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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403230

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403230

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2024, Mme A épouse C, représentée par Me Cacciapaglia, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire lui a accordé un agrément pour l'accueil familial d'un enfant ;

2°) d'enjoindre à la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire de procéder au rétablissement de son agrément en qualité d'assistante familiale pour l'accueil de deux enfants, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du département de Maine-et-Loire la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que la décision attaquée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, en ce qu'elle est privée d'une partie de sa rémunération correspondant à l'accueil d'un deuxième enfant à temps plein alors qu'elle doit faire face à ses charges ; la décision litigieuse bouleverse ainsi ses conditions d'existence en provoquant l'amoindrissement de ses revenus habituels ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

* elle est insuffisamment motivée au regard des exigences de l'article L.421-6 du code de l'action sociale et des familles et de l'état de la jurisprudence en matière de motivation des actes administratifs ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur de droit notamment au regard des dispositions de l'article L. 421-6 du code de l'action sociale et des familles dès lors, d'une part, que la modification de son agrément n'a pas été soumis à la commission consultative paritaire départementale, et qu'elle n'a ainsi pas pu faire valoir ses observations devant cette commission ; il ne saurait lui être reproché " une communication complexe avec les différents intervenants auprès de l'enfant ", cette circonstance étant indépendante de sa volonté, alors qu'elle a toujours tenté de maintenir une bonne communication avec ces intervenants, notamment en les alertant des problèmes causés par l'accueil de l'enfant Noëlann ; contrairement à ce qui est énoncé dans la décision contestée, elle sait répondre aux besoins des enfants en reconnaissant notamment les situations dangereuses auxquelles ils peuvent être confrontés, comme en atteste son choix de mettre fin à l'accueil de l'enfant Noëlann pour protéger l'enfant Darek ; elle a ainsi adopté une posture adaptée aux besoins spécifiques de chacun des enfants qu'elle accueille ; elle n'a bénéficié d'aucune mesure afin de l'accompagner face aux difficultés rencontrées dans l'accueil de l'enfant Noëlann en dépit de ses signalements auprès des services compétents et a été victime de pressions psychologiques et d'un acharnement exercés par les intervenants du SOAJ et du SPE ; les rapports rédigés par le SOAJ et la PMI la concernant sont positifs ; le harcèlement commis à son encontre par sa hiérarchie n'a donné lieu à aucune suite, en dépit de ses signalements, et est à l'origine d'une dégradation de son état de santé, justifiant son placement en arrêt maladie et un suivi psychologique, dont le département ne peut se prévaloir à son encontre ; alors qu'elle exerce les fonctions d'assistante familiale depuis 2020, et que ses compétences ont été confirmées par l'obtention du diplôme d'Etat d'assistant familial, le 2 mai 2023, aucun élément factuel ne permet d'établir que les conditions d'accueil des enfants à son domicile ne garantiraient pas leur sécurité, leur santé et leur épanouissement ; à cet égard, elle bénéficie toujours d'un agrément pour l'accueil d'un enfant et n'a jamais bénéficié d'un accompagnement dans sa pratique professionnelle en dépit de ses demandes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2024 , le département de Maine-et-Loire, représenté par Me Buffet, doit être regardé comme excipant, à titre principal, de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête à fin de suspension et d'injonction sous astreinte, et comme concluant, à titre subsidiaire, au rejet de la requête et, en tout état de cause, à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

A titre principal, il fait valoir que la demande de suspension de la requérante est dépourvue d'objet dès lors qu'une suspension de son agrément pour une durée de 4 mois a été prononcée à son encontre, le 1er mars 2024.

A titre subsidiaire, le département de Maine-et-Loire fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les pièces du dossier.

- la requête enregistrée le 1er mars 2024 sous le numéro 2403266 par laquelle Mme A épouse C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Robert-Nutte, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 mars 2024 à 14 heures :

- le rapport de Mme Robert-Nutte, juge des référés,

- les observations de Me Le Brun, substituant Me Cacciapaglia, représentant Mme A épouse C ;

- et les observations de Me Cavalier, substituant Me Buffet, représentant le département de Maine-et-Loire.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A épouse C, titulaire d'un agrément en qualité d'assistante familiale depuis le 20 octobre 2020 pour l'accueil d'un enfant, étendu à deux enfants à compter du 21 juin 2021, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 9 janvier 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire lui a accordé un agrément pour l'accueil familial d'un enfant, restreignant ainsi sa capacité d'accueil.

Sur le non-lieu à statuer excipé en défense :

2. La décision du 1er mars 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire a suspendu, à titre conservatoire, l'agrément d'assistante maternelle de Mme A épouse C, pour une durée maximale de quatre mois, n'a, ni pour objet, ni pour effet de retirer la décision contestée. Par suite, les conclusions de la requête de Mme A épouse C présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne sont pas dépourvues d'objet et il y a lieu d'y statuer.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. Aucun des moyens invoqués par Mme A épouse C, tels qu'énoncés dans les visas de cette ordonnance, ne paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 9 janvier 2024 par laquelle la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire lui a accordé un agrément pour l'accueil familial d'un enfant. Il y a lieu, en conséquence, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, de rejeter les conclusions susvisées de la requête de Mme A épouse C.

Sur les frais liés à l'instance :

5. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du département de Maine-et-Loire, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les frais exposés par Mme A épouse C à l'occasion de cette procédure et non compris dans les dépens.

6. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A épouse C la somme demandée par le département de Maine-et-Loire au titre des frais exposés à l'occasion de l'instance et non compris dans les dépens.

7. Par suite, les conclusions des parties présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A épouse C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du département de Maine-et-Loire présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A épouse C et à la présidente du conseil départemental de Maine-et-Loire.

Fait à Nantes, le 5 avril 2024.

La juge des référés,

O. ROBERT-NUTTE

La greffière,

M-C. MINARDLa République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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