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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2402900

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2402900

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2402900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - M. HERVOUET
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 février 2024, Mme C B, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé le temps de ce réexamen dans le délai de 7 jours à compter de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- a été édictée en méconnaissance du droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination :

- a été signée par une autorité dont la compétence n'est pas établie ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré 3 juin 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 octobre 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hervouet, président du tribunal,

- et les observations de Me Perrot, représentant Mme B, qui reprend les conclusions et moyens de la requête, et précise que :

- les services de la préfecture de la Loire-Atlantique n'ont pas procédé à un véritable examen de la situation particulière de Mme B, dont le dossier était initialement suivi par les services de l'Etat dans le département de l'Hérault ;

- cette constatation de fait confirme l'atteinte portée à son droit d'être entendue ;

- Mme B a été victime au Mali d'un viol au cours de l'adolescence et d'une mutilation génitale dans sa petite enfance ;

- elle encourt un mariage forcé, le cas échéant comme deuxième ou troisième épouse, et encours le risque d'être ostracisée et marginalisée ;

- arrivée en France il y a environ 7 ans, elle a quitté le Mali depuis 10 ans.

- le préfet de la Loire-Atlantique n'étant ni présent, ni représenté ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante malienne née le 2 janvier 1995, est entrée régulièrement sur le territoire français le 25 septembre 2017, munie d'un passeport revêtu d'un visa valant titre de séjour en qualité d'étudiant, valable jusqu'au 13 septembre 2018, puis a obtenu un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 30 septembre 2019, dont la demande de renouvellement a fait l'objet le 24 octobre 2019 d'une décision de rejet assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Mme B s'est toutefois maintenue sur le territoire français et a présenté une demande d'asile, laquelle été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 9 février 2022, confirmée par une décision du 28 octobre 2022 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), puis une demande de réexamen, laquelle a été rejetée par l'OFPRA le 31 juillet 2023 et la CNDA le 19 décembre 2023. Par un arrêté du 1er février 2024, dont Mme B demande au tribunal de prononcer l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur les moyens de légalité externe dirigés contre les décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 13 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à M. D A, attaché principal, adjoint à la directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il est fondé. Ces considérations sont suffisamment développées pour, d'une part, mettre utilement Mme B en mesure de discuter les motifs des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, et, d'autre part, permettre au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, et en dépit de ce qu'elles ne font pas état de l'activité professionnelle de l'intéressée et n'identifient pas les risques que la requérante soutient encourir en cas de retour dans son pays d'origine, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions manque en fait.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. Le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, se définit comme celui de toute personne à faire connaître, de manière utile et effective, ses observations écrites ou orales au cours d'une procédure administrative, avant l'adoption de toute décision susceptible de lui faire grief. Toutefois, ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a présenté une demande d'asile puis a sollicité le réexamen de celle-ci, a pu faire valoir à ces occasions, devant l'OFPRA et la CNDA, tous les éléments utiles à l'appréciation de sa situation. Elle ne conteste pas, en outre, avoir reçu le guide du demandeur d'asile dans lequel il est fait état de la fin du droit au maintien sur le territoire en cas de rejet de la demande d'asile par l'OFPRA et, le cas échéant, la CNDA, et de la possibilité de faire au débouté de l'asile obligation de quitter le territoire. Enfin, aucun élément du dossier ne permet d'établir qu'elle aurait été privée de la possibilité de formuler des observations écrites sur l'éventuelle mesure d'éloignement pouvant être prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne du droit d'être entendu doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que Mme B est entrée en France à la fin de l'année 2017, à l'âge de 22 ans, munie d'un passeport revêtu d'un visa " étudiant " afin de poursuivre ses études, puis a obtenu un titre de séjour " étudiant " valable jusqu'au 30 septembre 2019, dont la demande de renouvellement a fait l'objet d'une décision de rejet assortie d'une obligation de quitter le territoire français. La demande d'asile qu'elle a ensuite présentée a été rejetée par une décision du 9 février 2022 de l'OFPRA, confirmée par une décision du 28 octobre 2022 de la CNDA. Sa demande de réexamen a également été rejetée par l'OFPRA le 31 juillet 2023 et la CNDA le 19 décembre 2023. Célibataire et sans enfant, elle n'établit aucune insertion sociale ou professionnelle notable en France et ne démontre pas, en invoquant sans les établir les risques auxquelles elle serait exposée en cas de retour au Mali, qu'elle ne pourrait pas se réinsérer socialement et professionnellement dans son pays d'origine où elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales. Ainsi, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Il s'ensuit que ladite décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, il ressort de la motivation de la décision attaquée et de ce qui a été dit précédemment qu'avant d'édicter sa décision, le préfet a procédé à un examen circonstancié de la situation de la requérante.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays que s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Madame B, qui soutient avoir subi une excision à l'âge de 2 ou 3 ans et un viol au cours de son adolescence, n'apporte, pas plus que devant l'OFPRA et la CNDA, aucun élément de nature à établir qu'elle serait exposée à des risques de mauvais traitements en cas de retour au Mali. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er février 2024 par lequel, après un examen circonstancié de sa situation, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, à Me Perrot et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le président du tribunal,

C. HERVOUET

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

***

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