vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2403175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 semaines - 12ème chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er mars et 21 novembre 2024, M. E B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dont il fait l'objet pour la durée de l'interdiction de retour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans le même délai et sous la même astreinte une autorisation provisoire de séjour ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocate de la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de la renonciation de cette dernière à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
en ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en ce notamment qu'elle indique qu'il est de nationalité libyenne et non tunisienne ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été recueilli alors qu'il a indiqué lors de son audition qu'il souffrait de problèmes cardiaques ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que le préfet n'a pas vérifié les conséquences de la mesure d'éloignement sur son état de santé ;
en ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens qu'il a soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;
en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens qu'il a soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français ;
- cette décision est entachée d'une erreur de fait en ce que l'arrêté indique qu'il est de nationalité libyenne ;
en ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il reprend à l'encontre de cette décision l'ensemble des moyens qu'il a soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français.
La procédure a été communiquée au préfet de la Loire-Atlantique qui n'a pas produit d'observations.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- les observations de Me Leroy, avocate de M. B ;
- les explications de M. B, assisté de M. F, interprète, qui indique détenir la double nationalité tunisienne et libyenne, et avoir déclaré la nationalité libyenne lors de son audition.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été interpellé le 27 février 2024 et placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par un arrêté du 28 février 2024, le préfet de la Loire-Atlantique a décidé de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an et a fixé le pays dont il a la nationalité comme pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, il ressort des propres déclarations de M. B à l'audience que c'est le requérant lui-même qui a indiqué aux autorités, à la suite de son interpellation, de ce qu'il détenait la nationalité libyenne, l'intéressé indiquant bénéficier d'une double nationalité. Par suite, la production d'un passeport au nom de M. A D, de nationalité tunisienne ne saurait être regardée comme de nature à établir que le préfet de la Loire-Atlantique, en indiquant dans l'arrêté que le requérant était de nationalité libyenne, aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de sa situation au vu des éléments dont il avait alors connaissance.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L.611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R.611-2 du même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
4. Il résulte de ces dispositions que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
5. Si M. B a fait état, au cours de son audition, des problèmes cardiaques dont il serait atteint, ses déclarations, qui n'étaient corroborées par aucun élément précis, n'était pas de nature à imposer au préfet, avant de décider à l'obliger à quitter le territoire français, de solliciter au préalable l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'un vice de procédure doit être écarté.
6. En troisième lieu, la seule pièce versée au dossier par le requérant pour établir la réalité des problèmes cardiaques dont il indique être atteint consiste en un compte-rendu de consultation le 29 août 2022 au service des urgences d'un établissement hospitalier non identifié, concernant un patient dénommé M. A C. Si le requérant produit des pièces permettant d'établir qu'il a pris ce nom à la suite de son adoption intervenue en 2001, ce document, qui conclut seulement à un " malaise dans un contexte de surmenage sans gravité " et préconise la poursuite d'un bilan en externe, ne saurait être regardé comme étant de nature à établir que l'état de santé du requérant ferait obstacle au prononcé d'une obligation de quitter le territoire français. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'accorder à M. B un délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
8. En second lieu, en se bornant à indiquer qu'il entend reprendre à l'encontre de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français, M. B n'assortit pas son argumentation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. L'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. L'autorité compétente doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.
11. La décision litigieuse vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application. Elle relève que M. B est entré en France en 2022, qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'il est sans domicile fixe et dépourvu d'attaches anciennes, intenses et stables sur le territoire français et non dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, qu'il n'a pas accompli de démarches pour régulariser sa situation administrative et qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de maintien irrégulier sur le territoire français. Cette décision est ainsi suffisamment motivée en droit et en fait.
12. En deuxième lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
13. En troisième et dernier lieu, en se bornant à indiquer qu'il entend reprendre à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français, M. B n'assortit pas son argumentation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
14. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.
15. En deuxième lieu, en se bornant à indiquer qu'il entend reprendre à l'encontre de la décision fixant le pays de destination l'ensemble des moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français, M. B n'assortit pas son argumentation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
16. En troisième et dernier lieu, l'arrêté litigieux se borne à indiquer que M. B sera reconduit à destination du pays dont il a la nationalité, sans désigner précisément la Libye comme pays de destination. En tout état de cause, ainsi qu'il a été dit au point 3, le requérant a indiqué à l'audience qu'il détenait la nationalité libyenne. Ainsi, et alors même que le requérant produit une copie du passeport qui lui a été délivré par les autorités tunisiennes le 21 décembre 2023, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur de fait doit être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Leroy.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
La magistrate désignée,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026