mercredi 28 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2402170 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 février 2024, M. B C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour pour motif médical ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard et de le munir dans l'intervalle d'une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il ne peut plus travailler depuis le 6 février 2024 le plaçant ainsi dans une situation précaire alors qu'il travaillait sans discontinuité depuis le mois de juillet 2022 dans la même entreprise ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
*la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;
*la motivation est insuffisante au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
*la procédure qui découle des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 n'a pas été respectée ;
*elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son état de santé nécessite une prise en charge médicale en raison de la récidive de sa tuberculose pulmonaire postérieurement à l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII le 4 septembre 2023, ces soins étant indisponibles dans son pays d'origine ;
* elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et aucun examen de sa situation personnelle n'a été effectué eu égard à la durée de sa présence sur le territoire et aux preuves de son intégration notamment professionnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas satisfaite en ce que la fin de l'activité professionnelle du requérant n'est pas établie par la seule production du courrier de son employeur du 8 janvier 2024 ;
- aucun des moyens soulevés par M. C, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête par laquelle M. C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Echasserieau, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 février 2024 à 10 h 30 :
- le rapport de M. Echasserieau, juge des référés ;
- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour pour motif médical.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans les cas de retrait ou de refus de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant d'établir la réalité de circonstances particulières qui justifient que la condition d'urgence soit regardée comme remplie.
4. M. C a bénéficié d'un droit de séjour temporaire pour raisons médicales et valable jusqu'au 3 mai 2023, ce droit au séjour étant assorti d'une autorisation de travailler. Par conséquent, la décision du 19 janvier 2024 portant refus de renouvellement de titre de séjour a pour effet de le faire basculer vers un séjour irrégulier et le prive du droit de travailler. Le requérant peut ainsi se prévaloir de la présomption d'urgence qui s'attache aux refus de renouvellement de titre de séjour. En outre, le requérant nécessite une prise en charge médicale en France, dont le défaut entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, le préfet de la Loire-Atlantique ne contredit pas utilement cette présomption d'urgence en faisant valoir que le requérant ne répond plus aux conditions pour se voir renouveler sa carte de séjour en qualité d'étranger malade. L'argumentaire soulevé selon lequel le requérant pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie, est sans incidence sur la présomption d'urgence résultant du seul basculement de l'intéressé dans un séjour irrégulier.
5. Il résulte de ce qui précède que la condition d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme satisfaite en l'espèce.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
6. Aux termes de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien : " aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". ".
7. Par un avis du 4 septembre 2023, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que l'état de santé de M. C nécessitait une prise en charge, dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour lui. Il a cependant relevé qu'il existait un traitement approprié à sa pathologie dans son pays d'origine et qu'il pouvait voyager sans risque.
8. Il résulte de l'instruction, notamment des documents médicaux produits par M. C, qui a ainsi entendu lever le secret médical, qu'il souffre d'une récidive de sa tuberculose pulmonaire, apparue dix-huit mois après la fin du précédent traitement, diagnostiquée lors d'un passage aux urgences le 19 novembre 2023 soit postérieurement à l'avis du collège des médecins de l'OFII précité dont il est constant qu'il n'a pas eu à connaître de ce changement de situation. Si le préfet soutient qu'il appartenait au requérant de le saisir de la dégradation de sa situation, la brièveté du délai écoulé entre la découverte de la rechute et la mise en place d'un traitement le 5 décembre 2023 et la décision attaquée du 19 janvier 2024, ne permet pas de retenir cet argument. Pour contester l'avis de l'OFII en date du 4 septembre 2023 dont le préfet de la Loire-Atlantique s'est approprié le sens, M. C soutient que les traitements qui lui sont prescrits en France ne sont pas disponibles en Algérie et ne sont, par suite, pas accessibles. Il produit ainsi la lettre de liaison rédigée à l'issue de son hospitalisation le 7 décembre 2023 qui prescrit à l'intéressé de l'Ethambutol et le médicament Rifater(c) constitutif d'une trithérapie, composée de rifampicine, isoniazide et pyrazinamide que le préfet de la Loire-Atlantique estime accessible en Algérie en produisant un tableau qu'il présente comme un extrait de la nomenclature des médicaments disponibles au sein de la pharmacie centrale des hôpitaux. Toutefois, en l'absence d'avis médical, cette production ne permet pas en l'état de l'instruction, d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien, stipulations qu'il convient de substituer aux dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile évoqué par les parties, lequel est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 19 janvier 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte astreinte :
9. Eu égard aux motifs retenus pour ordonner la suspension de la décision attaquée, la présente ordonnance implique que le préfet de la Loire-Atlantique procède à un réexamen de la situation personnelle de M. C, après nouvel avis du collège des médecins de l'OFII et délivre à l'intéressé dans cette attente une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête au fond. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37, alinéa 2, de la loi du 10 juillet 1991 :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à verser à M. C, en application desdites dispositions.
O R D O N N E :
Article 1 : L'arrêté en date du 19 janvier 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement du titre de séjour de M. C est suspendu jusqu'à ce qu'il ait été statué sur la requête en annulation.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de procéder au réexamen de la situation de M. C et de lui délivrer un titre de séjour provisoire l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à M. C la somme de 800 (huit cents) euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C et au préfet de la Loire-Atlantique.
Fait à Nantes, le 28 février 2024.
Le juge des référés,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
M. ALa République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026