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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2404016

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2404016

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2404016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKHATIFYIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Khatifyian, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2024 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours : l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination : l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 novembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Douet, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique :

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante géorgienne née le 30 avril 1975, est entrée en France le 24 avril 2018. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugiée a été rejetée par une décision du 16 juillet 2018 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 11 juillet 2019. Elle a bénéficié d'un titre de séjour en qualité d'accompagnante d'un enfant malade renouvelé jusqu'au 2 août 2021. Elle en a sollicité le renouvellement qui lui a été refusé par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 10 juin 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision du tribunal administratif de Nantes du 5 janvier 2023. Elle a sollicité du préfet de Maine-et-Loire le 30 avril 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 16 février 2024 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office lorsque le délai sera expiré. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté du 16 février 2024 a été signé pour le préfet de Maine-et-Loire et par délégation par M. Emmanuel Le Roy, secrétaire général de la préfecture, auquel le préfet a, par un arrêté du 26 septembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, donné délégation à l'effet de signer, notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". L'article L. 211-5 du même code dispose que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. Le refus de titre de séjour litigieux comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Si Mme B fait valoir qu'il n'y est pas fait état de son activité professionnelle récente, dont elle a informé le préfet par courriels des 15 et 17 août 2023, il ne ressort pas de la motivation de la décision que ce seul élément empêchait Mme B de prendre connaissance des motifs pour lesquels son admission exceptionnelle au séjour était refusée. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus n'est pas fondé et doit être écarté.

5. En troisième lieu, Mme B fait valoir qu'en se bornant à examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors qu'elle faisait expressément état, dans sa demande, d'éléments relatifs à sa vie privée et familiale en France, le préfet n'a pas examiné sa demande de titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B a rempli le formulaire concernant l'admission exceptionnelle au séjour et transmis au préfet un courrier daté du 28 avril 2023 intitulé " demande de titre de séjour admission exceptionnelle ". En estimant qu'il n'était pas saisi d'une demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et en n'examinant pas la situation de Mme B au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Mme B est arrivée en France le 24 avril 2018 où elle réside depuis six ans à la date de la décision attaquée. Elle se prévaut de la présence en France de son fils mineur, de son époux et du fils de celui-ci, qui font l'objet d'obligations de quitter le territoire français et dont les recours formés contre ces décisions ont été rejetés, et d'un fils majeur présent régulièrement en France avec sa propre épouse en qualité d'accompagnant de leur fille malade. Contrairement à ce que soutient Mme B, le caractère indispensable de sa présence en France auprès de cette enfant, qui vit avec ses deux parents, n'est nullement établi. L'essentiel des attaches familiales de Mme B se situe en Géorgie où son époux ainsi que son fils mineur ont vocation à retourner, où la cellule familiale pourra se recomposer et où elle a, en outre, vécu pendant plus de quarante-trois ans. La seule circonstance qu'elle exerce un emploi d'aide à domicile sous couvert d'un contrat à durée déterminée depuis le 31 mai 2022 puis en contrat à durée indéterminée par un avenant du 23 décembre 2022, ne suffit pas à établir qu'elle aurait l'essentiel de sa vie privée et familiale en France. Il résulte de ce qui précède que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme B.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. Dès lors que le fils mineur de Mme B peut accompagner cette dernière ailleurs qu'en France et que l'arrêté attaqué n'a pas pour effet de les séparer, ni d'exposer cet enfant ou la petite fille de la requérante à un risque particulier pour leur santé, leur sécurité, leur éducation ou leur moralité, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit également être écarté. De la même manière, le préfet de Maine-et-Loire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

11. Compte tenu de ce qui a été dit au point 7, le préfet de Maine-et-Loire n'a ni méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle de Mme B en France ne répondait pas à des considérations humanitaires et ne se justifiait pas par un motif exceptionnel.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

13. Dès lors que le refus de séjour est suffisamment motivé, et en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'obligation de quitter le territoire français du même jour doit également être écarté.

14. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B doit être écarté.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, les moyens tirés de ce que la décision méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces stipulations doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le pays de destination.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Khatifyian.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

H. DOUET

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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