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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2403549

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2403549

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2403549
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation- 96h - Eloignement
Avocat requérantSELARL DESMARS BELONCLE BARZ CABIOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 et 19 mars 2024 et le 23 avril 2024, Mme D C B, représentée par Me Cabioch, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur les moyens communs :

- il n'est pas établi que l'arrêté attaqué ait été signé par une autorité habilitée ;

- les décisions qu'il comporte sont insuffisamment motivées ;

- elles n'ont pas été prises dans le respect de son droit d'être entendue ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, en l'absence d'urgence ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

Sur la décision portant interdiction de circulation pendant trois ans :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par des mémoires en défense enregistrés les 26 mars et 26 avril 2024, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Mme C B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 mars 2024.

Le président du tribunal a délégué à M. Cantié les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Au cours de l'audience publique du 29 avril 2024, à 11h15, M. Cantié :

- a présenté son rapport,

- a entendu les observations de Me Power, substituant Me Cabioch, représentant Mme C B, assistée par Mme A, interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- a constaté que le préfet de la Vendée n'était ni présent, ni représenté,

- et a prononcé la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante espagnole née le 11 septembre 1999, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet de la Vendée lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a pris à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de 3 ans.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme Nadia Seghier, secrétaire générale de la préfecture de la Vendée, qui bénéficiait, par l'effet d'un arrêté du 2 janvier 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation aux fins de signer, au nom du préfet de la Vendée, tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département de la Vendée et notamment toutes les décisions en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers pris dans le cadre du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, l'acte litigieux fait mention des considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C B et des autres décisions qu'il comporte. Par ailleurs, il ne ressort ni des énonciations de cet arrêté, qui fait état des éléments circonstanciés concernant la situation de Mme C B, ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressée avant de prendre les décisions attaquées. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que ces mesures sont insuffisamment motivées, ni qu'un tel examen n'a pas été opéré.

4. En dernier lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. Toutefois, en l'espèce, Mme C B ne justifie d'aucune circonstance relative à sa situation qui aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée et les mesures prises concomitamment ou sur son fondement ou qui aurait pu conduire le préfet à ne pas les décider. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

Sur les autres moyens de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B, qui a déclaré être entrée en France en mars 2019, a été condamnée par le tribunal correctionnel de la Roche-sur-Yon par un jugement du 17 avril 2023 à une peine d'emprisonnement à raison, notamment, de faits, commis en 2022, de proxénétisme aggravé et de traite d'êtres humains. Compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère récent de ces faits, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet a estimé que la présence en France de l'intéressée caractérise une menace à l'ordre public. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de ce qu'elle est mère d'un enfant français, il n'est pas démontré que l'intéressée contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant, qui ne vit pas auprès d'elle. En outre, Mme C B n'établit pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de son existence et ne fait état d'aucun élément attestant de sa volonté d'insertion socio-professionnelle. Dans ces conditions, le préfet, en décidant l'éloignement de l'intéressée, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts d'intérêt public en vue desquels cette décision a été prise. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il y a lieu d'écarter, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de l'intéressée.

7. En second lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. Le moyen tiré de la violation des stipulations citées au point précédent doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

9. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, la requérante n'est pas fondée à invoquer l'illégalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre pour contester la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision./ L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. Eu égard à la nature et à la gravité des faits précités commis par Mme C B, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet a décidé, au motif de l'urgence, de ne pas assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'intéressée d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi et portant interdiction de circulation :

12. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C B doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que Mme C B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral qu'elle conteste. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C B et au préfet de la Vendée.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le magistrat désigné,

C. CANTIELa greffière,

J. DIONIS

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2403549

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