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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402012

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402012

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantROULLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2024, Mme C A B, représentée par Me Roulleau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 janvier 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à tout le moins, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au profit de son conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le préfet a méconnu l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle présente un syndrome dépressif d'intensité sévère qui nécessite une prise en charge spécifique en France ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- l'origine de son traumatisme trouvant son origine dans les évènements qui l'ont conduite à fuir le Cameroun, le retour dans ce pays est impossible ;

- elle est originaire de la ville de Bayangam au Cameroun caractérisée par une situation de violence aveugle et généralisée ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par Mme A B n'est fondé.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 6 août 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Douet, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Douet a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A B, ressortissante camerounaise née le 30 juillet 1977, est entrée en France le 1er mars 2018. L'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile le 8 novembre 2022, décision qui a été confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 27 avril 2023. Par arrêté du 15 juin 2023, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai. Par un jugement du 23 novembre 2023, le tribunal de céans a annulé cet arrêté au motif que l'état de santé de la requérante était susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement et enjoint l'administration de réexaminer la situation de l'intéressée. Dans le cadre de ce réexamen, le préfet de Maine-et-Loire a, par un arrêté du 2 janvier 2024, fait de nouveau obligation à Mme A B de quitter le territoire français. Mme A B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

2. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. " Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

3. Le collège des médecins de l'OFII a précisé, dans son avis du 19 décembre 2023, que l'état de santé de la requérante nécessitait une prise en charge médicale dont toutefois le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une extrême gravité et, qu'au vu des éléments du dossier, son état de santé pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Aucun des documents médicaux produits n'infirme cet avis et Mme A B ne justifie pas d'une pathologie susceptible de nécessiter une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Elle n'est dès lors pas fondée à soutenir que son état de santé fait obstacle à son éloignement, ni que les dispositions du 9e alinéa de l'article L. 611- 3 lui sont applicables.

Sur la décision fixant le pays de destination :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". La requérante qui soutient ne pouvoir retourner au Cameroun en raison de troubles mentaux qui ne pourraient y être soignés ne justifie pas, par les documents produits, qu'elle serait exposée à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 précité. Elle invoque également le climat de violence généralisée qui règne dans sa région d'origine. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, la requérante ne fait état d'aucun élément nouveau permettant d'établir la réalité des risques actuels et personnels auxquels elle serait directement exposée en cas de retour au Cameroun. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A B ne peut être que rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Roulleau.

Lu en audience publique le 17 septembre 2024.

La vice-présidente désignée,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

Le greffier,

N°2402012

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