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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403082

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403082

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403082
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantCHAUVIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février et 9 mars 2024, M. E C, représenté par Me Chauvin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à occuper un emploi ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur les moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été prises à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet de la Sarthe, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Le président du tribunal a délégué à M. B les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024, à 11 heures, M. B a constaté l'absence des parties.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant gambien né le 5 octobre 1998, entré irrégulièrement en France en 2022, demande l'annulation de l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. L'urgence étant établie en l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le fondement de l'arrêté attaqué :

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou qu'il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2 de ce code, à moins que l'intéressé ne soit titulaire d'une autorisation de séjour.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été définitivement débouté du droit d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 9 janvier 2024, en sorte qu'il se trouve dans le champ des dispositions précitées.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par M. D A, directeur de la citoyenneté et de la légalité à la préfecture de la Sarthe. Le préfet de la Sarthe a, par un arrêté du 20 juin 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du même jour, donné délégation à M. A à l'effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les mesures connexes. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

6. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comporte les motifs utiles de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions prises à l'encontre de M. C. Dès lors, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que l'une ou l'autre de ces mesures est insuffisamment motivée.

7. En dernier lieu, il ne ressort ni des motifs de l'arrêté attaqué, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter les mesures litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de ce qu'un tel examen n'aurait pas été opéré doit être écarté.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, M. C, qui est célibataire, sans charge de famille et entré récemment sur le territoire, ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. De plus, il fait état d'éléments qui ne suffisent pas à établir sa volonté d'intégration en France. En outre, s'il se prévaut du dépôt d'une demande de titre de séjour en février 2024, cette circonstance est postérieure à la date d'édiction de la mesure en litige, dont la légalité doit être appréciée à cette date. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels elle a été prise, en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la même mesure serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En second lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant dans le cadre de la contestation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, le requérant, qui invoque notamment son homosexualité, ne fait pas état d'éléments suffisamment précis et probants en vue d'établir la réalité du risque personnel qu'il allègue encourir en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8.

12. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Chauvin et au préfet de la Sarthe.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

C. B La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

N°2403082

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