LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401349

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401349

vendredi 27 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantPRONOST

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre deux décisions de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, l'une implicite et l'autre explicite du 25 octobre 2023, refusant des visas de long séjour à des membres de la famille d'une réfugiée malienne. Les requérants contestaient notamment l'insuffisance de motivation, la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les décisions attaquées étaient fondées sur le motif que le lien de filiation entre les demandeurs de visa et la réunifiante n'était pas établi, et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à la réunification familiale des réfugiés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 janvier 2024 et le 18 février 2025, Mme I H, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale des enfants mineurs J B, F B et K A, Mme E B et Mme D B, représentées par Me Pronost, demandent au tribunal :

1°) d'admettre Mme I H, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France sur le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) du 19 juillet 2022 refusant de délivrer à Mme E B et Mme C B et aux jeunes J B et F B des visas de long séjour en qualité de membre de la famille d'une réfugiée ;

3°) d'annuler la décision du 25 octobre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) du 2 juin 2023 refusant de délivrer à Mme E B et Mme C B et aux jeunes J B et F B des visas de long séjour en qualité de membre de la famille d'une réfugiée ;

4°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen des demandes dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 440 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ou, si la demande d'aide juridictionnelle est rejetée, à leur profit en application des dispositions de ce dernier article.

Elles soutiennent que :

* s'agissant de la décision implicite de rejet, née le 15 novembre 2022, de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur leur situation personnelle.

* s'agissant de la décision explicite du 25 octobre 2023 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

- il appartiendra au ministre de l'intérieur d'établir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui s'est réunie le 25 octobre 2023, était régulièrement composée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est considérée, à tort, en situation de compétence liée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de leur situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard aux conséquences qu'elle emporte sur leur situation personnelle ;

- le nouveau motif opposé par le ministre de l'intérieur ne peut fonder les refus de visa attaqués dès lors que le lien de filiation des demandeurs de visa avec la réunifiante est établi par les actes d'état civil produits.

Par des mémoires en défense enregistrés le 16 février 2025 et le 17 février 2025, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision du 25 octobre 2023 peut être également fondée sur le motif tiré de ce que le lien de filiation des demandeurs de visa avec la réunifiante n'est pas établi ;

- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.

Mme H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale sur les droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fessard-Marguerie,

- les conclusions de Mme Heng, rapporteure publique,

- et les observations de Me Pronost, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante malienne, déclare être la mère de Mme E B, de Mme C B, des jeunes J B et F B, issus de son union avec M. B, décédé en 2011, et de G et K A, issues de son union actuelle avec M. L A. L'enfant K a été admise au statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 14 janvier 2021. Mme E B, Mme C B et les jeunes J B et F B ont sollicité des visas de long séjour auprès de l'autorité consulaire française à Bamako (Mali) au titre de la réunification familiale, qui leur ont été refusés par des décisions du 19 juillet 2022. Par une décision implicite née le 15 novembre 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions consulaires. Les intéressés ont ensuite présenté de nouvelles demandes de visa de long séjour au titre de la réunification familiale, qui ont été rejetées par des décisions du 2 juin 2023 de la même autorité. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 25 octobre 2023, rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires. Par leur requête, Mme I H, Mme E B et Mme D B demandent l'annulation de la décision implicite de rejet de la commission née le 15 novembre 2022 et de la décision explicite du 25 octobre 2023.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 4 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme I H au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Les conclusions tendant à ce que Mme I H soit provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont ainsi devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 15 novembre 2022 :

3. En premier lieu, d'une part, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. " L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. " Enfin, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. "

4. D'autre part, aux termes de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable, en vertu de l'article 3 du décret du 29 juin 2022 relatif aux modalités de contestation des refus d'autorisations de voyage et des refus de visas d'entrée et de séjour en France, aux demandes ayant donné lieu à une décision diplomatique ou consulaire prise à compter du 1er janvier 2023 : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours. "

5. Les dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que si le recours administratif préalable obligatoire formé contre une décision de refus d'une demande de visa fait l'objet d'une décision implicite de rejet, cette décision implicite, qui se substitue à la décision initiale, doit être regardée comme s'étant approprié les motifs de la décision initiale. Dans le cadre de la procédure de recours administratif préalable obligatoire applicable aux refus de visa, il en va de même, avant l'entrée en vigueur de ces dispositions, si le demandeur a été averti au préalable par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'une telle appropriation en cas de rejet implicite de sa demande.

6. Les décisions consulaires ont été rendues le 19 juillet 2022, soit avant l'entrée en vigueur des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Les demandeurs de visa n'ont pas été destinataires de l'accusé réception de la commission de recours contre les décisions de refus de visa les informant, en cas de décision implicite, de l'appropriation des motifs de la décision consulaire. Dès lors, la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ne peut être regardée comme s'étant approprié les motifs des décisions de l'autorité consulaire française à Bamako.

7. Si les requérantes soutiennent que la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours des demandeurs de visa n'est pas motivée, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier qu'elles auraient, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, présenté une demande de communication des motifs de cette décision. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

8. En deuxième lieu, les requérantes ne contestent pas, par les moyens soulevés, le motif fondant la décision attaquée et tiré de ce que le lien familial avec la réfugiée ne correspond pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa dans le cadre de la procédure de réunification familiale.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : () / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Il est constant que Mme E B, Mme C B et les jeunes J B et F B n'entrent pas dans le champ de la procédure de réunification familiale dès lors qu'ils sont les sœurs et frère de K A, qui seule a la qualité de réfugié et que leur mère, Mme H, est déjà sur le territoire français depuis 2019. Si Mme H expose avoir quitté le Mali avec la jeune G A, qui a été excisée à l'âge de deux semaines, il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que Mme E B, Mme C B et les jeunes J B et F B seraient isolés au Niger, pays dans lequel ils vivent ensemble depuis le décès de leur père en 2011, et où ils sont scolarisés et pris en charge financièrement par leur mère depuis la France comme en attestent les bordereaux de transfert d'argent. Les requérants ne se prévalent d'aucune menace particulière, hormis le vol dont a été victime E B, la nuit du 31 octobre 2022. Ainsi, ils ne peuvent être regardés comme étant dans une situation de vulnérabilité particulière. Enfin, Mme H a la possibilité de se rendre au Niger afin de leur rendre visite, ce qu'elle a d'ailleurs fait en décembre 2022. Par suite, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir que la décision attaquée porte une atteinte excessive à leur droit de mener une vie privée et familiale normale et qu'elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Enfin, pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle des intéressés.

11. En quatrième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. "

12. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant est inopérant en ce qui concerne Mme E B, qui était majeure à la date de la décision attaquée. Pour Mme C B et les jeunes J B et F B, et alors que Mme H ne produit que peu d'éléments sur ses capacités d'accueil et de prise en charge sur le territoire français des demandeurs de visa, le moyen doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 15 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 25 octobre 2023 :

14. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, pour rejeter le recours formé par les demandeurs de visa, s'est fondée sur les articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant ainsi que sur le motif tiré de ce que le lien familial des intéressés avec la réunifiante, qui réside en France avec ses deux parents, ne correspond pas à l'un des cas permettant d'obtenir un visa au titre de la réunification familiale en application de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que Mme H, mère alléguée des demandeurs de visa, peut introduire une demande de regroupement familial à leur bénéfice.

15. Il ressort de la motivation de la décision attaquée que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, alors même qu'elle a visé dans sa décision l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale sur les droits de l'enfant, s'est bornée à vérifier l'éligibilité des demandeurs de visa à la procédure de réunification familiale et n'a pas procédé à un examen particulier des incidences des refus de visa en litige au regard de la vie privée et familiale de l'ensemble des intéressés, ni vérifié que ces refus ne méconnaissaient pas l'intérêt des enfants concernés. La mention de la possibilité pour Mme H, mère des demandeurs, d'introduire une demande de regroupement familial, qui constitue un simple rappel de la procédure applicable, ne peut être regardée comme révélant l'existence d'un tel examen. Par suite, les requérantes sont fondées à soutenir que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas procédé à un examen particulier de la situation des demandeurs de visa et qu'elle a entaché sa décision d'erreur de droit.

16. Si le ministre de l'intérieur demande au tribunal de procéder à une substitution du motif de la décision attaquée, cette éventuelle substitution ne saurait, en tout état de cause, remédier à l'erreur de droit résultant du défaut d'examen particulier de la situation des demandeurs de visa.

17. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que les requérantes sont fondées à demander l'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 25 octobre 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

18. Eu égard au motif d'annulation, le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen des demandes de visa par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

19. Mme H a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser Me Pronost, sous réserve que celle-ci renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme H au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 25 octobre 2023 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen des demandes de visa par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Pronost la somme de 1 200 (mille deux cents) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que cette dernière renonce au versement de la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme I H, à Mme E B, à Mme D B, à Me Pronost et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme M, première-conseillère,

Mme Fessard-Marguerie, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2025.

La rapporteure,

A. FESSARD-MARGUERIE

La présidente,

V. POUPINEAU

La greffière,

J. BOSMAN

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

← Retour aux décisions