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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403299

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403299

jeudi 12 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantSEGUIN & KONRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024 sous le numéro 2403298, M. C B représenté par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 février 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et l'a obligé à se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis auprès du commissariat de police d'Angers ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, le préfet s'étant uniquement fondé sur la circonstance que sa demande d'asile avait été rejetée ;

- il justifie d'une durée de présence de quatre années sur le territoire français et ses enfants sont scolarisés, l'un en classe de première et l'autre en CAP pour lequel il doit passer les épreuves en fin d'année ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision méconnait les dispositions de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de M. B.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 août 2024.

II. Par une requête, enregistrée le 4 mars 2024 sous le numéro 2403299, Mme E représentée par Me Seguin, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 8 février 2024 par lesquelles le préfet de Maine-et-Loire l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office et l'a obligée à se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis auprès du commissariat de police d'Angers ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, le préfet s'étant uniquement fondé sur la circonstance que sa demande d'asile avait été rejetée ;

- elle justifie d'une durée de présence de quatre années sur le territoire français et ses enfants sont scolarisés, l'un en classe de première et l'autre en CAP pour lequel il doit passer les épreuves en fin d'année ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision méconnait les dispositions de l'article 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 août 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête de Mme D.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 août 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Béria-Guillaumie, vice-présidente, en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant azerbaïdjanais né en juillet 1978 et son épouse et compatriote, Mme A D, née en août 1977, sont entrés en France en juillet 2020. Ils ont déposé des demandes d'asile qui ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 19 novembre 2021. Leur recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ont été rejetés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile du 10 janvier 2024. Par des décisions du 8 février 2024, le préfet de Maine-et-Loire a obligé M. B et Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourraient être reconduits d'office et les a astreints à se présenter trois fois par semaine auprès du commissariat d'Angers pour justifier des diligences accomplies en vue de leur départ. M. B et Mme D demandent, chacun en ce qui le concerne, l'annulation des décisions du 8 février 2024.

2. Les requêtes n° 2403298 et 2403299, présentées pour M. B et Mme D, concernent la situation d'un couple, présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

3. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

4. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation des arrêtés du 8 février 2024 ni des autres pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire qui évoque l'ensemble de la situation des intéressés n'aurait pas procédé à un examen de leur situation avant de les obliger à quitter le territoire français et se serait cru lié par le rejet des demandes d'asile des intéressés.

5. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

6. A supposer que M. B et Mme D aient entendu invoquer leur vie privée et familiale en France et ainsi la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort des pièces du dossier que les intéressés sont entrés en France en 2020 aux âges de quarante-trois et quarante-deux ans après avoir vécu la majeure partie de leur vie dans leur pays d'origine. Ils n'ont résidé régulièrement en France qu'en qualité de demandeurs d'asile alors que leurs demandes d'asile ont été définitivement rejetées à la suite des décisions de la Cour nationale du droit d'asile de janvier 2024. Ils font tous les deux l'objet d'une mesure d'éloignement. S'ils évoquent la présence et la scolarisation en France de leurs jumeaux âgés de presque dix-huit ans, ils n'établissent aucune circonstance de nature à faire obstacle à la poursuite de la scolarisation de leurs enfants qui ont vécu presque quatorze ans dans leur pays d'origine. Il suit de là qu'en obligeant M. B et Mme D à quitter le territoire français, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas porté à leur droit à une vie privée et familiale normale une atteinte excessive et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible./ Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule quant à lui que : " " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Enfin l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne dispose que : " () 2. Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. S'ils l'allèguent, M. B et Mme D n'apportent aucun élément de nature à établir qu'ils seraient personnellement et directement exposés à des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans leur pays d'origine, soit en raison des opinions politiques de M. B soit en raison du refus de leurs jumeaux d'effectuer leur service militaire. Dès lors, et alors en outre que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté en janvier 2024 leurs recours contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rejetant leurs demandes d'asile, ils ne sont pas fondés à soutenir qu'en fixant le pays de destination, le préfet de Maine-et-Loire a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. B et de Mme D doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme A D, à Me Seguin et au préfet de Maine-et-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2024.

La magistrate désignée,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2403298, 2403299

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