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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401500

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401500

lundi 22 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantSUMMERFIELD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a examiné la requête de Mme A B, ressortissante nigériane réfugiée, contestant le refus implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa de délivrer un visa de long séjour à son fils C B au titre de la réunification familiale. Le tribunal a rejeté la requête, estimant que les documents fournis ne permettaient pas d’établir le lien de filiation entre l’enfant et le père décédé, ni que l’autre parent était décédé ou déchu de ses droits, conformément à l’article L. 561-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a également écarté les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme et de l’article 3 de la Convention internationale des droits de l’enfant, faute de preuve suffisante du lien familial. La solution retenue est le rejet des conclusions à fin d’annulation et des demandes accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2024, Mme A B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de l'enfant C B, représentée par Me Summerfield, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 16 décembre 2023 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision du 20 septembre 2023 de l'autorité consulaire française à Abuja (Nigéria) refusant de délivrer à l'enfant C B un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, de faire délivrer ce visa ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de Me Summerfield, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors que le père de C est décédé et qu'elle établit le lien de filiation avec ce dernier ;

- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2025, le ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 octobre 2024, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Des notes en délibéré, présentées par la requérante, ont été enregistrées les 1er et 4 septembre 2025 et n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Bernard a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante nigériane née le 10 octobre 1982, a obtenu le statut de réfugié par une décision du 16 juillet 2019 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Un visa de long séjour a été sollicité, au titre de la réunification familiale, pour l'enfant C B qu'elle présente comme son fils, auprès de l'autorité consulaire française à Abuja (Nigéria), laquelle a rejeté sa demande le 20 septembre 2023. Par une décision implicite née le 16 décembre 2023, dont Mme B demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé contre cette décision consulaire.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 23 octobre 2024, le bureau d'aide juridictionnelle a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, les conclusions de la requête tendant à son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes des dispositions de l'article D. 312-8-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de décision explicite prise dans le délai de deux mois, le recours administratif exercé devant les autorités mentionnées aux articles D. 312-3 et D. 312-7 est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée. L'administration en informe le demandeur dans l'accusé de réception de son recours ". Il ressort des dispositions précitées que la décision en litige doit être regardée comme étant fondée sur le même motif que la décision consulaire à laquelle elle s'est substituée, tiré de ce que les documents produits ne permettent pas de justifier que le lien de filiation n'est établi qu'à l'égard de la personne que le demandeur de visa entend rejoindre en France ou que l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux ou qu'il aurait été confié à Mme B au titre de l'autorité parentale en vertu d'une décision étrangère.

4. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. / () / L'âge des enfants est apprécié à la date à laquelle la demande de réunification familiale a été introduite. ". Aux termes des dispositions de l'article L. 561-5 de ce code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux ".

5. La circonstance qu'une demande de visa de long séjour ait pour objet le rapprochement familial de l'enfant d'une personne admise à la qualité de réfugié ne fait pas obstacle à ce que l'autorité administrative refuse la délivrance du visa sollicité en se fondant, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, sur un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir la réalité du lien de filiation produits à l'appui de la demande de visa.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil, dans sa version en vigueur à compter du 4 août 2021 : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".

7. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

8. Enfin, il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux et ou révélerait une situation contraire à la conception française de l'ordre public international.

9. Pour justifier qu'elle dispose sur le demandeur d'une autorité parentale exclusive, Mme B verse à l'instance un certificat attestant du décès, le 1er janvier 2018, de M. D B, qu'elle présente comme le père de l'intéressé. Toutefois, ainsi que le relève le ministre, il ressort des pièces du dossier que le fils allégué de la requérante est en possession de deux actes de naissance, l'un établi le 1er janvier 2009 au centre d'enregistrement de l'hôpital central de Bénin-City/Oredo sous le numéro III/09/07, l'autre établi le 4 décembre 2019 au centre d'Ogheghe de Bénin-City sous le numéro I/19/1726. La coexistence, pour la même personne, de plusieurs actes, aux numéros différents et établis par des centres d'état civil distincts, est de nature à remettre en cause leur caractère probant. Ainsi, alors que la requérante n'apporte aucune explication sur ce point et que les actes eux-mêmes ne comportent par ailleurs aucune mention susceptible d'expliquer cette coexistence, leur caractère authentique n'est pas établi. Les autres éléments versés aux débats, tenant seulement aux déclarations de Mme B lors du dépôt de sa demande d'asile, et à un document, au demeurant non-traduit, présenté comme une déclaration sous serment de sa mère, ne suffisent pas à établir un lien de filiation par possession d'état. Par suite, l'identité du demandeur et le lien de filiation allégué ne peuvent être regardés comme établis par les documents produits ou la possession d'état, et la requérante ne peut, partant, pas utilement faire valoir que le père allégué de l'enfant serait décédé. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la commission de recours aurait entaché sa décision d'une erreur de fait en se fondant sur le motif mentionné au point 3.

10. En second lieu, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, faute d'établissement de l'identité du demandeur de visa et de son lien de filiation avec Mme B, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission de Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 1er septembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Penhoat, président,

Mme Guillemin, première conseillère,

M. Bernard, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2025.

Le rapporteur,

E. BERNARD

Le président,

A. PENHOATLa greffière,

A. VOISIN

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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