depuis plus de quatre ans en France, où est née leur fille en avril 2023, il ressort des pièces du dossier que ni M. B, ni Mme C ni leur fille n'était en situation régulière à la date des arrêtés contestés, la demande d'asile de Mélissa ayant été définitivement rejetée par une décision de l'OFPRA du 21 septembre 2023 notifiée le 12 octobre 2023. De même, si les parents et frères et sœurs de Mme C sont également présents en France, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'un ou l'une d'entre eux bénéficierait d'un titre de séjour. Les circonstances que le père de Mme C a sollicité un titre de séjour et que son frère serait marié avec une ressortissante ukrainienne titulaire d'un titre de séjour, circonstance au demeurant non établie, ne sont pas suffisantes pour justifier que la famille de Mme C a vocation à se maintenir durablement en France. Il en est de même de la circonstance que sa jeune sœur, mineure, est scolarisée en France depuis son arrivée. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées, qui n'ont pas pour effet de séparer leur enfant de ses parents, portent une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 paragraphe 1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés.

Sur les autres moyens soulevés à l'encontre des décisions fixant le pays de destination :

18. En premier lieu, il résulte des points 3 à 18 que l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Il suit de là que M. B et Mme C ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de celles fixant le pays de destination.

19. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du

4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d'une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi () ". Et aux termes de l'article 3 de la même convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

20. Si M. B et Mme C soutiennent que M. B est un opposant politique, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer la réalité de l'activité politique de M. B et des craintes qu'ils invoquent pour ce motif en cas de retour en Azerbaïdjan, alors, ainsi qu'il a été dit, que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté leurs demandes d'asile et leurs demandes de réexamen. Par suite, faute d'établir qu'ils encourraient personnellement, en cas de retour dans leur pays, des risques pour leur vie ou leur liberté ou qu'ils y seraient exposés à des traitements inhumains ou dégradants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations et dispositions citées au point précédent ne peut qu'être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B et Mme C à fin d'annulation, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et d'astreinte et leurs demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et Mme C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à

Mme E C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Guérin..

Fait à Nantes, le 23 octobre 2024.

La magistrate désignée,

S. RIMEU

La greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Loire Atlantique

en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2401289 et N° 2401297

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