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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402429

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402429

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 13 avril 2023 lui refusant un titre de séjour pour raisons de santé, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII, l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue confirme la légalité de l'arrêté préfectoral.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 février 2024, M. D C, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 avril 2023 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui, dans cette hypothèse, renoncera à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré que le médecin rapporteur, dont l'identité n'est pas précisée, n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que l'avis rendu par le collège des médecins de l'OFII est complet et que cet avis a été pris après une délibération collégiale et en l'absence de décision différée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet de la Loire-Atlantique s'étant estimé en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle, et d'une erreur d'appréciation quant à la menace à l'ordre public qu'il représenterait ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant fixation du délai de départ volontaire :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du délai de départ volontaire la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 août 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Besse, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 8 décembre 1981, déclare être entré pour la première fois en France en 2011. Il a fait l'objet de deux arrêtés portant réadmission vers l'Italie les 30 janvier et 28 juin 2012 et a été reconduit à la frontière italienne. Il déclare être revenu en France le 20 février 2014. La délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui a été refusée à plusieurs reprises et il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. Il a de nouveau sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé. Par un arrêté du 13 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office à l'issue de ce délai. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration, à laquelle, par un arrêté du 30 janvier 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire-Atlantique, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à l'effet de signer " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays d'éloignement. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 431-12 n'est pas délivré. () Le demandeur dispose d'un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de sa demande en préfecture pour transmettre à l'Office et de l'intégration le certificat médical mentionné au premier alinéa. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 dudit code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical. Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avis le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ".

5. Enfin, selon l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant: / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / Cet avis mentionne les éléments de procédure. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. M. C fait valoir que l'avis du collège des médecins de l'OFII est entaché d'un vice de procédure en tant qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège ayant émis l'avis du 19 juillet 2022 faute d'avoir eu communication de l'identité de ces médecins. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 19 juillet 2022 a été signé par les trois médecins composant le collège, les docteurs Alain Sebille, Christian Netillard et Frédéric Triebsch, parmi lesquels ne figurait pas le médecin rapporteur, dont l'identité est mentionnée dans cet avis. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie en ce que le médecin rapporteur aurait siégé au sein du collège des médecins de l'OFII.

7. Par ailleurs, si M. C soutient que l'avis de l'OFII est entaché d'un vice de forme et d'un vice de procédure en tant qu'il est incomplet au regard des exigences de l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016 puisqu'il ne comporte pas les éléments de procédure, les éléments relatifs à la prise en charge de sa pathologie et la durée prévisible du traitement et que certaines rubriques dédiées à la procédure figurant sur le modèle réglementaire de l'annexe C de l'arrêté précité n'ont pas été complétées, il n'établit pas que le sens de l'avis médical rendu aurait été différent si ces rubriques avaient été effectivement renseignées, ce qui ne ressort pas davantage des pièces du dossier. Dans ces conditions, l'irrégularité ainsi alléguée, qui n'a pas privé M. C d'une garantie, n'a pas été susceptible, en l'espèce, d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Par suite, le moyen tiré du caractère incomplet de l'avis du collège des médecins de l'OFII sur le dossier de M. C au regard du modèle d'avis figurant à l'annexe C de l'arrêté du 27 décembre 2016 mentionné ci-dessus ne peut qu'être écarté.

8. Enfin, les dispositions citées au point 4, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27'décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

9. Si M. C fait valoir que le refus de titre de séjour est entaché d'un vice de procédure en raison de l'absence de précision sur la réalité de la collégialité des médecins de l'OFII et sur l'absence de décision différée, il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'OFII du 19 juillet 2022 a été rendu par trois médecins et comporte les mentions " après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " qui établissent, sauf preuve contraire non rapportée, le caractère collégial de cet avis. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de titre de séjour aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de l'avis du 19 juillet 2022 doit, en toutes ses branches, être écarté.

10. En troisième lieu, M. C fait valoir qu'en se bornant à reprendre les considérations de l'avis du collège des médecins de l'OFII, le préfet s'est estimé lié par cet avis et a méconnu l'étendue de sa compétence. Il ressort cependant des termes de la décision attaquée que le préfet de la Loire-Atlantique l'a motivée, non seulement en reprenant la teneur de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, mais également en relevant que la prise en charge médicale dont M. C a besoin est possible dans son pays d'origine. Ce faisant, le préfet ne s'est pas estimé lié par l'avis du collège de médecins et a porté une appréciation propre au cas d'espèce pour estimer que M. C ne remplissait pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis du collège de médecins pour refuser le titre de séjour sollicité.

11. En quatrième lieu, s'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

12. Par son avis du 19 juillet 2022, le collège des médecins de l'OFII a estimé que si l'état de santé M. C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ce dernier peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, y bénéficier d'un traitement approprié et qu'il peut voyager sans risque vers son pays d'origine.

13. Il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une psychose chronique grave de type schizophrénique nécessitant un suivi médical ainsi qu'un traitement par Risperdal. Toutefois, si le requérant allègue ne pas pouvoir bénéficier de ce traitement en Tunisie, la seule production d'un certificat médical et d'une attestation de son médecin psychiatre, au demeurant postérieurs à la décision attaquée, se bornant à indiquer que " rien ne l'attend dans son pays d'origine en dehors d'une aggravation de son état de santé avec un risque vital encouru " et que " toute expulsion du territoire ne peut que provoquer une nouvelle décompensation délirante aigüe avec le risque suicidaire associé ", ne permet pas de remettre en cause l'appréciation ainsi portée sur l'offre de soins et les caractéristiques du système de santé tunisien, contenue dans l'avis de l'OFII, sur lequel s'est appuyé le préfet. Dès lors, le préfet de la Loire-Atlantique a pu, sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droits d'asile, refuser à l'intéressé la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. Il ressort des pièces du dossier que si M. C séjourne en France depuis neuf ans à la date de la décision attaquée, il est célibataire et sans charge de famille. Par ailleurs, il ne justifie pas, en se prévalant de la seule présence de son oncle, de sa tante et d'un cousin, disposer d'attaches personnelles et familiales en France suffisamment anciennes, stables et intenses, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans et où résident notamment sa mère et sa fille. En outre, M. C, qui ne se prévaut d'aucune intégration particulière dans la société française, a fait l'objet de condamnations pénales à plusieurs reprises, entre 2019 et 2021, et de mesures d'éloignement auxquelles il n'a pas déféré. Dans ces conditions, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de sa décision sur la situation de M. C. Dès lors, ces moyens doivent être écartés.

16. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été pénalement condamné à six reprises, par un jugement du tribunal correctionnel de Nantes du 23 avril 2019 à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de détention non autorisée de stupéfiants, puis le 16 août 2019, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'acquisition non autorisée de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants et offre ou cession non autorisée de stupéfiants, puis le 23 novembre 2020, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, ainsi que par un jugement du tribunal judiciaire de Toulon du 15 avril 2021, à une peine de quatre mois d'emprisonnement pour des faits de dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, et enfin, par la cour d'appel de Rennes le 8 octobre 2021, à une peine de trois mois d'emprisonnement pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, et à une peine de cinq mois d'emprisonnement pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de transport non autorisé de stupéfiants et de détention non autorisée de stupéfiants. Dans ces conditions, compte tenu de la répétition et du caractère récent des faits reprochés au requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de la menace à l'ordre public qu'il représenterait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

17. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

18. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation par voie de conséquence de la décision désignant le pays d'éloignement doit être écarté.

20. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Bourgeois.

Délibéré après l'audience du 20 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Besse, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

Le président-rapporteur,

P. BESSEL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. BARESLa greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

zj

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