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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2401560

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2401560

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2401560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 février 2024, M. D C B et Mme A E représentés par Me Perrot, demandent au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 3 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui accorder le regroupement familial au profit de Mme E et de l'enfant Mazen D C B ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer la demande de regroupement familial dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la condition d'urgence est satisfaite en ce que depuis le couple a été diligent pour mener la procédure de regroupement, que le couple est séparé et le requérant n'a pas encore pu voir son enfant âgé d'un an ; que la requérante et l'enfant ont dû fuir en raison du conflit au Soudan et vivent dans des conditions précaires à la frontière tchadienne et que son recours pour excès de pouvoir sera examiné à une date inconnue, l'illégalité de la décision étant d'ores et déjà acquise ;

- les moyens qu'ils soulèvent sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision portant refus de lui accorder le regroupement familial :

* la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

*elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle ne permet pas de comprendre les motifs de non-conformité de son logement permettant de lui refuser le regroupement familial ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles L. 434-2, L. 434-7 et R. 434-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est juste reproché un système de chauffage de la salle de bain obsolète lequel ne constitue pas un motif opposable notamment en ce qu'il ne contrevient pas aux normes de sécurité et il en va de même du mauvais état général du logement

*elle est entachée d'une erreur de calcul de la surface du logement ;

*elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé lié par l'avis de l'OFII ;

*elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle des requérants ;

* elle méconnaît leur droit au respect de leur vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'intérêt supérieur de leur enfant garanti par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par mémoire en défense, enregistré le 12 février 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en ce que les requérants ne justifient pas de l'existence d'une communauté de vie intense et continue eu égard au caractère récent du mariage comme de la naissance de l'enfant par rapport à la durée de présence en France du requérant qui a pu se déplacer dans son pays d'origine pour épouser la requérante ;

- aucun des moyens de la requête n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée notamment en ce que le logement du requérant était encore classé en zone C lors de son inspection laquelle a révélé une surface insuffisante et des réseaux et branchements d'électricité et de gaz ainsi que les équipements de production de chauffage et d'eau ne sont pas conformes aux normes de sécurité ;

Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 29 décembre 2023 M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête par laquelle M. C B et Mme E demandent l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours l'audience publique du 14 février 2024 à 9h45 :

- Le rapport de M. Echasserieau, juge des référés ;

- et les observations de Me Perrot représentant M. C B et Mme E en présence du requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant soudanais né le 10 novembre 1995, est entré en France le 1er juin 2015 et s'est vu reconnaître le bénéfice de la protection subsidiaire le 15 décembre 2017. Le 25 janvier 2023, il a sollicité auprès des services de la préfecture de la Vendée le bénéfice du regroupement familial pour son épouse Mme E et leur enfant né le 15 novembre 2022 que le préfet de la Vendée lui a refusé par une décision du 3 novembre 2023 dont M. C B demande la suspension par la présente requête.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ".

3. En premier lieu, la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C B vit séparé de son épouse avec laquelle il s'est marié en Ethiopie le 28 février 2022 et de son fils né le 15 novembre 2022 alors qu'il soutient sans être contesté que sa famille a été contrainte de fuir le Soudan en raison du contexte de violence généralisé et qu'elle vit actuellement dans des conditions très précaires à la frontière tchadienne. Dans ces conditions, eu égard à ce qui précède, bien que la famille formée par les requérants soit relativement récente, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. En second lieu, les moyens invoqués à l'encontre de la décision litigieuse, tirés de ce que les termes de la décision attaquée, qui, par l'emploi de la conjonction de coordination " donc " lient l'enquête de l'OFII à la décision défavorable du préfet, démontrent que le préfet s'est estimé lié par cet avis, que ces mêmes termes ne permettent pas d'établir que le préfet a pris en compte la situation familiale, rappelée au point 4 avant de prendre sa décision et enfin que le caractère obsolète du chauffage, constaté par l'OFII ne constitue pas un motif permettant à lui seul de retenir le mauvais état du logement susceptible de fonder un refus de regroupement familial paraissent, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée du 3 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a opposé un refus à la demande de regroupement familial déposée par M. C B.

6. Il résulte de tout ce qui précède que M. C B et Mme E sont fondés à demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée jusqu'à ce qu'il soit statué sur la requête en annulation par le juge du fond.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. La présente ordonnance implique nécessairement d'enjoindre au préfet de la Vendée de procéder à un nouvel examen de la demande de regroupement familial présentée par M. C B au regard des motifs de la présente ordonnance, dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette ordonnance. Il n'y a pas lieu, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

8. M. C B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Perrot d'une somme de 800 euros.

O R D O N N E :

Article 1 : La décision du 3 novembre 2023 par laquelle le préfet de la Vendée a opposé un refus à la demande de regroupement familial déposée par M. C B est suspendu jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête en annulation.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Vendée de procéder au réexamen de la situation de M. C B, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. C B la somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ledit conseil renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C B et Mme E est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C B, à Mme A E, à Me Perrot et au préfet de la Vendée.

Fait à Nantes, le 16 février 2024.

Le juge des référés,

B. Echasserieau

Le greffier,

J-F. MerceronLa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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