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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402714

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402714

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402714
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 février 2024, M. A B, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 décembre 2023 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il n'est pas établi qu'il a été signé par une autorité compétente ;

- il n'est pas suffisamment motivé ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit la prive de base légale ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né le 7 novembre 1958, est entré en France le 27 octobre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. A l'expiration de son visa, il a sollicité un titre de séjour portant la mention " entrepreneur / profession libérale ". Sa demande a été rejetée par un arrêté du 1er février 2018 portant en outre obligation de quitter le territoire. Il a ensuite sollicité son admission exceptionnelle au séjour mais sa demande a également été rejetée par un arrêté du 30 juin 2020, assortie d'une obligation de quitter le territoire sans délai. Le 6 avril 2023, il a de nouveau sollicité du préfet de Maine-et-Loire son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 29 décembre 2023 portant en outre obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et l'interdisant de retour sur le territoire français pendant une durée de dix-huit mois. M. B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Emmanuel Leroy, secrétaire général de la préfecture de Maine-et-Loire. Par un arrêté du 26 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de Maine-et-Loire lui a donné délégation à l'effet de signer, " tous arrêtés, décisions, () relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire () ", à l'exception de quelques décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions de refus de titre de séjour portant obligation de quitter le territoire et fixant le délai de départ ainsi que le pays de retour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () restreignent l'exercice des libertés publique ou, de manière plus générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Enfin aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

4. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de titre de séjour, vise les éléments de droit dont il fait application et notamment les articles L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. A ce titre, il mentionne les éléments propres à la situation administrative, familiale et professionnelle de l'intéressé en France et en Egypte sur lesquels s'est fondé le préfet pour lui refuser son admission exceptionnelle au séjour. Il précise également les raisons pour lesquelles le préfet a considéré qu'il pouvait obliger le requérant à quitter le territoire français, en application du 3° de l'article L. 611-1, sans qu'il soit porté une atteinte manifestement excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté vise également le 3° de l'article L. 612-2 ainsi que les articles L. 612-6 et L. 612-10 du même code et justifie qu'aucun délai de départ volontaire ne lui soit accordé et qu'une interdiction de retour lui soit opposée en raison de son maintien sur le territoire français malgré l'édiction de deux mesures d'éloignement à son encontre en 2018 et 2020. Enfin, l'arrêté, en tant qu'il fixe le pays de destination, vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que M. B est de nationalité égyptienne, qu'il n'établit pas que sa vie ou sa liberté sont menacées dans son pays d'origine et qu'il peut donc rejoindre sans délai le pays dont il a la nationalité ou tout pays dans lequel il est légalement admissible, à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne, de l'Islande, du Liechtenstein, de la Norvège ou de la Suisse. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B entend de se prévaloir de l'ancienneté de son séjour en France, de la présence de l'un de ses fils en situation régulière sur le territoire français ainsi que de sa situation professionnelle pour démontrer qu'il a fixé le centre de ses intérêts en France. Toutefois, l'ancienneté de son séjour ressort, pour partie, de son maintien en situation irrégulière sur le territoire français. En outre, s'il produit à l'appui de sa requête un contrat de travail à durée indéterminée, en tant qu'agent d'entretien pour la SARL Cholet Recuper, signé en janvier 2018, il ne justifie pas, au vu des bulletins de paie produits, de la continuité de cet emploi entre 2018 et 2020 ni de la poursuite de cette activité après décembre 2022. Enfin, il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à ses cinquante-huit ans et dans lequel résident sa femme ainsi que quatre de ses enfants. Eu égard à ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il ne ressort pas du dossier que le préfet de Maine-et-Loire aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission du requérant au séjour en France répond à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels.

8. Il ressort de la requête que le requérant se prévaut des mêmes éléments que ceux invoqués au point 6 pour faire valoir son admission exceptionnelle au séjour. Toutefois, ces éléments ne constituent pas des circonstances exceptionnelles de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet n'a pas méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il ressort de la motivation énoncée au point 6 que le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ :

12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision fixant le délai de départ doit être écarté.

Sur la légalité de l'interdiction de retour sur le territoire pour une durée de dix-huit mois :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision interdisant son retour sur le territoire français pour une durée de 18 mois doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUETL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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