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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402746

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402746

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402746
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. HERVOUET
Avocat requérantMOREAU TALBOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2024, M. D C, représenté par Me Moreau Talbot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qu'il versera à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Moreau Talbot de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- a été édictée en méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- n'est pas suffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

- la décision fixant le pays de renvoi :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense, enregistré 13 mars 2024, le préfet de Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 septembre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hervouet, président du tribunal, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant tunisien né le 27 janvier 1997, entré en France de manière irrégulière le 22 juin 2022 selon ses déclarations, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2023, publié le même jour au recueil n° 177 des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B A, adjointe à la cheffe du bureau du contentieux et de l'éloignement, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant d'accorder un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et interdisant le retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. Ces considérations sont suffisamment développées pour, d'une part, mettre utilement M. C en mesure de discuter les motifs des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions manque en fait.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, le 20 février 2024, antérieurement à l'édiction de l'arrêté attaqué, M. C a été auditionné par un officier de police judiciaire. Il a alors pu faire valoir l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et a été spécifiquement interrogé notamment sur le motif de son départ de Tunisie et sur ses conditions de vie sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu résultant de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. M. C ne peut utilement invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a ni pour objet, ni pour effet, de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par suite, le moyen tiré de sa méconnaissance ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, il résulte des termes de la décision faisant obligation à M. C de quitter le territoire français et de ce qui a été dit précédemment qu'elle a été précédée d'un examen sérieux et particulier de sa situation personnelle telle qu'elle avait été portée à la connaissance de l'administration.

Sur le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne dispose d'aucun document d'identité ou de voyage en cours de validité, est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a depuis lors pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de la situation du requérant.

Sur le pays de destination :

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier le procès-verbal d'audition par un officier de police judiciaire, que M. C, ressortissant tunisien, est célibataire et sans enfant à charge et que ses parents et ses frères résident dans son pays d'origine. Par suite, en fixant la Tunisie comme pays à destination duquel le requérant pourra être reconduit d'office, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

13. Il résulte de ce qui précède qu'en décidant d'interdire à M. C le retour sur le territoire français pour une durée limitée à une année, le préfet de la Loire-Atlantique, qui a tenu compte de l'ensemble des éléments composant la situation personnelle de l'intéressé et portés à sa connaissance, n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni commis d'erreur d'appréciation dans la fixation de la durée d'interdiction, ni davantage entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander au tribunal d'annuler l'arrêté du 21 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a interdit son retour sur le territoire français pour une durée d'une année. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions du requérant à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Moreau Talbot et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le président du tribunal,

C. HERVOUET

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

***

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